Le 11 mai 2026
Derrière cette drôle d’histoire d’une poule échappée d’un élevage industriel à cause de sa couleur noire, György Pálfi décrit, dans une langue acerbe et drôle, les dessous du trafic d’hommes et des petits arrangements entre humains en Hongrie. Une œuvre qui se démarque par sa mise en scène plutôt stupéfiante.
- Réalisateur : György Pálfi
- Acteurs : Yiannis Kokiasmenos, Argyris Pandazaras, Maria Diakopanayotou, Antonis Tsiotsiopoulos, Antonis Kafetzopoulos, Eleni Apostolopoulou, Mahmod Bamerny
- Genre : Comédie dramatique, Film animalier
- Nationalité : Allemand, Hongrois, Grec
- Distributeur : Paname Distribution
- Durée : 1h37mn
- Titre original : Kota
- Date de sortie : 27 mai 2026
- Festival : Festival international du film de Saint-Sébastien
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Résumé : À grand pouvoir, grandes responsabilités - mais si l’héroïne était une poule ? Échappée d’un élevage industriel, elle trouve refuge dans la cour d’un restaurant en ruine. Là, elle découvre l’amour, défie la loi du bec et se bat pour protéger ses œufs. Sa quête, tendre et ironique, résonne avec les combats silencieux et petits arrangements de la vie humaine.
Critique : l’anthropomorphisme est un effet narratif fréquemment utilisé dans l’art, et particulièrement dans les films d’animation. L’apparition d’une poule dans ce type d’exercice est absolument innovant, et d’emblée force à l’admiration envers le cinéaste hongrois György Pálfi pour sa mise en scène. Pendant cette heure et demi, le spectateur ne cesse de se demander comment techniquement le réalisateur a pu filmer cette poule, et d’autres congénères, sans recourir à l’image artificielle. Les animaux, qui se transforment en de véritables témoins de la condition humaine, sont cités dans le casting comme des acteurs comme les autres, qui donnent la voix aux comédiens en chair et en os.
Cocotte est donc l’histoire d’une fuite à travers la Hongrie, depuis l’espace cauchemardesque d’un élevage industriel de poulets. Le spectateur est d’ailleurs d’emblée horrifié par ce système où depuis l’œuf sorti du cul de la poule, lui-même soigneusement trié puis couvé de façon artificielle, on assiste à la naissance des poussins qui sont balancés brutalement d’une machine à l’autre pour atterrir dans un espace de vie où la conscience animale est niée. La promiscuité entre les bêtes est effrayante, et que notre poule soit noire semble presque une chance puisqu’elle est retirée de l’élevage. Déjà, on songe à ces pays notamment africains (mais pas seulement) où parfois la seule échappatoire possible demeure l’asile, après un long parcours à travers la peur et l’inconnu. Cette métaphore animale ne serait-elle pas finalement pas un condensé de la Hongrie de l’ancien Premier ministre Orban, dévastée par le populisme et la haine de la différence.

- Copyright Pallas Film 2025
Cocotte semble donc se référer au parcours d’exil d’un individu traqué par les autorités de son pays. L’animal va à la rencontre, malgré lui, du pays des hommes où les trafics, trahisons, persécutions et la violence règnent magistralement. Les épreuves que rencontre la gallinacée semblent bien minces par rapport à ce qu’endurent les humains qui font preuve à l’égard d’elle d’autant d’affection que de brutalité. Un jour, elle est bonne à manger, un autre, elle est chassée du domicile où elle a trouvé refuge, ou encore, elle finit par trouver asile dans ce qui pourrait ressembler à un poulailler mais n’est hélas qu’un endroit où s’entassent des réfugiés.

- Copyright Pallas Film 2025
Mais Cocotte est loin d’être une œuvre noire et sinistre. L’humour est toujours présent, doublé d’une bande-son absolument délicieuse qui revisite des grands classiques de la musique, dont le fameux Boléro de Ravel. Le spectateur s’amuse vraiment dans cette balade fantasque à travers un pays où chaque rencontre, vécue du point de vue de l’animal, prend une dimension toute particulière. Le long-métrage s’adresse d’ailleurs à tous les publics : les enfants se régaleront des prouesses de la poule et les adultes jugeront, comme il se doit, le genre humain dans ce qu’il peut avoir de pire et de meilleur.
On connaissait déjà la propension du réalisateur hongrois à disséquer la cruauté du monde. Cocotte n’échappe pas à la règle, dans une langue qui s’approche du polar ethnographique. György Pálfi dépeint le théâtre de la condition humaine, avec un animal qui parfois emprunte à son tour les traits de celles et ceux qu’il rencontre sur son chemin, pavé d’embuches. En s’inspirant des pérégrinations d’une poule, le film se départit du film noir et brutal, pour une œuvre apparemment légère mais pleine de cris et de larmes.
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