Le 21 juillet 2026
Une œuvre glaçante et belle à la fois sur les secrets de famille comme seul le cinéma coréen est capable de produire avec un tel sens de l’ignominie et de la cruauté.
- Réalisateur : Yeon Sang-ho
- Acteurs : Kwon Hae-hyo , Shin Hyon-bin , Jeong Min Park, Nam Ji-hyeon, Im Sung-jae
- Genre : Thriller
- Nationalité : Sud-coréen
- Distributeur : KMBO
- Durée : 1h42mn
- Titre original : Eolgul
- Date de sortie : 29 juillet 2026
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Résumé : Aveugle de naissance, un maître artisan, admiré pour la beauté des sceaux qu’il grave, vit reclus avec son fils unique. Mais cette paix vole en éclats lorsque les ossements de sa femme, disparue quarante ans plus tôt, sont découverts. Son fils entreprend alors de mener l’enquête sur ce passé. Cette quête de vérité va dévoiler de lourds secrets, de ceux qui touchent à la laideur humaine.
Critique : Il y a des secrets enfouis qu’il vaut parfois ne pas connaître. C’est à peu près le message principal de ce récit glaçant avec un fils, Im Dong-hwan, d’un célèbre artisan de sceaux, aveugle de naissance, qui reçoit un coup de fil de la police, lui annonçant que le corps disparu de sa mère 40 ans plus tôt a été retrouvé. Il ne subsiste de la défunte que des ossements, en tous les cas pas suffisamment de traces pour que l’on puisse discerner la laideur de celle-ci. Et c’est ainsi, qu’accompagné d’une réalisatrice venue à l’occasion faire un film documentaire sur son père, qu’il se lance dans une enquête qui va l’entraîner dans les tréfonds de la Corée du Sud des années 70, en pleine révolution industrielle.
The Ugly veut dire en français "la personne laide". Le récit tourne en effet sur cette femme dont on ne voit justement jamais le visage. Elle est toujours regardée de biais, on sait juste que dans l’usine de textile où elle travaille, elle est la risée de tout le monde, se faisant entre autre surnommer "tête à cul". Le réalisateur du décevant Peninsula fuit le film de zombies pour s’engager dans une enquête sombre, qui a moins à voir avec un dimension policière qu’une exploration sinistre de la psychologie humaine. La monstruosité est très présente dans cette fiction, mais sans doute pas du côté des victimes, qu’elles soient laides ou porteuses de handicap, mais plutôt de ceux qui organisent le stigmate et le rejet de toutes celles et tous ceux qui sont différents de la norme. L’horreur est réellement humaine à travers des figures perverses, glauques, qui exploitent la fragilité sociale et culturelle.
Sang-Ho Yeon visite la Corée du Sud des années 70 qui s’apprête à vivre une révolution capitaliste incroyable, jusqu’à la sortir définitivement des pays dits pauvres pour rentrer dans le club des pays en voie rapide de développement. Il rappelle que l’expansion fulgurante de pays comme la Chine s’est faite au détriment des populations ouvrières, soumises à un patronat autoritaire, sans limite, prêt à tous les excès pour satisfaire la clientèle occidentale, voire leurs propres penchants narcissiques. D’une certaine façon, le réalisateur décrit la mécanique de la perversion dans le milieu de travail, mais aussi dans la société en général qui organise et stigmatise les populations les plus faibles.

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Le thriller fonctionne plutôt bien. On pourrait regretter toutefois un aspect assez manichéen et une prévisibilité du scénario. La fin demeure aussi assez confuse. Néanmoins, l’ensemble est très plaisant, grâce à un rythme soutenu et une panoplie de personnages redoutablement méchants qui vont des sœurs de la victime jusqu’au patron sordide, en fin de vie, qui confie au fils et à la réalisatrice ses exploits délétères.
Le cinéma coréen du sud excelle particulièrement dans les fables sociales où l’horreur se mêle à la sordidité des ambiances. The Ugly participe à cette tradition du film noir, le gore en moins. L’hémoglobine souvent très présente dans les fictions coréennes est remplacée ici par des portraits hauts en cruauté. Le bien et le mal s’opposent de manière radicale et brute dans un environnement esthétique lui-même très glauque. Si Sang-Ho Yeon ne met cette fois pas en scène des zombies, la monstruosité appartient au registre des humains qui, emportés par le poids du collectif, révèlent un visage démoniaque.
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