Le 17 mai 2026
L’idée de comédie policière maniant l’humour noir en milieu rural aurait pu mener à une comédie déjantée mais souffre de lourdeurs d’écriture limitant l’adhésion au dispositif.
- Réalisateur : Sarah Arnold
- Acteurs : Jean-Louis Coulloc’h, Thierry Godard, Xavier de Guillebon, Pascal Rénéric, Alexis Manenti, Ella Rumpf, Vincent Dedienne, Bertrand Belin, Jacques Develay
- Genre : Comédie policière
- Nationalité : Français
- Distributeur : Pan Distribution
- Durée : 1h35mn
- Festival : Festival de Cannes 2026
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– Festival de Cannes 2026 : Quinzaine des Cinéastes
Résumé : Dans la campagne du Nord-Est de la France. Les sangliers qui ravagent les cultures provoquent une guerre ouverte entre chasseurs et agriculteurs. Brun, céréalier en faillite, lutte pour maintenir sa ferme à flot. Quand un notable du coin le pousse à bout, il déraille et disparaît. Un an plus tard, Fulda, un gendarme corse muté dans la région pour raisons disciplinaires, mène l’enquête. Entre intuitions fulgurantes et ratés spectaculaires, ses méthodes approximatives le mènent sur la piste des Attilas, des sangliers aux dimensions hors normes. Mais sa récente rupture amoureuse et la vodka dans laquelle flotte son cerveau n’aident pas. Heureusement, il y a Stéphane, la nouvelle psy de la gendarmerie : elle est là pour mettre un peu d’ordre dans son chaos — à moins que ce ne soit l’inverse ?
Critique : Produit par 5 à 7 Films de Box Productions, L’espèce explosive est le premier long métrage de Sarah Arnold, autrice de plusieurs courts, de Leçons de ténèbres (2010) à L’effort commercial (2022). La réalisatrice a présenté L’espèce explosiveà la Quinzaine des Cinéastes 2026. Coécrit avec plusieurs scénaristes dont Olivier Serol, le récit nous transporte dans un décor rural. Il semblerait que ce cadre s’inscrive dans toute une tendance hexagonale depuis plusieurs années, des films d’auteur de Guiraudie à un cinéma plus grand public incarné par Un ours dans le Jura, en passant par la veine militante de La guerre des prix. L’éventail est large, et L’espèce explosive en est un peu la synthèse. On trouve certes un arrière-plan politique avec un conflit initial opposant chasseurs et agriculteurs, et l’évocation furtive de la visite du ministre de l’Agriculture. Mais là n’est pas l’essentiel. Les mots d’auteur, l’aspect divertissant, les quiproquos et le comique de situation pourraient assurer une large audience au film, même s’il est difficile de prendre cette histoire au premier degré.

- © 2026 Pan Distribution. Tous droits réservés.
Soit donc des sangliers ravageant des cultures, à l’origine de graves tensions. Le meurtre d’un notable par un céréalier ruiné qui disparaît dans la nature n’est pas pour apaiser l’existence des habitants dans cette campagne du Nord-Est de la France. Adoptant au début une structure chorale, la narration se recentre ensuite sur l’enquête menée, un an plus tard, par deux personnages hors norme. D’une part le gendarme Fulda (Alexis Manenti), originaire de Corse ; d’autre part la psychologue Stéphane (Ella Rumpf), chargée de veiller à la santé mentale des gendarmes. Tous deux ont un passé professionnel douteux et adoptent un comportement qui ne l’est pas moins. La réalisatrice opte pour les ruptures de ton, le décalage et surtout la métaphore, comme l’attestent ses propos dans le dossier de presse, quant au traitement de l’image animale dans le film : « Cela fait écho à la sémantique plurielle du sanglier, animal qui donne son ton au film. À la fois inquiétant et ridicule, joyeux et indocile, je l’ai envisagé comme une matérialisation de nos pulsions et un symbole de liberté. Animal sauvage que certains qualifient de nuisible, c’est la représentation du désir, de la fronde désobéissante de ceux qui s’insurgent, de tout ce qui nous échappe et qu’on échoue à contenir... Ces multiples aspects lui confèrent un statut poétique et le spectateur peut y projeter ses propres interprétations. »

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Force est de constater que le projet ne tient pas toujours ses promesses. Le film ne manque certes pas de qualités techniques et artistiques, notamment dans son utilisation des plongées, contre-plongées et zooms pour distiller une tension. Des trognes à la Mocky agrémentent avec saveur le déroulé narratif que l’on suit sans ennui. L’ensemble manque pourtant de profondeur et le scénario s’enlise dans des gags assez lourdauds et d’un goût douteux, rappelant, au détour de certaines séquences, le mois bon du cinéma d’un Serge Bozon et la norme qualitative d’un Philippe Clair. La scène finale dans une voiture, que nous ne dévoilerons pas, pourra même susciter une certaine gêne. Nous sommes persuadés que Sarah Arnold dispose d’un potentiel de réalisatrice prometteuse, ce dont elle devrait nous convaincre avec son second long métrage que nous restons curieux de découvrir.
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