Le 23 juin 2026
Toujours dans la satire anticapitaliste, Alberto Vázquez signe un nouveau film qui reste en surface jusqu’à sa fin malgré un récit peuplé de personnages intéressants.
- Réalisateur : Alberto Vázquez
- Acteurs : Kandido Uranga, Astier Hormaza, Aintzane Gamiz
- Genre : Drame, Animation, Film animalier
- Nationalité : Espagnol
- Distributeur : Le Pacte
- Durée : 1h35mn
- Date de sortie : 26 août 2026
- Festival : Festival d’Annecy 2026
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Résumé : Arnold, une souris au chômage, traverse une crise existentielle. Il vit dans une ville ou l’entreprise A.L.M.A. dirige tout. Contrairement à sa femme María, il a depuis longtemps l’impression que ce monde est irréel. Décidant de se rebeller, il élabore un plan astucieux pour s’échapper de la ville.
Critique : Troisième long-métrage d’Alberto Vázquez, le réalisateur galicien revient avec un film antimoral où des petits animaux tentent de contrer leur monde ultracapitalisme et autoritaire. C’est un peu comme si vos habitants d’Animal Crossing se rendaient compte qu’ils étaient dans un jeu vidéo où tout est contrôlé dans un monde au décor factice et aux frontières limitées. Des inspirations évidentes pour 1984 ou encore The Truman Show.
Loin du modèle Disney et de la vision harmonieuse de l’animal anthropomorphe, Vázquez peuple son film de créatures épuisées, enfermées dans une routine aliénante. Arnold, au chômage, et Maria, écrasée sous le poids des responsabilités quotidiennes, incarnent une classe moyenne désabusée dont l’horizon semble se limiter à la survie. L’esthétique du film accompagne ce constat : les décors, volontairement artificiels, oscillent entre la banalité du quotidien et une étrangeté permanente qui rappelle que ce monde n’est qu’une mise en scène. Sous ses couleurs parfois chaleureuses se cache une profonde sensation d’étouffement.

- © 2026 Le Pacte. Tous droits réservés.
À travers sa galerie de personnages, Decorado complète un véritable triptyque anticapitaliste amorcé avec Psiconautas puis radicalisé dans Unicorn Wars. Là où ces deux films associaient déjà violence systémique, destruction écologique et domination idéologique, Decorado s’intéresse davantage à la fabrication du consentement et à l’acceptation passive d’un ordre absurde. Le capitalisme est abusif et devient un décor total, un théâtre dont personne ne semble pouvoir sortir.
Le film souffre toutefois d’une certaine dispersion. Alberto Vázquez multiplie les pistes de réflexion — aliénation au travail, surveillance, consumérisme, absurdité des rapports sociaux — sans jamais approfondir véritablement chacune d’entre elles. Cette accumulation finit par donner au récit une dimension parfois programmatique, comme si le film dressait l’inventaire des maux contemporains sans parvenir à les transformer en véritable proposition dramatique ou philosophique.

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Cette impression est renforcée par une conclusion étonnamment timide au regard des ambitions affichées. Après avoir construit un univers reposant sur la remise en cause de la réalité elle-même, Decorado choisit une sortie de route relativement convenue qui peine à donner un sens à l’ensemble. Le film demeure fascinant par sa direction artistique et la cohérence de son regard critique, mais laisse le sentiment d’une œuvre qui identifie brillamment les mécanismes de domination sans réussir à leur opposer une réponse cinématographique à la hauteur de ses enjeux.
Reste une proposition singulière dans le paysage de l’animation contemporaine : un conte politique sombre, parfois brillant, qui confirme la volonté d’Alberto Vázquez de faire de l’animation un terrain d’expérimentation esthétique et idéologique bien éloigné des standards familiaux du genre.
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