Le 16 mai 2026
Haletant et tendu, ce récit sur l’emprise d’un homme sur sa conjointe nous rappelle à bon escient l’actualité récurrente en matière de violences conjugales. Une œuvre portée magnifiquement par le couple formé par Monia Chokri et Niels Schneider.
- Réalisateur : Géraldine Nakache
- Acteurs : Clémentine Célarié, Monia Chokri, Niels Schneider, Sébastien Pouderoux, Mina Kavani, Oussama Kheddam, Rudgy Pajany, Christian Benedetti
- Genre : Drame
- Nationalité : Français, Belge
- Distributeur : Pan Distribution
- Durée : 1h34mn
- Date de sortie : 16 septembre 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026
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– Festival de Cannes 2026 : Sélection officielle, Cannes Première
Résumé : À Dubaï, Gil rencontre Jacques. Leur coup de foudre débouche sur un mariage précipité qui révèle vite une fracture profonde : Gil ne partage pas la foi dévorante de son mari. Jacques tente de la soumettre à sa vision du monde avec un mantra aux allures de menace.

- © 2026 Festival de Cannes
Critique : L’actualité est souvent marquée par des décès de femmes sous les coups de leur conjoint. On parle moins de la violence sous-jacente, incisive : celle du harcèlement au quotidien, qui, pourtant, a fait l’objet d’une condamnation récente d’un homme après le suicide de son épouse. C’est tout l’enjeu du film de Géraldine Nakache Si tu penses bien, qui déroule pendant 1 heure 30, à la manière d’un entomologiste, la mécanique de la torture familiale. Car ce récit d’une épouse puis d’une mère de famille en couple avec un riche entrepreneur ressemble moins à un déballage de violentes ouvertes qu’à la déclinaison précise de la torture mentale qui lui est infligée sous la forme d’enfermement, de coupure avec sa famille ou ses amis, de manipulation et de chantage.

- © 2026 Liaison Cinématographique – Pan Cinema - Artémis Productions – Les Productions du Ch’timi. Tous droits réservés.
Géraldine Nakache ne nous a pas habitués à un cinéma de cette nature. Sa filmographie depuis Tout ce qui brille est associée à un cinéma relativement léger, attachant. Cette fois, elle s’attaque à un sujet grave, parfaitement bien décrit et maîtrisé, grâce à une suite d’allers-retours entre le passé et le présent, guidés par la description de symboles judaïques autour des chiffres tout à fait pertinents. La cinéaste assume le point de vue d’une famille de confession israélite ; pourtant, on sait que ce type de situation est universelle et concerne hélas tous les groupe culturels. L’aveuglement de l’institution religieuse représentée par les rabbins est absolument éclairant sur ce que subit l’héroïne dans une société contemporaine qui, quand elle est mise devant le faits accomplis de violences réitérées et objectives, se cache derrière des discours lénifiants et défensifs. En ce sens, Si tu penses bien pourrait également mettre en cause les discours de prêtres ou d’imams qui se berneraient d’illusions sur les vertus du couple.
La réussite du film trouve son origine dans le jeu parfait de Niels Schneider et Monia Chokri. Il n’est jamais aisé de jouer les bourreaux et les victimes, sans tomber dans le piège de l’excès et de la caricature. Les deux acteurs incarnent leurs personnages avec un sens de la vérité bluffant, comme si eux-mêmes avaient pu expérimenter les manipulations d’un pervers narcissique. L’entourage des deux protagonistes est pointé du doigt comme des témoins, voire des cautions de ce qui se joue devant leurs yeux, à l’exception de cette scène formidable où le jeune père de famille refuse que sa belle-mère puisse se rendre auprès du lit d’hôpital de sa fille qui vient d’accoucher. En même temps, le spectateur ne peut pas s’empêcher lui-même de se poser la question de ce que serait son attitude face à de tels comportements.

- © 2026 Liaison Cinématographique – Pan Cinema - Artémis Productions – Les Productions du Ch’timi. Tous droits réservés.
Si tu penses bien est un film dense, haletant, qui fonctionne comme un thriller social. Le spectateur est complètement emporté par la spirale de la brutalité psychologique qu’instaure le mari de Gil. La tension est permanente, jusque la toute dernière scène où l’on espère que l’héroïne saura mettre des limites à l’emprise de Jacques. Le rapport à l’argent est très bien décrit, mettant nombre de victimes dans l’impossibilité de quitter le domicile conjugal. Maintenant, devant une telle précision dans ce récit, on ne peut s’empêcher de se demander si Géraldine Nakache n’a pas été victime de ce type de violence, l’héroïne étant une professionnelle du cinéma. Si ce récit a fonctionné comme une catharsis, on ne peut que se réjouir de l’effet qu’il aura sur toutes les victimes qui se taisent.
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