Le 14 avril 2026
Un blockbuster anti-intelligence artificielle à la fois chaotique et divertissant, qui perd l’efficacité de son propos dans un ton trop paternaliste, mais développe un message qui le rend sympathique et reste primordial dans le contexte actuel.
- Réalisateur : Gore Verbinski
- Acteurs : Sam Rockwell, Michael Peña, Juno Temple, Conrad Kemp, Haley Lu Richardson, Zazie Beetz
- Genre : Comédie, Science-fiction, Aventures
- Nationalité : Américain, Allemand
- Distributeur : Metropolitan FilmExport
- Durée : 2h15mn
- Âge : Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs
- Date de sortie : 15 avril 2026
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Résumé : Un soir, dans un restaurant minable de Los Angeles, un homme étrange et débraillé débarque avec un détonateur à la main et affirme venir du futur. Ce serait la cent dix-septième fois qu’il remonte le temps pour empêcher l’apocalypse déclenchée par une intelligence artificielle et sauver une humanité lobotomisée par les écrans. Son ultime stratégie : recruter les clients du restaurant pour former une équipe capable de sauver le monde. Si ce groupe aussi improbable que mal préparé y parvient, alors l’humanité a peut-être encore une chance… Ou peut-être pas. Qui sait ?
Critique : Après s’être battu pendant cinq ans pour faire naître son film, Gore Verbinski, réalisateur des trois premiers Pirates des Caraïbes, propose Good Luck, Have Fun, Don’t Die, une comédie d’action et de science fiction relatant les aventures d’un homme venu du futur poussant un groupe d’inconnus du présent à le suivre dans sa révolution contre une intelligence artificielle qui va détruire le monde. Le réalisateur et son scénariste, Matthew Robinson, ont rencontré de nombreux obstacles pour mener leur projet à bien, notamment en termes de financement et de distribution, ce qui semble peu étonnant lorsque les plus grands studios américains participent à la normalisation de l’utilisation de l’IA.
Suite à ces séduisantes prémices, le réalisateur américain présente un film survolté et riche en rebondissements, qui ne laisse pas le temps à son spectateur de s’ennuyer. Les personnages ne s’arrêtent jamais d’avancer vers leur but même si la course-poursuite est interrompue par des séquences de flashback, permettant de développer les personnages du présent mais aussi et surtout de comprendre les évènements précis qui les ont menés à croiser le chemin de cet homme du futur. Good Luck, Have Fun, Don’t Die est également une œuvre en discussion avec d’autres l’ayant précédée, et tout particulièrement la saga Terminator. Passées les ressemblances scénaristiques évidentes (l’IA causant la fin du monde et le voyageur temporel), il semble assez clair que Verbinski tente de revisiter les thèmes de la franchise initiée par Cameron, de marcher dans ses pas pour montrer à quel point, malgré les avertissements, l’humanité se dirige vers sa propre fin en se laissant dépasser par sa propre création.

- © 2025 Entertainment Film Distributors. Tous droits réservés.
Le réalisateur est ainsi lui même un peu voyageur temporel, allant trouver dans le passé une arme pour changer son présent. De plus, le film est habité par une sorte de mysticisme, comme si un dieu, le destin ou l’univers intervenaient pour sauver l’humanité, comme si les choses ne pouvaient se passer que d’une seule façon. Cette part d’inexplicable confère au récit des airs de conte, de fable de l’âge numérique où la magie et l’espoir existent toujours mais sont ébranlés par la perte du lien humain. Le groupe hétéroclite réuni par l’homme du futur traduit ce détachement avec le réel : leurs vies en sont des exemples parfaits, ils y sont habitués mais sont également capables de voir l’absurdité de la situation. Tous se battent en étant complétement dépassés par les évènements, par l’ampleur de leur tâche et la puissance de leur ennemi. En cela, ils représentent des avatars pour le spectateur, ce qui est, on le sent, une des grandes préoccupation de Verbinski qui cherche à nous inviter dans sa révolution. Le choix de raconter cette histoire en mêlant humour et action crée une complicité avec le public et fait ainsi passer le message anti-intelligence artificielle plus efficacement. De plus, il est assez logique pour un film relatant une apocalypse par l’apathie, ayant lieu par le manque d’intérêt des hommes pour leur monde et leurs semblables, d’au moins essayer de nous faire réagir et ressentir des émotions.

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Good Luck, Have Fun, Don’t Die ne se distingue pas par sa subtilité : il critique la nouvelle technologie de façon assez peu originale, en utilisant des concepts de science-fiction que l’on peut trouver éculés. L’aspect paternaliste du film est indéniable mais on le comprend par la place grandissante que prend l’IA dans nos vies quotidiennes, et donc l’envie de n’importe qui avec un peu de matière grise d’enrayer ce phénomène mortifère. Néanmoins, on peut douter de l’efficacité de la démarche vis-à-vis de ceux pour qui, aussi stupide que cela puisse être, l’IA est devenue une commodité de la vie quotidienne. Internet et les réseaux sociaux ont modifié la manière dont un grand nombre de personnes interagissent avec le monde et avec l’art : l’impression et la peur d’être constamment jugé et jaugé par ses pairs ont enfanté d’un besoin de prendre de la distance par rapport à tout, de ne pas s’exprimer trop fort ou trop singulièrement. On peut ainsi penser que le message du film risque de se perdre au milieu de critiques formelles, ses extravagances étant suffisantes pour qu’il soit moqué mais pas assez manifestes pour qu’il choque et marque les esprits durablement. Enfin, le paternalisme précédemment mentionné pourra être invoqué par ceux qui voudraient disqualifier une œuvre de “boomer”, le fait d’un homme vieillissant, en conflit avec son époque ; pourtant, les inquiétudes du réalisateur et même son rejet de l’intelligence artificielle sont non seulement justifiées, mais constituent un pari pris fort dans une époque où l’usage de l’IA est encouragé par les plus grandes entreprises mondiales et où un grand nombre d’artistes et d’acteurs américains investissent ou se vendent en utilisant cette technologie.
En somme, Gore Verbinski revient avec un film imparfait, manquant de subtilité et de vrais coups d’éclats formels, mais développant un message qui le rend sympathique et reste primordial dans le contexte actuel.
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