Le 19 mai 2026
Courageux et salutaire, le premier film de Marie Clémentine Dusabejambo revisite l’histoire du génocide rwandais, trente ans plus tard. Une cinéaste à suivre de très près.
- Réalisateur : Marie Clémentine Dusabejambo
- Acteurs : Isabelle Kabano, Clémentine U. Nyirinkindi, Kesia Kelly Nishimwe, Arivere Kagoyire, Antoinette Uwamahoro, Leocadie Uwabeza, Aime Valens Tuyisenge, Hamida Uwimana
- Genre : Drame, Historique
- Nationalité : Français, Norvégien, Rwandais, Gabonais
- Distributeur : Ad Vitam
- Durée : 1h41mn
- Festival : Festival de Cannes 2026
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– Festival de Cannes 2026 : Sélection officielle, Un Certain Regard
Résumé : Rwanda, 2012. Après le génocide des Tutsis, des tribunaux populaires sont mis en place pour apporter justice et réconciliation. Vénéranda, survivante, est convaincue de la nécessité de ces procès. Malgré les pressions, elle organise des séances de discussion entre victimes et familles de bourreaux. Mais lorsqu’elle apprend la grossesse inattendue de sa fille, elle doit faire face à ses propres contradictions et aux parts sombres de son passé.

- © 2026 Festival de Cannes
Critique : La blessure du Rwanda est toujours ouverte. En attestent les films de plus en plus nombreux sur le sujet dont le magnifique documentaire récent Didy que nous avions chroniqués. Mais s’embarquer dans un film de fiction est une autre affaire. C’est justement ce à quoi s’engage la cinéaste Marie Clémentine Dusabejambo qui, pour un premier long-métrage, va tenter de rendre compte de la détresse des survivantes Tutsis qui doivent faire face au procès de leurs bourreaux. Nous sommes en 2012, huit ans après le génocide. Le gouvernement rwandais tente de créer un apaisement entre les familles rescapées et les auteurs des massacres, en mettant en place des espaces de paroles et en permettant des procès justes et proportionnés. Mais quand on a vécu de pareils drames, le pardon peut se révéler impossible.
Ben’imana est d’abord un film de femmes. On peut comprendre car à l’issue du génocide, toutes n’ont pas été massacrées comme leurs enfants ou leur mari. Elles ont subi des viols, en plus d’assister à l’assassinat de leurs proches à la machette. Le traumatisme est plus qu’évident mais, miracle de la vie, et peut-être du cinéma, les femmes que Marie Clémentine Dusabejambo dépeint sont d’une incroyable résilience. Le long-métrage restitue la période où le gouvernement a tenté de remettre de la quiétude dans les relations entre les populations. La cinéaste invite dans la grande Histoire, la petite histoire de son héroïne Vénéranda, elle-même hantée par un passé dont elle ne parvient pas à se départir. On est donc dans une véritable fiction qui s’appuie sur la réalité des faits historiques tels qu’ils se sont déroulés au Rwanda.

- Copyright Mostafa El Kashef
Beaucoup d’acteurs présents ne sont pas professionnels. Cela force d’autant plus l’admiration du projet, tant les personnes qui participent au projet ont dû être affectées personnellement par l’histoire du Rwanda. La réalisatrice choisit de mettre en scène de femmes debout, dignes, qui n’hésitent pas à chanter leur douleur dans des textes d’une grande dignité. Les paysages superbes s’invitent au côté des comédiens, avec ces grandes forêts impénétrables perdurant, elles, malgré les guerres et les atrocités qui ne cessent de dévorer les pays d’Afrique centrale.
Marie Clémentine Dusabejambo ne réalise pas un film larmoyant et victimaire. Elle tient à montrer des femmes habitées par la colère mais aussi le sens du pardon. Elles font œuvre d’une intelligence exceptionnelle, et surtout d’un sang-froid admirable. La réalisatrice s’affiche comme l’ambassadrice d’un cinéma africain, souvent mal connu, qui peine à trouver des distributeurs. Ici, la photographie est impeccable, les conditions de réalisation sont optimales, l’écriture est précise et maîtrisée, signes que la création africaine a plus que sa place sur nos écrans français.
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