Le 7 juin 2026
De la France à la Thaïlande, un voyage sur les territoires instables de l’intime pour explorer avec subtilité ce qui fait famille.
- Réalisateur : Safy Nebbou
- Acteurs : Romain Duris, Master Sanpasiri Khosittachawanich, Vitaya Pansringarm
- Genre : Drame, Film pour ou sur la famille
- Nationalité : Français
- Distributeur : Sony Pictures Releasing France
- Durée : 1h37mn
- Date de sortie : 10 juin 2026
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Résumé : À peine arrivé en France, le petit Mapring, quatre ans, perd sa nouvelle mère dans un accident de voiture. Thomas est dévasté. Seul face à cet enfant qui ne le reconnaît pas encore comme père, il décide de retourner en Thaïlande pour retrouver sa famille biologique et lui donner une nouvelle chance. Mais au cœur de ce voyage de la renaissance, une autre histoire se tisse : celle d’un lien fragile qui se construit, le face-à-face bouleversant d’un père et d’un fils qui doivent apprendre à s’apprivoiser.
Critique : S’inspirant du film norvégien Handle with Care d’Arild Andresen, Safy Nebbou continue son exploration de thèmes qui lui sont chers : l’apprivoisement de deux êtres, le deuil, la réparation mais aussi la filiation. Après avoir abordé la maternité, il s’intéresse cette fois à la question de la paternité qu’il choisit contrariée pour mieux en disséquer la substance.
Que signifie être père ? Réunir un homme et un enfant suffit-il à créer un lien de paternité ? La famille ne se réduit-elle qu’à l’origine biologique ? Autant de questions agitant Thomas (Romain Duris) qui ne s’est jamais réellement investi dans son rôle de père adoptif et qui, suite à la mort de son épouse, se retrouve désormais seul avec cet enfant dont il connaît peu de choses et dont il ne parle même pas la langue.

- Copyright Sony Pictures Releasing France
Commence alors un voyage à la fois affectif et géographique au cours duquel l’enfant adopté prend par la main l’adulte, perdu entre la douleur du deuil et la difficulté de l’inexpérience familiale, pour le guider vers son rôle de parent. Dans un premier temps, les motivations de ce déplacement en terre inconnue restent volontairement floues. En décidant de partir à la rencontre de la famille de l’enfant, Thomas envisage t-il de lui remettre ce petit bout d’homme qu’il ne sait comment aborder ou au contraire souhaite t-il s’imprégner de sa culture pour faciliter son accession à la paternité ? De Thomas, nous ne savons pas grand-chose. Si l’empathie n’est pas immédiate, l’ambivalence dont il fait sans cesse preuve, entre égocentrisme et volonté de bien faire, le préserve de toute mièvrerie autant que d’une grandiloquence malvenue. En se tenant au plus près des gestes hésitants, en privilégiant les silences, en s’arrêtant sur les regards, la caméra laisse l’émotion s’installer peu à peu. La nature elle-même se fait complice de cette hasardeuse recherche d’équilibre. Dans ce décor de montagnes et de terres rouges où, loin des clichés de carte postale, se heurtent teintes chaudes et froides, les paysages d’abord sombres et denses laissent finalement filtrer la lumière pour accompagner Thomas dans sa quête paternelle.

- Copyright Sony Pictures Releasing France
Si le scénario séduit par la tension douce qu’il propage, il se perd parfois dans un conformisme quelque peu lénifiant. Fort heureusement, la vivacité et le naturel du jeune Master Sanpasiri Khosittachawanich, sous les traits de Mapring, apporte un chaleureux élan de vie à cette narration tout en retenue. Loin des rôles démonstratifs de ses débuts, Romain Duris, après Une part manquante de Guillaume Senez où il partait à la recherche de sa fille dans la foisonnante capitale nippone, nous prouve, une fois encore, que l’intériorité lui sied parfaitement. La complicité qui le lie à son jeune partenaire est l’un des maillons forts de cette tendre cohabitation.
Et si ce film touche droit au cœur, c’est sans doute aussi parce qu’il choisit de célébrer la vulnérabilité masculine qu’il est de bon ton désormais de nier au profit de la masculinité toxique. Etalant sans fausse pudeur ses doutes, ses contradictions, ses failles, Thomas est l’exemple parfait de l’anti-héros, celui dont on rêve de panser les tourments.
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