L’apprentissage de l’absence
Le 26 février 2026
Ce long métrage n’est pas tant un documentaire sur la fin de l’humanité qu’un film sur ce qui lui survit. Le cinéma devient alors un espace de suspension : un lieu où, face aux ruines de notre modernité, le regard apprend à se taire.
- Réalisateur : Nikolaus Geyrhalter
- Genre : Documentaire, Expérimental
- Nationalité : Autrichien
- Distributeur : ASC Distribution
- Editeur vidéo : Blaq Out
- Durée : 1h34mn
- Date de sortie : 19 octobre 2016
- Festival : Festival de La Rochelle
L'a vu
Veut le voir
Résumé : Une école, un hôpital, une salle de spectacle, une prison… Ces bâtiments construits par les Homo sapiens ont été désertés et la nature y a repris ses droits. Ils accueillent désormais les vents, les pluies, la faune et la flore sans résistance. À travers une série de plans fixes, Nikolaus Geyrhalter tend ces paysages vers le spectateur comme des miroirs. Libre à celui-ci d’y projeter ses fantasmes, d’imaginer le scénario qui a donné lieu à l’éclipse de ses semblables. Mais comme tout film de science-fiction, HOMO SAPIENS nous parle avant tout du présent. Ces créations humaines dont les degrés de décrépitude varient, sont aussi, indirectement, des créations naturelles. Elles resituent l’être humain dans un cadre qui l’englobe bel et bien, et vis-à-vis duquel sa position reste à définir.
Critique : Dans Homo sapiens, Nikolaus Geyrhalter filme un monde vidé de ses habitants. Aucun corps humain n’apparaît à l’image ; et pourtant, tout ce qui est donné à voir porte la marque insistante de notre passage. Usines, centres commerciaux, parcs de loisirs, bâtiments militaires ou infrastructures scientifiques : autant de lieux désertés que la caméra observe patiemment, comme si elle arrivait trop tard, après la fin.
Le film repose sur un dispositif d’une rigueur extrême. Chaque plan est fixe, long, silencieux de toute parole humaine. Aucun commentaire ne vient orienter le regard, aucune musique n’accompagne l’image. Ce refus de toute médiation discursive place le spectateur face à un paradoxe : il est invité à contempler un monde façonné par l’homme, alors même que celui-ci a disparu. L’humanité n’est plus un sujet, mais une trace architecturale, industrielle, parfois absurde.

- © 2016 NGF - ASC Distribution. Tous droits réservés.
Ce choix formel produit une expérience de spectateur particulière. Privé d’action et de narration, le regard se réorganise. Là où l’on attend un événement, il ne se passe rien. La durée étirée des plans force une attention nouvelle aux détails : l’eau qui s’infiltre, la végétation qui reprend lentement ses droits, le vent qui traverse des structures devenues inutiles. Le son, élément central du film, ne souligne rien, il révèle simplement un monde qui continue sans nous.
Geyrhalter ne filme pas la catastrophe, mais son « après ». Homo sapiens ne montre ni l’effondrement ni la violence de la disparition humaine, il en observe les conséquences silencieuses. Cette temporalité décalée confère au film une dimension presque archéologique : chaque lieu semble être un vestige, non pas d’une civilisation ancienne, mais de la nôtre. Ce que le long métrage met en crise, ce n’est pas seulement l’idée de progrès, mais celle de permanence.

- © 2016 NGF - ASC Distribution. Tous droits réservés.
Le risque d’un tel dispositif est évident : la répétition, voire l’ennui. Homo sapiens exige un spectateur disposé à renoncer à toute attente spectaculaire. Mais c’est précisément dans cette exigence que le film trouve sa force. En imposant une lenteur radicale, Geyrhalter confronte le spectateur à sa propre finitude. Le monde filmé ne nous attend pas, il se passe de nous.
Homo sapiens n’est pas tant un film sur la fin de l’humanité qu’un film sur ce qui lui survit. En retirant l’homme de l’image, Geyrhalter révèle paradoxalement l’ampleur de son empreinte, tout en suggérant son caractère profondément provisoire. Le cinéma devient alors un espace de suspension : un lieu où, face aux ruines de notre modernité, le regard apprend à se taire.
Galerie Photos
Votre avis
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.





















