Le 10 février 2026
Ce retour de Sam Raimi à l’horreur, sous le signe de la critique sociale, manque d’audace mais pas de générosité.
- Acteurs : Bruce Campbell, Rachel McAdams, Dennis Haysbert, Xavier Samuel, Dylan O’Brien, Thaneth Warakulnukroh, Edyll Ismail
- Genre : Comédie, Thriller, Épouvante-horreur, Comédie horrifique
- Distributeur : The Walt Disney Company France
- Durée : 1h54mn
- Titre original : Send Help
- Âge : Interdit aux moins de 12 ans
- Date de sortie : 11 février 2026
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Critique : S’il existe des personnes qui réussissent et d’autres qui ne sont rien ; alors Linda Liddle n’est pas grand-chose. Employée acharnée d’une grande entreprise, la nouvelle héroïne de Sam Raimi s’est battue toute sa vie pour un poste que le nouveau PDG, Bradley Preston lui arrache des mains alors qu’il vient juste de mettre les siennes sur l’entreprise après la mort de son père. Humiliée, écrasée plus bas que terre, Linda est choisie par son patron pour l’accompagner en Thaïlande avec d’autres cadres de sa société, une manière pour lui de s’amuser à ses dépens avant de la renvoyer une bonne fois pour toute. Le destin s’en mêle et l’avion s’écrase en plein milieu de l’océan Indien, ne laissant que deux survivants échoués sur un île : l’employée maltraitée et son patron. Les capacités de Linda, passionnée par la survie en pleine nature, renversent totalement le rapport entre elle et Bradley, qui désormais dépend d’elle entièrement.
Tout l’attrait de ce nouveau film de Raimi réside dans l’inversion des valeurs, dans la dégradation des façades des personnages. L’île est un miroir où rien ne change et tout change à la fois, un endroit hors du monde où les rôles sont redistribués, où les dominants sont forcés de prendre l’intolérable place du dominé.

- Rachel McAdams
- © 2026 20th Century Studios. All Rights Reserved.
Linda est une survivante par nature, en tant que travailleuse, et en tant que femme dans un monde d’hommes qui ne lui trouvent pas de valeur puisqu’ils ne la trouvent pas désirable ; malgré tous les efforts que déploie le réalisateur pour la dépeindre sous un jour peu flatteur (elle est gênée, mal habillée et parfois même recouverte de sang, de sueur ou de vomi), on ne peut s’empêcher de voir sa tendresse pour son personnage et donc de ressentir une profonde envie de la voir accomplir sa vengeance. Et l’on ressent assez peu d’empathie pour les tourments que le patron va ressentir, sa souffrance étant tournée en ridicule car elle n’est qu’une rétribution de la violence symbolique qu’il a imposée à Linda par plaisir malsain. En effet, Bradley est une représentation presque grossière de l’homme riche, capricieux et imbu de lui-même, dont la misogynie crasse est rendue inévitable dès qu’il est face à une femme. Pour lui et ses collègues et amis d’université, il n’y a que les femmes que l’on veut et qui ne sont que des poupées à exposer, et les celles qui nous répugnent et que l’on peut alors briser, exploiter sans aucun respect. Sur l’île, il cherche à se raccrocher à ses privilèges, au fait qu’il est l’entrepreneur croyant que ses codes sont naturels, biologiques, mais Linda se charge rapidement de lui montrer où il se place dans la chaîne alimentaire. C’est elle la prédatrice, la créature sauvage dont on ne peut venir à bout, pour qui la nature est un environnement privilégié ; voir une femme dans ce rôle est particulièrement revigorant. Libérée de toute pression de la société, elle se révèle et prend le pouvoir que lui confèrent ses capacités et talents.

- Dylan O’Brien
- © 2026 20th Century Studios. All Rights Reserved.
Malheureusement, cette intrigue faite d’inversions perpétuelles de rapports de pouvoir finit par apparaître comme un peu redondante, surtout lorsque la mise en scène ne correspond pas à ce que l’on attend de la part de Sam Raimi. Évidemment, on retrouve le ton du réalisateur, son humour mêlant le gore et des effets cartoonesques ainsi que quelques motifs récurrents comme une main sortant du sol où l’utilisation de vues subjectives très dynamiques : cela ne suffit jamais vraiment à donner une personnalité visuelle au film et le rendre mémorable. C’est la performance de Rachel McAdams qui attire l’attention pendant la projection du long métrage : elle donne beaucoup de relief à son personnage un peu, allant loin dans ses retranchements, dans une forme de folie animale, sans jamais perdre le contrôle ni cabotiner. L’actrice endosse parfaitement le rôle de cette femme dont la volonté de pouvoir et reconnaissance et aussi une quête de sa véritable place dans le monde et qui en a finit de laisser les autres décider à sa place et s’accaparer ses réussites.
Le retour de Sam Raimi à l’horreur n’est donc pas une réussite complète : Send Help manque d’énergie, de profondeur, mais demeure un film sympathique et particulièrement divertissant, dont l’originalité est de montrer une femme qui se réalise par la sauvagerie et parvient à s’affranchir de ceux qui l’écrasaient.
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