Critique

CINÉMA

Festival de Cannes 2011 : Robert De Niro président

Le 7 janvier 2011

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  • Gérard Crespo 8 janvier 2011
    Festival de Cannes 2011 : Robert De Niro président

    Nul doute que l’acteur culte et star, qui révolutionna le jeu dramatique dans les années 70 et 80 par des compositions mémorables chez Scorsese, Cimino, Bertolucci, Leone ou, plus tard, Mann et Tarantino, est un choix de qualité. Pour autant, la filmographie de De Niro ces dix dernières années pourra laisser perplexe, le comédien s’étant livré à maints numéros de cabotinage dans des bandes indignes de son talent. Le meilleur comme le pire peuvent donc être prévus pour ce qui est du palmarès qu’il décernera, avec les autres membres du jury cannois. La qualité d’un artiste détermine-t-elle pour autant celle d’un Palmarès ? On peut en douter, au vu de quelques surprises dans l’histoire du Festival de Cannes : Sydney Pollack (On achève bien les chevaux) avait décerné l’une des pires Palmes académiques (Mission), quand Françoise Sagan, femme de lettres talentueuse mais piètre cinéaste, accordait sept ans plus tôt un joli doublon en primant Apocalypse now et Le tambour. C’était la période où pour présider un Jury de grand festival de cinéma, on se devait d’être de préférence un écrivain célèbre, quand les cinéastes ne siégeaient pas dans les Académies Goncourt ou Renaudot... Mais revenons sur les films primés à Cannes par les jurys présidés par de grands acteurs :

    1966 - Sophia Loren proclame son palmarès sous les huées : Un homme et une femme de Claude Lelouch et Ces messieurs dames de Pietro Germi obtiennent la Palme d’or. Les réactions sont injustifiées pour le second film, désormais grand classique de la comédie italienne.

    1971 - Michèle Morgan promeut Le messager de Joseph Losey, certes grand cinéaste, quand deux films cultes auraient pu prétendre à la Palme d’or : Johnny s’en-va-t-en guerre de Dalton Trumbo (Grand Prix du Jury) et Mort à Venise de Luchino Visconti (Prix du 25e anniversaire).

    1973 - Ingrid Bergman, choquée par La maman et la putain (tout de même Prix du Jury), préfère attribuer la Palme d’or à deux autres films : l’excellent L’épouvantail de Jerry Schatzberg et le calamiteux La méprise de Alan Bridges.

    1975 - Jeanne Moreau attribue la Palme d’or à un pensum, [Chronique des années de braise de Mohammed Lakhdar-Hamina, et le prix d’interprétation féminine à Valerie Perrine, pourtant second rôle dans Lenny.

    1980 - Kirk Douglas cède à la pression pour attribuer le Prix du Jury au génial Mon oncle d’Amérique. Mais on lui saura gré d’avoir attribué la Palme à deux autres monuments du 7e art : Kagemusha de Akira Kurosawa et Que le spectacle commence de Bob Fosse.

    1984 - Dirk Bogarde consacre Wim Wenders pour Paris, Texas qui constitue un sommet dans la filmographie du cinéaste allemand. Angelopoulos, Huston et Tavernier sont également au Palmarès.

    1987 - Yves Montand crée la surprise en attribuant la Palme d’or à Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat, sous les sifflets de l’assistance. Le film est pourtant une réussite indéniable. Le favori Nikita Mikhalkov se contente d’un Prix d’interprétation pour Mastroianni dans le consensuel Les Yeux noirs.

    1992 - Gérard Depardieu attribue ce qui restera sans doute la pire récompense suprême décernée par un acteur : Les meilleures intentions de Bille August (sur un scénario de Bergman), récidiviste de la Palme d’or surévaluée. The Player de Robert Altman se contente du Grand Prix.

    1994 - Clint Eastwod (et sa vice-présidente Catherine Deneuve) consacrent Quentin Tarantino pour le désormais culte Pulp Fiction, mais n’oublient pas Nikita Mikhalkhov, Nanni Moretti et Patrice Chéreau au Palmarès.

    1995 - Jeanne Moreau répare sa bévue en attribuant la Palme d’or au très beau Underground de Emir Kusturica, mais son prix d’interprétation récompense à nouveau une actrice dans un second rôle : Helen Mirren dans La folie du roi George.

    1997 - Isabelle Adjani opte pour un choix radical en donnant la Palme à deux films magistraux mais austères : Le goût de la cerise de Abbas Kiarostami et L’anguille de Shohei Imamura. D’autres prix récompensent Atom Egoyan et Wong Kar Wai.

    2001 - Liv Ullmann ne cache pas sa préférence pour La Pianiste de Michael Haneke (Grand Prix et double prix d’interprétation) mais c’est le consensuel (et très beau) La chambre du fils de Nanni Moretti qui obtient la Palme d’or.

    2008 - Sean Penn attribue la Palme d’or à Entre les murs, "grand petit film" coup de poing de Laurent Cantet. Matteo Garrone, Nuri Bilge Ceylan et les frères Dardenne ne sont pas oubliés mais Clint Eastwood (L’échange) repart bredouille.

    2009 - Isabelle Huppert est accusée de copinage en donnant la Palme à Michael Haneke pour Le ruban blanc, qui s’avèrera très vite une pièce majeure dans sa filmographie. Jacques Audiard et Brillante Mendoza figurent dans un Palmarès qui a oublié Marco Bellochio (Vincere) et Jane Campion (Bright Star).

    Bobby De Niro, tu es attendu au tournant !

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