Le 22 mai 2026
Un spectacle enlevé qui dénote un sens du montage et de la narration bien huilée. L’ensemble est agréable malgré un excès de pathos.
- Réalisateurs : Javier Calvo - Javier Ambrossi
- Acteurs : Penélope Cruz, Glenn Close, Lola Dueñas , Antonio de la Torre, Lorenzo Zurzolo, Natalia de Molina , Guitarricadelafuente, Miguel Bernardeau, Julio Torres
- Genre : Drame
- Nationalité : Espagnol, Français
- Distributeur : Le Pacte
- Durée : 2h35mn
- Festival : Festival de Cannes 2026
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– Festival de Cannes 2026 : Sélection officielle, En compétition
Résumé : Espagne 1922, 1937, 2017. Trois hommes. Trois époques. Un même fil invisible de désir, de douleur et d’héritage. LA BOLA NEGRA traverse le temps pour révéler ce qui les unit.

- © 2026 Festival de Cannes
Critique : Surnommés « Los Javis » à Madrid, Javier Calvo et Javier Ambrossi sont en Espagne des icônes queer adoubées par Almodóvar. Ils ont été remarqués avec la série télévisée La Mesías (2023 / Arte, 2024) qui narrait l’histoire d’une famille espagnole sur plusieurs décennies, en croisant plusieurs genres, du thriller au mélodrame. Les deux compères avaient débuté comme comédiens avant de percer sur scène avec une comédie musicale qui deviendra un film, Holy Camp ! (2017 / Netflix, 2020). La bola negra est un spectacle de bonne tenue qui devrait élargir considérablement leur audience, et ce d’autant plus que le film a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2026. Le scénario est adapté de la pièce La piedra oscura d’Alberto Conojero, axé sur Federico García Lorca et son rapport à l’homosexualité. « Los Javis » ont souhaité en élargir la narration. Javier Ambrossi précise ainsi dans le dossier de presse : « On avait vu la pièce dix ans plus tôt, mais le fait de la relire dans l’optique de la transposer au cinéma changeait tout. Tout à coup, en une seule nuit, la structure s’est imposée à nous : le récit devait se déployer en trois temporalités. C’était instinctif. et Javier Calvo d’ajouter : « Cette fois, l’enjeu essentiel est de savoir ce qu’on fait de son passé, de son héritage, des objets et des œuvres qui nous sont légués, des vestiges de l’histoire. Donc, je crois en effet que ce film marque l’aboutissement de notre attachement au passé. »

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Soit donc trois piliers temporels qui vont se croiser. En 1922, un jeune homme de bonne famille propose sa candidature pour travailler dans un casino, mais se voit refuser le poste pour avoir déclaré son homosexualité au cours de l’entretien d’embauche. En 1937, Sebastián est un soldat phalangiste dont les convictions ne sont pas claires et qui tombe amoureux de Rafael, un prisonnier républicain dont le passé l’interroge. En 2017, Alberto est un metteur en scène de théâtre tentant d’éclaircir le passé de son grand-père, qui vient de mourir. Les deux premiers tiers du récit placent le spectateur dans la situation d’attente de l’agencement des pièces d’un puzzle narratif dont chaque segment a sa cohérence mais dont le lien avec les deux autres n’est pas d’une limpidité immédiate. C’est l’une des qualités d’un pitch habile qui invite le public à être attentif au moindre détail avant de saisir la cohérence de l’histoire. Calvo et Ambrossi ont également le mérite de confronter deux thématiques fortes. La première est le travail de mémoire des Espagnols vis-à-vis du franquisme, qui a pris une tournure importante depuis quelque temps, après des décennies de compromis et d’oubli relatif de cette période, au nom de l’unité nationale décrétée après la mort du dictateur et l’établissement de la démocratie.
La seconde est la répression de l’homosexualité qui, on s’en doute, a été encore plus marquante dans des régimes autoritaires comme le franquisme. Cette double thématique s’enrichit d’une réflexion intéressante sur le rôle joué par la poésie et la transmission d’un héritage culturel. Tous ces éléments conduisent à plusieurs belles séquences, d’un spectacle musical interrompu par des bombardements, à une échappée onirique dans une montagne enneigée, en passant par une scène de séduction dans un hôpital militaire. « Los Javis » ont incontestablement la fibre romanesque et témoignent d’un sens du montage et de la narration bien huilée. Reste que le film est imparfait et souffre de maladresses dans la partie contemporaine. Avec les explications des zones d’ombre de la narration, le récit gagne en clarté mais se montre trop didactique et empesé, comme cette scène improbable avec une conférencière américaine (Glenn Close) venue exposer ses travaux sur Lorca. Le pathos et le pompiérisme ne sont pas toujours évités, dans un style mainstream et consensuel, plus proche du cinéma d’un Claude Lelouch que de la force subversive d’un Fassbinder. Ces réserves étant précisées, La bola negra demeure une agréable fresque qui devrait plaire à un vaste public.
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