Le 10 juin 2026
Ce film démontre que le cinéma documentaire peut être à la fois beau, intelligent et émouvant, sans jamais sacrifier l’une ce ces qualités au profit des autres.
- Réalisateurs : Minh Quý Trương - Nicolas Graux
- Genre : Documentaire, Docu-fiction
- Nationalité : Français, Vietnamien, Belge
- Distributeur : Petit Chaos Distribution
- Durée : 1h11mn
- Titre original : Tóc, giấy và nước...
- Date de sortie : 9 septembre 2026
- Festival : Festival des 3 Continents, BFI London Festival 2025, Fipadoc 2026, Festival international Jean Rouch 2026, New York Film Festival 2025, Festival international de films de Locarno 2025, YIDFF Yamagata International Documentary Film Festival 2025, En ville ! - 2025, Doclisboa 2025, Viennal 2025
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Résumé : Dans une grotte, il y a plus de soixante ans, Madame Hậu est née. Aujourd’hui, elle vit dans un village avec ses petits-enfants, à qui elle transmet avec amour les savoirs ancestraux et la fragile langue Rục. Cheveux, papier, eau...
Critique : Hair, Paper, Water…, de Nicolas Graux et Minh Quý Trương, est une œuvre qui s’inscrit d’emblée dans une tradition cinématographique où la forme devient un langage à part entière. Dès les premières images, on est saisi par une esthétique à la fois brute et poétique, où la caméra-épaule se transforme en un outil de captation presque charnel du réel. Cette instabilité assumée de l’image, ces mouvements amples et parfois saccadés sont une invitation à plonger dans l’intimité des personnages et des lieux. Le spectateur n’est plus un observateur passif, mais un participant actif, ballotté par les émotions et les sensations que le film dégage. On oublie rapidement les codes du documentaire classique, ces plans fixes et cette distance polie qui maintiennent souvent le public à l’écart. Ici, au contraire, on est projeté au cœur du sujet, comme si la caméra elle-même respirait au rythme des protagonistes.
Les couleurs, d’une richesse et d’une profondeur rares, jouent un rôle central dans cette immersion. Les réalisateurs ont su tirer parti des paysages vietnamiens, de leurs contrastes entre lumière et ombre, entre tradition et modernité, pour créer une palette visuelle qui oscille entre onirisme et réalisme. Chaque plan semble pensé comme une peinture en mouvement, où les teintes chaudes des marchés ou des intérieurs se heurtent aux bleus profonds des rivières ou des cieux. Le montage, quant à lui, est un modèle d’équilibre : suffisamment dynamique pour maintenir une tension narrative, mais jamais au détriment de la subtilité. Il évite l’écueil de l’expérimentation gratuite, préférant servir le récit et les émotions plutôt que de s’imposer comme une fin en soi.

- © 2025 Lights On Film. Tous droits réservés.
La musique, discrète mais présente, accompagne les images avec élégance, sans jamais chercher à les écraser. Mais c’est surtout le sound design qui impressionne : chaque bruit, chaque murmure, chaque silence semble avoir été travaillé avec une précision d’orfèvre. On entend les souffles, les pas, les bruits de la vie quotidienne, comme si l’on était physiquement présent aux côtés des personnages. Pourtant, cette délicatesse a ses limites. Certains moments, où le son devient soudainement assourdissant, brisent l’harmonie générale. Ces contrastes brutaux, entre calme et cacophonie, donnent parfois l’impression que les réalisateurs, par peur de perdre l’attention du spectateur, ont forcé le trait. Une confiance plus grande en la puissance de leur propre matériel aurait sans doute suffi à maintenir l’immersion sans recourir à ces artifices.
Ce qui frappe surtout dans Hair, Paper, Water…, c’est la manière dont le film aborde ses sujets. Les réalisateurs offrent une plongée dans la vie de leurs personnages qui dépasse la simple anecdote biographique. Ils leur donnent une épaisseur rare, en explorant non seulement leurs histoires personnelles, mais aussi leurs généalogies, leurs transmissions culturelles et, in fine, l’histoire du Vietnam elle-même. Chaque récit individuel devient ainsi le reflet d’une mémoire collective, où le passé et le présent s’entremêlent sans jamais s’opposer.
Surtout, le film évite avec intelligence deux écueils majeurs du documentaire contemporain : la comparaison systématique entre cultures et l’anthropocentrisme. Il ne s’agit pas ici de mesurer, de juger ou de hiérarchiser, mais bien de comprendre, de ressentir, de s’imprégner. Les réalisateurs adoptent une posture d’humilité et de respect, laissant la parole aux personnages sans chercher à l’interpréter ou à la commenter. Cette approche, à la fois généreuse et rigoureuse, fait de Hair, Paper, Water… bien plus qu’un simple documentaire, mais une expérience sensorielle, politique et profondément humaine.

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Enfin, la durée du film est un autre point fort. Ni trop longue pour lasser, ni trop courte pour frustrer, elle permet de s’attacher aux personnages et à leurs histoires sans jamais perdre le fil. On sort de la projection avec le sentiment d’avoir vécu quelque chose d’important, d’avoir été touché en profondeur par des récits qui résonnent bien au-delà de l’écran.
Hair, Paper, Water… est donc une réussite sur presque tous les plans. Si certains choix sonores peuvent déconcerter, ils ne suffisent pas à entacher l’ensemble. Ce film démontre que le cinéma documentaire peut être à la fois beau, intelligent et émouvant, sans jamais sacrifier l’une de ces qualités au profit des autres. Une œuvre à voir, à écouter, et à ressentir.
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