Le 20 mars 2026
Pour son premier film, Cato Kusters explore avec douceur la mémoire amoureuse d’un couple campé par un époustouflant duo d’actrices.
- Réalisateur : Cato Kusters
- Acteurs : Nina Meurisse, Laurence Roothooft , Rosalia Cuevas
- Genre : Drame, Romance, LGBTQIA+
- Nationalité : Belge, Néerlandais
- Distributeur : JHR Films
- Durée : 1h31mn
- Date de sortie : 25 mars 2026
- Festival : Festival Chéries-chéris, Toronto International Film Festival, Festival international Music et Cinema Marseille
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Résumé : Fleur et Julian tombent follement amoureuses et décident de se marier dans chaque pays où leur union peut être légalement reconnue. Portées par leur amour et leur engagement, elles s’élancent cœur et âme dans ce projet. Mais après seulement quatre mariages, leur parcours va s’interrompre brusquement…
Critique : C’est le premier long métrage de la cinéaste belge Cato Kusters, qui esquisse une œuvre à la fois introspective et sensorielle, librement inspirée du livre de Fleur Pierets. Le film se déploie comme une méditation délicate sur la naissance et la disparition d’un amour, saisissant dans un même mouvement l’embrasement des sentiments et leur inévitable dissolution.
Dès ses premières images, Julian capte l’essence d’une rencontre amoureuse fulgurante, presque arbitraire dans son surgissement, mais d’une intensité incommensurable. Cette passion, à la fois charnelle et idéologique — traversée par un engagement militant — est restituée à travers un dispositif visuel dual. D’un côté, les fragments filmés en caméra DV, tremblés, instables, relèvent d’une immédiateté brute, presque documentaire ; de l’autre, la mise en scène principale adopte une rigueur plastique, des cadres composés avec précision, une image d’une netteté presque irréelle. Ce contraste formel engendre un langage visuel d’une grande subtilité, où l’intime vacille entre mémoire vive et reconstruction esthétique.
Le film s’inscrit ainsi dans une tonalité pudique et crépusculaire, hantée par l’absence. Julian, figure centrale et pourtant insaisissable, apparaît comme un spectre — une présence autant qu’une disparition. Souvent filmée de dos ou de profil, Julian échappe à toute lisibilité, renforçant son statut d’énigme. À l’inverse, Fleur se donne à voir dans une relative transparence : le récit nous livre des fragments d’elle, de son intériorité, de son regard. Ce déséquilibre construit une dynamique singulière où Julian semble n’exister que par le souvenir que Fleur en conserve, par les images qu’elle capte, par la performance qu’elle rejoue. Julian devient une matérialisation de la mémoire, une projection affective.
Cette dialectique du visible et de l’invisible s’incarne dans un jeu constant de regards entre les deux protagonistes. Le film est alors une réflexion sur l’acte même de regarder : regarder l’autre, se regarder aimer, puis regarder ce qu’il reste. À cet égard, la partition musicale de Evgueni et Sacha Galperine (L’Événement, La communion, La Pampa) amplifie la dimension onirique de l’ensemble, enveloppant les images d’une texture sonore éthérée, presque irréelle.

- © Grade Salomon
Dans cette exploration du souvenir d’un être aimé, Julian évoque, par certains aspects, Aftersun, notamment dans sa manière de sonder la persistance des images et leur pouvoir de recomposition émotionnelle. Mais là où Aftersun travaille la mémoire filiale, Julian s’ancre dans une mémoire amoureuse, marquée par la perte et la tentative désespérée de retenir ce qui s’efface.
La scène finale cristallise avec une grande finesse les enjeux du film. Fleur filme Julian, puis lui montre l’image capturée : pour la première fois, la représentation et le réel coïncident, abolissant la distance entre le vécu et le souvenir. Ce moment de jonction, presque miraculeux, agit comme une suspension du temps. Pourtant, cette coïncidence est éphémère, et le film se referme sur une absence.
La réalisatrice propose également une mise en abyme du regard spectatoriel. À plusieurs reprises, elle intègre le spectateur dans le dispositif même du film, l’invitant à prendre conscience de sa position. La séquence au théâtre en constitue l’aboutissement : la caméra survole la salle, révélant des sièges occupés et d’autres laissés vacants. Une cartographie silencieuse de la présence et de l’absence. Julian n’est plus là — ou peut-être n’a-t-elle jamais été que dans l’espace du regard.
Œuvre d’une grande délicatesse formelle et émotionnelle, Julian s’impose comme une réflexion sensible sur la survivance des êtres dans la mémoire, et sur la capacité du cinéma à en capter les traces fugaces.
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