Le 15 octobre 2026
Robert Guédiguian se fourvoie en faisant du viol un ressort scénaristique censé transformer son personnage en une personne altruiste et socialement engagée.
- Réalisateur : Robert Guédiguian
- Acteurs : Jean-Pierre Darroussin, Ariane Ascaride, Robinson Stévenin, Gérard Meylan, Grégoire Leprince-Ringuet, Lola Naymark, Patrick Bonnel, Marilou Aussilloux
- Genre : Drame
- Nationalité : Français
- Distributeur : Diaphana Distribution
- Durée : 2h03mn
- Date de sortie : 21 octobre 2026
- Festival : Festival de Venise 2026
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Résumé : Juliette, trente ans, semble avoir tout pour elle : un poste prestigieux dans la finance, une belle maison, une vie rythmée par les voyages et les amours de passage. Lorsqu’elle est agressée par un collègue, son monde s’effondre. Juliette s’engage alors sur un nouveau chemin pour redonner un sens à sa vie.
Critique : Au début, c’est sympa : on est content de revoir les visages d’Ariane Ascaride, de Gérard Meylan, Jean-Pierre Darroussin... C’est après que cela se gâte. Le premier quart du film est une mise en place du récit autour du quotidien de Juliette, protagoniste, qui s’avère fort plaisant. On nous montre le monde financier de Marseille avec les bureaux boursiers qui ont une vue imprenable, les soirées catamaran de luxe, les baignades dans une piscine creusée... C’est-à-dire la vie d’un petit pourcentage des Marseillais agglomérés dans des quartiers éloignés de toute problématique sociale et matérielle. Des gens qu’on ne peut voir qu’au cinéma, surtout si on a l’habitude de fréquenter le cours Julien ou la Plaine.
Puis vient le viol que Juliette subit de la part de l’un de ses collègues de travail, Hervé. Il importe de souligner que, dans le film, tout le monde s’accorde à parler d’un viol. Le synopsis officiel préfère pourtant évoquer une femme qui « est agressée ». C’est moins effrayant, plus flou, et cela permet de faire planer le doute pour susciter une tension préalable chez le spectateur. C’est aussi, sans doute, plus vendeur.

- © 2026 Agat Films, Bibi Film, Arte France Cinéma
Puisque nous en sommes aux détails symboliques et lexicaux, il faut souligner le caractère assez particulier du titre Une femme aujourd’hui, alors que le film dresse le portrait d’une femme qui tente de se reconstruire après avoir été violée. C’est à partir de cet événement traumatique que Juliette va se tourner vers l’altruisme du monde associatif. Jeune femme aliénée par un travail soumis à une logique hypercapitaliste, la voilà désormais transformée. Elle aide des femmes enceintes venues de tout horizon dans un centre d’accueil. Le viol devient un ressort scénaristique qui va permettre à Juliette de se remettre en question, de sortir de ce monde illusoire et de se reconnecter avec sa famille. En tout cas, pour ce qui est de se reconnecter à la réalité, le réalisateur a encore du travail. Il suffit de lire les éléments de réponse qu’il fournit dans le dossier de presse. Le médiateur de la distribution Diaphana se dit frappé qu’un homme de sa génération puisse écrire avec une telle finesse le parcours d’une femme comme Juliette. Guediguian répond que la force du cinéma, c’est de pouvoir se mettre à la place de quelqu’un. Puis il continue sur la pente réactionnaire : « Je déteste ce moment dans lequel nous sommes aujourd’hui où il faudrait être plombier pour écrire sur un plombier, avocat pour écrire sur un avocat. Cela fait partie du nouveau conformisme ambiant de la fragmentation du monde, de l’exacerbation de ces oppositions secondes entre les gens qui nient toute possibilité collective d’essayer de bâtir autre chose. C’est la négation pure de l’art et de la politique [...] Aujourd’hui je suis Juliette. »

- © 2026 Agat Films, Bibi Film, Arte France Cinéma
Être Juliette, plombier ou avocat, ce serait donc la même chose, puisque le cinéma permettrait de se mettre à la place de n’importe qui. Un tour de passe-passe, un peu d’écriture, la magie du cinéma, et le tour serait joué. Mais Juliette doit d’abord traverser l’ego du réalisateur pour parvenir à exister. Guédiguian doit d’abord se mettre à la place de Juliette pour avoir de l’empathie et rentrer dans un processus créatif.
L’autre problème est l’abondance de jugement moral. Sauf quand il s’agit de Juliette. Puisque Juliette, c’est le réalisateur, elle n’est jamais jugée, ne fait rien de travers, reste aimable avec tout le monde. Aucune violence de sa part (physique ou verbale). Juliette est montrée comme la victime parfaite, ni révoltée, ni passive, presque neutre face à la situation. On voit nettement le récit se figer dans ce cinéma de réconciliation mou. Juliette est un condensé de bienveillance humaniste qui confine le film dans une naïveté qui adoucit la violence réelle des situations.
Tout se concentre tellement sur la pureté morale que la mise en scène se voit être abandonnée. Elle se réduit à des plans de personnages plantés dans un décor qui fait des clins d’œil pour bien signaler que nous sommes à Marseille : Cosquer, Mucem, fort Saint-Jean, corniche Kennedy, Notre-Dame-de-la-Major…
Robert Guédiguian aura réalisé Une femme aujourd’hui dans un univers qui semble appartenir au monde d’hier. Ce n’est pas pour autant que l’on se refusera à voir ses films de demain.
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