Le 13 mai 2026
Dua décrit la sortie précipitée de l’innocence d’une jeune fille de treize ans, hantée par la violence quotidienne des Serbes contre les Kosovars. Une œuvre stupéfiante qui force au devoir de mémoire sur le conflit serbo-croate de la fin des années 90.
- Réalisateur : Blerta Basholli
- Acteurs : Luàna Bajrami, Arben Bajraktaraj
- Genre : Drame, Film de guerre, Teen movie
- Nationalité : Français, Suisse, Kosovar
- Distributeur : Jour2fête
- Durée : 1h40mn
- Festival : Festival de Cannes 2026
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– Festival de Cannes 2026 : Semaine de la Critique, En compétition
Résumé : Le quotidien d’une adolescente et sa famille à Pristina à la fin des années 1990. Le Kosovo est au bord de la guerre avec la Serbie et Dua, treize ans, doit choisir entre les injonctions de ses camarades de classe et ses propres envies. Mais les tensions ethniques grondent et le danger se rapproche de sa famille.
Critique : Dua a treize ans et aborde les quatorze avec une certaine insouciance. Comme toutes les filles de son âge, elle regarde les garçons, fréquente des boums organisées par ses amis et se rêve déjà une adulte épanouie. Sauf qu’en dehors des espaces clos, la discrimination et la violence règnent contre les Kosovars à Pristina, les deux populations locales se regardant comme des ennemis irréconciliables. Mais l’une est appuyée par sa milice qui n’hésite pas à massacrer les habitants à coups de matraques, tandis que la haine des Serbes à l’égard des Croates ne cesse de s’alimenter de discriminations de toutes sortes pouvant aller jusqu’à des agressions sexuelles en pleine rue.
Alors, évidemment, dans un tel contexte, l’enfance s’évapore aussi vite que les bombes commencent à pleuvoir sur le ciel de Pristina. lerta Basholli, elle-même d’origine kosovare, décortique à la loupe la perte d’innocence d’une toute jeune fille qui décide à sa manière de venger l’honneur commis contre elle, sa famille et ses amis. Elle se forme au judo, comme un ultime acte de résistance pour contrer l’ennemi en cas de besoin, capable de massacrer sans foi ni loi une adolescente parce qu’elle a juste le malheur d’être kosovare et désirable.

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La force du film est d’abord présente dans le jeu de l’actrice Pinea Matoshi. Elle fait montre d’une puissance redoutable dans l’interprétation de son personnage, alternant le regard juvénile et naïf d’une enfant avec celui d’une jeune femme forcée de grandir et d’organiser sa propre résistance. La dureté comme la douceur traversent indifféremment son visage quand elle assiste, impuissante, à l’organisation de ce qui sera bientôt un charnier détestable qu’on avait crû d’une autre époque après la Shoah. On assiste à la déconstruction macabre et irrémédiable de l’enfance pour endosser le rôle de la combattante.
Alors, oui, Dua est un film résolument partial et engagé. La réalisatrice le dédie à ses parents, signe d’un destin qui a dû être commun avec cette famille contrainte à l’exil. Les Serbes exigeront sans doute une vision moins radicale mais le massacre de Racak ne fait aucun doute sur les intentions génocidaires des nationalistes de l’époque. La réalisatrice assume son regard kosovar sur cette lecture de l’Histoire. Le récit d’ailleurs se termine au moment où, à la suite du massacre mentionnée, le conflit s’est radicalisé avec l’appui de l’OTAN, entraînant des flux de populations gigantesques vers les pays voisins en paix. En ce sens, Dua oblige le spectateur à un effort de mémoire sur une période où, à deux pas de la France, une guerre éclatait, guerre dont les effets continuent de se faire sentir aujourd’hui dans les rapports de force nationalistes.
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