Sans amertume
Le 27 février 2015
Naruse et son interprète Kinuyo Tanaka consacrent à la vie d’une hôtesse de bar à Ginza un chef-d’œuvre discret qui sait émouvoir sans chercher à en imposer par une dramatisation forcée ou une virtuosité formelle ostentatoire.
- Réalisateur : Mikio Naruse
- Acteurs : Kinuyo Tanaka, Eijirō Tōno, Kyōko Kagawa, Haruo Tanaka, Eijirō Yanagi, Ranko Hanai, Yuji Hori
- Genre : Comédie dramatique, Noir et blanc
- Nationalité : Japonais
- Distributeur : Carlotta Films
- Durée : 1h27mn
- Titre original : 銀座化粧 - Ginza gesho
- Date de sortie : 15 avril 2026
L'a vu
Veut le voir
– Sortie au Japon : 14 avril 1951
Résumé : Setsuko est serveuse dans le quartier de Ginza. Mais elle doit rembourser ses dettes à son patron si elle veut garder son emploi. Une amie lui conseille de devenir la maîtresse d’un homme riche. Ce portrait réaliste d’une femme dans le Tokyo de l’après-guerre marque le début de la période de maturité de Naruse.
Critique : Les biographies de Naruse s’accordent généralement à considérer comme un passage à vide dans l’œuvre du cinéaste la période de l’immédiat après-guerre précédant, soit les neufs films sortis au Japon entre le 28 mars 1946 (Urashima Taro no koei) et le 28 octobre 1950 (Bara gassen- La bataille des roses). Ces longs métrages étant pour la plupart invisibles, il est difficile de vérifier ce jugement que relativisent fortement les témoignages enthousiastes des privilégiés qui ont eu accès à Haru no mezame / L’éveil du printemps (1947).

- © Carlotta Films
La comparaison entre La bataille des roses et ce Ginza Gesho qui lui succède à quelques six mois de distance est néanmoins sans appel : autant le premier reste extérieur à une intrigue compliquée qu’il déroule avec un formalisme froid, très maîtrisé mais privé d’enjeu véritable, et ne retient l’attention que grâce à une direction d’acteurs impeccable (Kuniko Miyake en femme d’affaires manipulatrice au masque imperturbable) et à quelques passages forts (le mari essayant de tuer sa femme pendant qu’elle prend son bain, en montant le chauffage au maximum, mais se précipitant pour la sauver lorsqu’il l’entend tomber) ; autant dans le second chaque plan vit intensément de sa vie propre et le récit avance en douceur, comme naturellement, sans être conditionné par les rouages du drame ni instrumentaliser les personnages, les priver de leur autonomie, comme s’ils pouvaient à tous moments penser à autre chose et prendre une direction différente de celle prévue pour eux.
Les aspects mélodramatiques du scénario, qui rattachent le film au genre alors en vogue du film de femmes, sont à peine esquissés, l’héroïne semblant observer ce qui lui arrive sans se faire trop d’illusions mais sans céder à l’amertume non plus. Lorsque par exemple elle doit momentanément céder sa place auprès de l’homme aimé à sa jeune protégée pour partir à la recherche de son fils fugueur, le spectateur perçoit parfaitement qu’elle renonce ainsi à la perspective d’une nouvelle vie heureuse qui semblait s’esquisser pour elle, et surtout qu’elle le sait.

- © Carlotta Films
Cette conscience de la perte irréparable, l’immense Kinuya Tanaka parvient à la suggérer en ne montrant rien, son personnage ne se trahissant, un peu plus loin, que par la gifle rageuse qu’elle administre à l’enfant revenu. Si Yukiko est indéniablement la protagoniste du film, Naruse ne s’intéresse pas moins à tout ce qui l’entoure : l’animation d’un quartier populaire épargné par la guerre ou de Ginza envahi par les néons, les enfants qui jouent dans la rue ou essayent de gagner quelques sous en exécutant de menus travaux, toutes les scènes inutiles, comme celle de la leçon de chant ou celle dans le bar où un client s’égosille ridiculement à la stupéfaction générale pendant que Yukiko, à ses côtés, essaye de masquer son embarras amusé.
Ceux qui ont salué ce film comme celui de la renaissance du grand Naruse ont donc sans doute vu juste : Ginza Gesho est le premier d’une longue nouvelle série de chefs-d’œuvre discrets, à la grâce essentiellement musicale, qui sauront toucher, émouvoir, bouleverser même, mais sans chercher à en imposer par une virtuosité formelle ostentatoire.
Galerie photos
Votre avis
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.






















