Jacquou le Croquant - la critique

Le 18 juin 2018

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  • 16 décembre 2006, par andrei roublev

    Boutonnat a réussi le pari difficile de faire un film à la fois grand public, au charme romanesque presque désuet et une oeuvre très personnelle où on retrouve évidemment tous les éléments de son univers (bestiaire symbolique, la nature, l’enfance, la révolte...) et, surtout, l’essentiel, à savoir la pleine maturité de son style visuel.

    Loin de toutes les adaptations poussiéreuses et académiques qui jalonnent l’histoire du cinéma français, des "Misérables" de Jean-Paul Le Chanois au "Germinal" de Claude Berri, Boutonnat signe ce qui est sans doute le premier pendant français du western américain, avec tout ce que ce genre a d’archétypal (certains diront "manichéen").
    Les Croquants sont les "bons indiens" de ce western paysan, attachés à leur terre, littéralement "enracinés", en communion avec une nature qui se déchâine ou s’apaise au gré de leurs émotions... tandis que Boutonnat dépeint les aristocrates, les "ultras", comme des âmes noires errantes, plongés dans une décadence désespérée comblée par un besoin irrésistible de pouvoir et de conquête.

    Contrairement à d’autres cinéastes français qui s’attaquent depuis plusieurs années au "film de genre" en cherchant vainement à imiter la démesure, le "bigger than life" du cinéma américain des studios, ou à courir après la post-modernité asiatique, Boutonnat demeure enraciné comme son héros à son identité française et raconte cette histoire simple, d’un "petit" héros du Périgord, en la filmant à hauteur d’homme et à hauteur de village, rappelant que les "grands sentiments" concernent aussi les plus humbles.

    L’interprétation, sans être totalement parfaite, est plutôt équilibrée. Mention particulière à Léo Legrand (Jacquou enfant) qui dégage un magnétisme rare.

    La bande originale, entre Morricone et Goldsmith, est tout simplement magnifique.

    Bref, car il y aurait encore beaucoup à dire, tant le cinéma de Boutonnat est intelligent, pour ne pas dire ésotérique, "Jacquou" est un film épique et intimiste, ne cherchant jamais l’efficacité à tout prix, assumant totalement son emphase romanesque d’un autre temps, quitte à déplaire aux spectateurs élitistes mais aussi à la génération MTV qui trouvera sans doute ce film long et ennuyeux.

    Ceux qui avaient estimé "Giorgino" à sa juste valeur regretteront que "Jacquou" ne soit pas aussi contemplatif, aussi éthéré, aussi intransigeant... mais ils apprécieront la pérénité de l’univers et du style. Boutonnat ne s’est à aucun moment trahi et c’est là l’essentiel.

    Il s’affirme donc définitivement comme un "classique-moderne", à l’instar d’un Michael Mann ("Jacquou le croquant" n’est d’ailleurs pas sans rappeler "Le dernier des Mohicans").

    Vivement le 17 janvier pour en apprécier pleinement toute la richesse et vivement son prochain film !

  • 27 février 2007, par Soni

    Jacquou le croquant

    « Méfiez-vous, la révolte des petits engendre des révolutions » ; cette phrase du Chevalier (Tchéky Karyo) pourrait donner le ton à ce film épique et romanesque si l’accent avait été mis sur une réelle subversion du peuple. Mais, Jacquou, lui, il se bat bien contre l’injustice et contre le comte de Nansac ! me direz-vous. Effectivement, il sait lutter et on le voit à l’œuvre notamment lors de la dernière demi-heure du film mais on apprendra à le connaître dans la première partie où notre petit héros, le pauvre Jacquou (Léo Legrand), se retrouve orphelin, puis, grandit (gaspard Ulliel) et ressuscite miraculeusement à trois reprises comme si une présence divine voulait le garder en vie.
    Jacquou restera bien en vie, je vous rassure et comme tout bon héros, vous imaginez bien sa destinée. Heureusement pour lui, il a une petite copine douce et compréhensive, Lina (Judith Davis) qui, à certaines scènes, cueille des fleurettes et se met à courir dans les champs avec son amoureux. On s’attendrait alors à voir apparaître Charles Ingalls, qui avec sa bonté et sa générosité que l’on connaît, adopterait le petit Jacquou pour lui donner tout son amour. Non ! Ce serait trop facile et le film ne durerait qu’une heure. Il faut que les choses se compliquent et que Jacquou mène une vie misérable, dure et sans pitié comme le héros du roman d’ Eugène Le Roy.

    Le cadre historique est intéressant ; les abus de pouvoirs de l’aristocratie du début XIXème siècle sont mis en avant d’où un dossier pédagogique sur le site du film (intéressera-t-il les professeurs, ça, c’est un autre débat !) Reste à savoir si chacun des spectateurs se sentira proche de la révolution paysanne et de la justice républicaine romancée dans Jacquou. On reste toutefois sensible à cet effet cyclique allant de la révolution au despotisme en passant par des périodes brèves de paix que l’Histoire nous laisse. Jacquou ressemblerait plutôt dans un tout autre registre, aux héros divins du roman de Naguib Mahfouz, les fils de la Médina, qui soucieux de changer le monde, vont jusqu’à affronter leurs pires ennemis.

    Gaspard Ulliel est très peu convainquant ni convaincu dans le rôle de ce jeune paysan révolté ; Peu hargneux sauf lorsqu’il essaie de survivre ;on retiendra de lui plutôt son petit sourire à fossettes, sa voix cassée et ses quelques phrases complètes dites enfin à la fin du film. Albert Dupontel avec ses nattes de Viking brun est quelque peu pathétique ; seul le jeu de Jocelyn Quivrin en aristocrate despote nous touche parfois ainsi que le regard malicieux de Malik Zidi dans le rôle de Touffu.

    Laurent Boutonnat a crée 2 heures 35 de scènes sublimes et de mises en scènes picturales bibliques ou inspirées de Millet. On y voit un Jacquou portant dans ses bras un petit agneau (l’enfant Jésus est de retour !) ou évoluant dans d’autres scènes d’intérieur angéliques ou misérables. Une perfection technique de la photographie ; c’est certain mais tellement étrange parfois qu’elle devient ridicule tout comme ce pauvre Jacquou se réveillant un matin avec la peau rouge tel un indien dans la forêt et criant : « Maman, papa... ». On ne peut qu’apprécier le talent du maître du vidéo-clip sans pouvoir oublier ceux réalisés pour la chanteuse Mylène Farmer où là, également, la mise en scène était spectaculaire avec toute la symbolique romantique des animaux, de la lune et de la pluie. Oui, il pleut énormément dans le monde de Jacquou et la pluie est tellement torrentielle dans les pires moments qu’on se dit que le destin est vraiment cruel. Les fans de Laurent Boutonnant devaient lui répéter que ses clips étaient hors du commun qu’il fallait qu’il fasse un long métrage. Maintenant, c’est chose faite ; ne le lui reprochons pas ! Le courageux Laurent Boutonnat est avant tout un compositeur et musicien hors pair qui a su accorder de très belles musiques à un film ambitieux. On aurait presque envie de terminer comme dans les pièces de théâtre de vaudeville et remercier les stylistes et les maquilleuses qui ont réalisé un travail remarquable.

    Si vous n’êtes pas très tenté par ce genre de film, un petit conseil : consultez le site et écoutez la musique en regardant éventuellement les photos, c’est un bon moment assuré. Si vous détestez la musique de Laurent Boutonnat, là, je ne peux rien pour vous !

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