Le 4 novembre 2026
Jan Komasa convainc par la justesse de son regard sur la violence qui se dissimule derrière les apparences de la vertu, malgré une approche parfois trop démonstrative.
- Réalisateur : Jan Komasa
- Acteurs : Stephen Graham, Andrea Riseborough , Anson Boon
- Genre : Drame, Thriller, Épouvante-horreur
- Nationalité : Français, Polonais
- Distributeur : CutCutCut
- Durée : 1h50mn
- Date de sortie : 11 novembre 2026
- Festival : Toronto Film Festival 2025
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Résumé : Tommy, jeune délinquant insouciant et impulsif naviguant entre fêtes alcoolisées et violences incontrôlables, se réveille un matin enchaîné dans la cave d’une maison. Il est à la merci de ses occupants, une étrange famille qui s’est donnée pour mission de le remettre dans le droit chemin. Quel qu’en soit le prix.
Critique : Il est des gens qui veulent faire du bien. Ils veulent tellement faire le bien que l’avis de ceux à qui ils le destinent devient secondaire. Chris est de ceux-là. Il a une conception précise de la vertu. Une idée très arrêtée sur ce que doit être un homme, un fils, un citoyen. Il lui manque un contrôle sur la liberté de chacun. C’est un détail.
Dans The Good Boy, Jan Komasa s’amuse de ce détail. Il installe une situation dont l’absurdité n’est pas complètement comique, étrangère à notre monde. Un homme entreprend de corriger un autre homme. Punir et rendre meilleur. Chris, Jésus Chris. Punir suppose une faute passée ; éduquer suppose une insuffisance présente. Pour Chris, Tommy ne doit pas être sanctionné mais réinitialisé. Chris ne pense pas comme un bourreau. Il est un éducateur avec des principes, des méthodes, un programme. Il distribue les récompenses, règle les punitions, organise les journées. Il croit en la vertu du cadre, à la puissance de l’exemple, aux bienfaits de la culture. En somme, Le papa qu’on rêve tous d’avoir. Il croit même, dans un geste savoureux, que le cinéma peut contribuer à la réforme morale d’un individu. Le cinéma permet aussi d’éduquer. Du coup, Tommy doit regarder Kes de Ken Loach. On dirait que Jan se moque du cinéma de la pureté que Kes représente. Ce cinéma qui se prend pour une médecine censée guérir le spectateur malade.

- © 2025 Magnolia Pictures. Tous droits réservés.
Chris réussit à donner à sa violence des apparences pédagogiques. Il frappe pour faire mal, mais de cette douleur surgit un enseignement. La brutalité s’est trouvée une justification, elle-même plus inquiétante que la brutalité car elle ne se reconnaît plus comme telle.
Quant à Tommy, il se place assez haut sur l’échelle de la saloperie. On nous le fait bien comprendre. Il aime se mettre en scène, être violent, humiliant, provocant. Ses méfaits, il les filme pour les diffuser et ainsi créer du contenu. Il performe et monétise la violence. Tommy est moins un homme sans morale qu’un homme pour qui la morale n’a plus beaucoup de valeur marchande.
Komasa ne fait pas de cette jeunesse une simple accumulation de symptômes. Cela aurait été facile de désigner les réseaux sociaux, la drogue, l’argent et les fréquentations comme les responsables d’une génération perdue. Car ce serait donner raison à Chris. Et si cette volonté de rééduquer la jeunesse était aussi une forme de violence ? Et si le désir de produire des individus conformes était aussi inquiétant que le désordre qu’il prétend combattre ?

- © 2025 Magnolia Pictures. Tous droits réservés.
La famille symbolise l’éducation au sens large. Dans The Good Boy, elle apparaît comme une entité installée dans une belle maison bien ordonnée, censée être le cadre idéal pour instaurer la stabilité, n’est-ce pas ? Ici, c’est tout le contraire. La maison est le prolongement de la violence du monde avec ses règles, ses hiérarchies et ses terreurs quotidiennes. Il ne suffit pas d’être sage pour être heureux. Il faut aussi donner l’impression de l’être.
On trouve deux formes de dressage dans la maison. Celui que Chris impose à Tommy et celui, plus ancien, plus silencieux, auquel son propre fils semble déjà soumis. Le premier est visible, le second incorporé. La violence profonde réside dans cette capacité chez le dominant à se faire passer pour le gardien de l’amour, dans sa manière de confondre l’obéissance avec le bonheur.
Reste que le film n’est pas sans défaut. Son dispositif est si ostensiblement provocateur qu’il menace de se suffire à lui-même. Le récit sait où il veut nous emmener mais ne creuse pas toujours les contradictions qu’il soulève. On s’approche plus de la démonstration que de l’observation. Le cinéaste déplace ses personnages pour illustrer une idée plutôt que les laisser exister dans toute leur complexité. C’est dommage car le sujet méritait davantage qu’une mécanique de thriller, aussi efficace soit-elle.
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