Le 29 octobre 2026
Cette fausse romance est un récit abrupt sur la rencontre entre deux écorchés d’Europe de l’Est. Une œuvre attachante sur les désillusions et le désir d’évasion.
- Réalisateurs : Elsa Kremser - Levin Peter
- Acteurs : Marya Imbro, Mikhail Senkov
- Genre : Drame, Romance
- Nationalité : Allemand, Autrichien
- Durée : 1h55mn
- Date de sortie : 30 décembre 2026
- Festival : Festival de Locarno 2025
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Résumé : Une mannequin biélorusse rêvant d’une carrière en Chine est attirée par un homme mystérieux et solitaire qui travaille de nuit dans une morgue. Cette rencontre bouleverse son rapport à son corps, sa beauté et sa mortalité.
Critique : Il s’agit du troisième long métrage coréalisé par l’Autrichienne Elsa Kremser et l’Allemand Levin Peter, mais du premier à connaître une sortie dans les salles françaises, à l’initiative du distributeur Mission. Tourné entre la Biélorussie et la Lituanie, le film narre la rencontre de deux Biélorusses que tout semble séparer au premier abord. Masha est une jeune femme qui entreprend une formation de mannequinat. Elle entretient des rapports distants avec ses parents, surtout avec son père, avec lequel elle communique à distance. Celui-ci se soucie de l’avenir de sa fille et souhaite migrer en Pologne. Masha est dépressive, et un sachet en plastique avec lequel elle enveloppe son visage indique ses tendances suicidaires. Elle repère un quadragénaire, Misha, employé d’un salon funéraire, qui réalise également des autopsies. Masha se rend à la morgue et entreprend de se lier avec cet homme solitaire et taiseux, peintre à ses heures. Mais que recherche-t-elle vraiment ?

- © 2025 Panama Film. Tous droits réservés.
Le récit, coécrit par les cinéastes, dépeint habilement une relation qui oscille entre l’amitié et l’idylle amoureuse, et installe le doute chez le spectateur quant aux intentions de la protagoniste, du moins pendant la première partie. La suite de la narration se fait davantage explicative, avec une forte connotation psychologique. Les rituels mortuaires, auxquels le film donne une tonalité semi-documentaire, confèrent à la relation entre les deux personnages une tournure plus troublante, dans la lignée de plusieurs longs métrages ayant décrit la fascination pour la mort, de Vertigo à Harold et Maude. Moins lyrique que le premier, plus ambigu que le second, White Snail ne joue pas la carte mainstream et pourra laisser de côté les spectateurs qui s’attendent à un récit délibérément romanesque. Les réalisateurs préfèrent miser sur la suggestion, quitte à verser dans un moralisme désuet, avec le caractère purement platonique de la relation et l’invisibilité des corps, à l’exception des tatouages ostensibles de Misha et du torse d’une vieille femme décédée, destiné à la toilette funéraire.

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En même temps, Kremser et Peter jouent avec subtilité de la métaphore animalière — les escargots blancs adoptés par Masha — et n’occultent pas le contexte sociopolitique et économique, de la censure artistique qui s’exerce en Biélorussie (stupéfiante séquence d’un interrogatoire où sévit la police des mœurs pour juger un peintre) à l’emprise de la Chine, désireuse d’attirer les top-modèles européens sur son marché de la mode. À la fois minimaliste et démonstratif — dans le bon sens du terme —, classique dans sa forme mais jouant sur les ruptures narratives, White Snail bénéficie en outre du travail élégant de ses collaborateurs techniques, dont le directeur de la photographie Mikhail Khursevich. Quand aux débutants Mikhail Senkov et Marya Imbro, qui jouent presque leurs propres rôles, ils n’ont pas démérité leur prix d’interprétation au Festival de Locarno 2025, où le film a également obtenu le Grand prix du Jury. Il serait dommage de passer à côté de cette œuvre attachante, tout en demi-teintes.
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