Le 26 février 2026
Scream prouve qu’un cinéaste peut se renouveler, questionner son propre héritage, transformer ses propres codes en matériau d’expérimentation. Ce film culte supporte-t-il pour autant le verdict du temps ?
- Réalisateur : Wes Craven
- Acteurs : David Arquette, Neve Campbell, Drew Barrymore, Liev Schreiber, Jamie Kennedy, Matthew Lillard, Rose McGowan, Skeet Ulrich, Courteney Cox, W. Earl Brown
- Genre : Épouvante-horreur, Teen movie, Slasher, Film culte
- Nationalité : Américain
- Distributeur : Les Films Number One
- Editeur vidéo : Studiocanal
- Durée : 1h50mn
- Box-office : 2 207 347 entrées (France) dont 430 362 (Paris-périphérie) / 103 M$ (USA)
- Âge : Interdit aux moins de 12 ans
- Date de sortie : 16 juillet 1997
- Voir le dossier : La saga Scream
- Plus d'informations : Le portrait de Ghostface
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Résumé : Casey Becker, une belle adolescente, est seule dans la maison familiale. Elle s’apprête à regarder un film d’horreur, mais le téléphone sonne. Au bout du fil, un serial killer la malmène, et la force à jouer à un jeu terrible : si elle répond mal à ses questions portant sur les films d’horreur, celui-ci tuera son copain... Sidney Prescott sait qu’elle est l’une des victimes potentielles du tueur de Woodsboro. Celle-ci ne sait plus à qui faire confiance. Entre Billy, son petit ami, sa meilleure amie Tatum et son frère Dewey, ses copains de classe Stuart et Randy, la journaliste arriviste Gale Weathers et son caméraman Kenny qui traînent tout le temps dans les parages et son père toujours absent, qui se cache derrière le masque du tueur ?
Critique : En 1996, le slasher était mort. Tué par ses propres excès, par vingt ans de sequels interchangeables. Puis arrive Scream, scénario de Kevin Williamson, réalisé par Wes Craven, ironiquement, l’un des pères fondateurs du genre qu’il s’apprête à autopsier. Scream ne cherche pas à relancer le slasher en l’innovant formellement. Il le relance en l’exposant, révélant ses règles, transformant le film d’horreur en commentaire méta sur le film d’horreur. Le pari fonctionne : un succès colossal, une renaissance du genre, plusieurs sequels qui ont une influence durable sur tout le cinéma horrifique des décennies suivantes. Mais trente ans plus tard, Scream a mal vieilli. Son ironie semble datée, son côté transgressif émoussé par des milliers d’imitations. Ses dialogues fake résonnent comme reliques des années 90. Ses acteurs, alors jeunes stars montantes, sont devenus icônes vieillissantes. Le film fonctionne désormais moins comme horreur que capsule temporelle d’une époque où la méta-fiction semblait révolutionnaire. Scream reste un objet important, fondateur, qu’on regarde aujourd’hui avec la tendresse amusée qu’on réserve aux classiques dépassés.
Scream s’ouvre sur l’une des séquences d’ouverture les plus célèbres du cinéma d’horreur. Casey (Drew Barrymore) est seule chez elle, prépare du pop-corn, attend son petit ami. Le téléphone sonne. Voix masculine : « Quel est ton film d’horreur préféré ? » Conversation qui vire au jeu-questionnaire sur les films de slasher. Puis aux menaces. Puis à la révélation : le petit ami de Casey est attaché dehors, le tueur le regarde. Si Casey répond mal aux questions, il meurt. Casey panique, tente de fuir, se fait traquer dans sa maison, puis massacrer dans le jardin sous les yeux de ses parents qui rentrent. Ce choix de tuer la star la plus connue du casting dans le prologue est le geste méta fondateur de Scream. Barrymore était alors l’actrice la plus bankable du film. Le marketing la présentait comme la vedette. Son visage était sur l’affiche. Les spectateurs s’attendaient à la suivre pendant tout le film. Craven et Williamson la tuent en douze minutes, citant directement Psycho (Janet Leigh tuée à la moitié du film) mais en le radicalisant (morte dès le prologue). Cette subversion fonctionnait encore en 1996. Aujourd’hui, devenue norme (tuer la star au début pour choquer), elle a perdu de sa force. Mais on mesure son audace à l’époque.
L’innovation centrale de Scream tient à l’explicitation des règles du slasher. Dans une scène devenue iconique, Randy (Jamie Kennedy), cinéphile obsessionnel qui travaille dans un vidéoclub, énonce les trois règles pour survivre dans un film d’horreur : tu ne fais jamais l’amour (les vierges survivent, les autres meurent) ; tu ne bois jamais ; tu ne te drogues jamais ; tu ne dis jamais « Je reviens tout de suite ». Ces règles sont évidemment celles du slasher des années 80 : les adolescents sexuellement actifs meurent (punition puritaine), les personnages qui se séparent du groupe meurent (punition de l’individuation), ceux qui annoncent leur retour ne reviennent jamais (ironie dramatique). Williamson ne se contente pas d’observer ces règles. Il les énonce explicitement dans le film. Les personnages savent qu’ils sont dans un scénario de slasher. Ils essaient de s’y conformer pour survivre, ce qui, évidemment, ne fonctionne pas toujours. Cette conscience des codes fait de Scream un film postmoderne : il ne peut plus raconter naïvement une histoire de tueur masqué, il doit la raconter en sachant que le public connaît déjà tous les codes.
Cette stratégie était brillante en 1996. Aujourd’hui, banalisée par des centaines de films méta, elle semble évidente, presque datée. L’ironie de Scream, si transgressive à l’époque, est devenue langage commun du cinéma d’horreur contemporain.

- © 1996 Dimension Films, Woods Entertainment. Tous droits réservés.
Sidney Prescott (Neve Campbell) est la protagoniste, la final girl, selon la terminologie académique du slasher. Fille d’une mère assassinée un an plus tôt, elle est traumatisée, méfiante, vierge (détail important pour les règles du slasher). Le tueur masqué la cible particulièrement, une obsession non expliquée jusqu’au twist final. Campbell incarne Sidney avec un sérieux qui contraste avec le ton ironique du reste du film. Elle joue la terreur, le deuil, la détermination sans distance. Cette absence d’ironie dans sa performance est essentielle : elle ancre le long métrage dans une réalité émotionnelle qui empêche la dérive vers la pure parodie. Si Sidney elle-même se moquait de la situation, le film s’effondrerait. Mais Campbell n’est pas une actrice extraordinaire. Son jeu reste au niveau de la télévision teen des années 90. Suffisant pour le film, mais jamais transcendant. Cette limitation fait que Sidney reste archétype (final girl résiliente) plutôt que personnage vraiment complexe.
L’un des plaisirs suscités aujourd’hui pas Scream est de voir son casting avant que les interprètes ne deviennent icônes. Courteney Cox (alors connue pour Friends) en journaliste ambitieuse. David Arquette (qu’elle épousera après le tournage) en flic benêt. Rose McGowan, Matthew Lillard, Skeet Ulrich, tous au début de carrières qui prendront des trajectoires diverses. Les voir jeunes, avec leurs coupes de cheveux années 90, leurs vêtements grunges, leur jeu d’acteur télé-calibré, produit un effet de nostalgie involontaire. Scream fonctionne désormais comme archive d’une époque, le teen cinema des années 90, avec ses codes vestimentaires, ses références culturelles (vidéoclubs, téléphones fixes, absence de smartphones), son optimisme post-guerre froide et pré-11 septembre.
Les décors (maisons suburbaines cossues, lycée américain stéréotypé, fêtes d’Halloween) sont d’une américanité archétypale qui semble aujourd’hui presque exotique. Le film devient involontairement témoignage d’une période révolue.
Certains acteurs, comme Matthew Lillard en particulier, jouent avec une exagération qui semble volontaire, presque camp. Lillard grimace, gesticule, hurle de manière outrancière. Est-ce mauvais jeu ou parodie consciente du mauvais jeu du slasher classique ? Craven et Williamson n’ont jamais clarifié cette ambiguïté. Le film oscille entre sérieux (les scènes de terreur de Sidney) et ironie (les répliques méta de Randy, les pitreries de Lillard). Cette oscillation tonale est à la fois sa force (il ne tombe ni dans l’horreur pure ni dans la parodie pure) et sa faiblesse (on ne sait jamais exactement sur quel pied danser). Cette ambiguïté a mal vieilli. En 1996, elle semblait sophistiquée. Aujourd’hui, elle paraît maladroite, comme si le récit ne parvenait pas à choisir entre premier et second degré.
Le tueur de Scream, surnommé Ghostface, masque blanc expressionniste inspiré du tableau Le Cri de Munch, est devenu icône culturelle. Mais il n’est pas vraiment effrayant. Contrairement à Michael Myers (Halloween), Jason (Friday the 13th), Freddy (Nightmare), Ghostface n’a aucune présence physique imposante. Il trébuche, tombe, se fait frapper par les victimes. Il est maladroit, presque comique. Ce choix est volontaire. Ghostface n’est pas entité surnaturelle. C’est un humain ordinaire sous un déguisement de Halloween acheté en magasin. Il peut être blessé, fatigué, vaincu. Cette humanité du tueur démystifie le slasher. Ce ne sont pas des monstres invincibles, juste des personnes dérangées avec des couteaux. Mais cette démystification a un coût : Ghostface ne produit jamais la terreur primitive des grands tueurs du slasher classique. On ne le craint pas vraiment. On joue avec lui comme lui joue avec ses victimes. Cette égalité ludique entre spectateur et tueur est peut-être le vrai propos méta de Scream : nous sommes tous complices du spectacle, tous joueurs dans le jeu horrifique.
Scream fonctionne comme catalogue du slasher des quinze années précédentes. Les personnages citent Halloween, Prom Night, Carrie, Friday the 13th, Nightmare on Elm Street, etc. Ils analysent ces films, discutent de leurs règles, les utilisent comme manuels de survie. Pour un spectateur cinéphile en 1996, ces références produisaient une jouissance de reconnaissance. Pour un spectateur actuel, qui n’a peut-être pas vu ces classiques, elles tombent à plat. Scream présuppose une culture cinéphilique partagée qui n’existe plus de la même manière. Inversement, Scream a lui-même influencé des centaines de films. On reconnaît son héritage dans Scary Movie (parodie directe), Final Destination, I Know What You Did Last Summer (même scénariste), tout le teen horror des années 2000. Le film est devenu une inspiration, ce qui rend difficile d’apprécier son originalité initiale.

- © 1996 Dimension Films, Woods Entertainment. Tous droits réservés.
ATTENTION SPOILER DANS LES DEUX PARAGRAPHES QUI SUIVENT : [La révélation finale dévoile deux tueurs : Billy (Skeet Ulrich), petit ami de Sidney ; et Stu (Matthew Lillard), son meilleur ami. Leur motivation : la mère de Sidney a eu une liaison avec le père de Billy, ce qui a détruit sa famille. Billy veut se venger. Stu aide parce qu’il est psychopathe et que c’est amusant. Ce twist fonctionne narrativement : les indices étaient présents, la révélation surprise sans tricher. Mais la motivation est risible. Tuer une dizaine de personnes parce que la mère de ta copine a couché avec ton père ? Le film semble conscient de l’absurdité. Billy et Stu eux-mêmes reconnaissent que c’est insuffisant, que c’est juste pour le spectacle, pour recréer un film d’horreur dans la vraie vie. Cette conscience de l’absurdité sauve partiellement le twist. Dans Scream, les motivations des tueurs de slasher ont toujours été ridicules. On tue parce que maman était méchante (Friday the 13th), parce qu’on a été maltraité enfant (Halloween), parce que... En explicitant cette absurdité, Williamson la transforme en commentaire. Mais pour un spectateur actuel, habitué aux thrillers psychologiques sophistiqués, aux tueurs complexes, cette motivation semble juste faible. Le film vieillit mal sur ce point.
Comme souvent chez Craven, le dernier acte s’étire. Une fois les tueurs révélés, ils expliquent longuement leur plan, motivations, références cinéphiliques. Cette séquence d’exposition, classique du slasher, où le tueur monologue avant de mourir, est jouée ici avec ironie (Billy et Stu se moquent eux-mêmes de cette fin). Mais l’ironie ne suffit pas à rendre la scène moins longuette. Puis vient la confrontation finale, qui se prolonge au-delà du nécessaire. Sidney tue Billy. Puis Stu. Puis Billy revient (faux rebond classique). Puis meurt à nouveau. La scène récapitule tous les clichés de fin de slasher, ironiquement, mais cela ne change rien au fait qu’elle dure vingt minutes de trop. Cette longueur trahit peut-être les limites du projet méta. On peut commenter les codes, les expliciter, jouer avec eux. Mais on ne peut pas vraiment les transcender. Scream reste prisonnier des structures qu’il prétend déconstruire.]
Scream a changé le cinéma d’horreur. Après lui, l’innocence était impossible. On ne pouvait plus faire un slasher naïf. Il fallait intégrer la conscience des codes, l’ironie, la distance. Cette évolution a produit des films brillants (Cabin in the Woods) et d’autres creux (tous les slashers ironiques médiocres des années 2000).
Le film a aussi lancé une franchise, avec quatre sequels à ce jour, chacun tentant de commenter le précédent, de pousser la logique méta toujours plus loin. À force de commentaires sur le commentaire, la franchise s’est vidée. Scream 5 et 6 sont des exercices d’auto-référentialité épuisés, qui tournent en rond. Cette dégradation était peut-être inévitable. Le geste méta de Scream ne pouvait fonctionner qu’une fois. Toute répétition le transformait en nouvelle norme, aussi rigide que celle qu’il prétendait subvertir.
Scream est un long métrage qu’on ne peut juger équitablement sans le replacer dans son contexte. En 1996, il était révolutionnaire. En 2026, il semble daté, ses dialogues ternes, son ironie émoussée, son jeu d’acteur télévisuel. Mais cette datation ne le disqualifie pas. Elle en fait simplement un artefact historique, témoin d’un moment où le méta semblait transgressif, où expliciter les règles du jeu suffisait à renouveler le jeu. Wes Craven a réussi à relancer un genre qu’il avait contribué à créer, c’est un exploit rare. Scream prouve qu’un cinéaste peut se renouveler, questionner son propre héritage, transformer ses propres codes en matériau d’expérimentation. Même si le résultat a mal vieilli, le geste reste admirable.
Scream est un film important qui n’est plus un bon film, une capsule temporelle qu’on regarde avec nostalgie amusée, un classique dépassé qui a ouvert la voie à tout le cinéma d’horreur contemporain, pour le meilleur et pour le pire.
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