Le 6 mars 2026
Cinq fables où les héros jonglent entre surprises, solidarité, amitié et amour, avec la voix de Philippe Katerine. Folklore, comédie et critique sociale sont subtilement imbriqués, avec le langage propre à l’animation.
- Réalisateur : Eduard Nazarov
- Acteur : Philippe Katerine
- Genre : Animation, Court métrage, Film pour enfants, Film animalier, Film pour ou sur la famille, Moyen métrage
- Nationalité : Russe, Ukrainien
- Distributeur : Malavida Films
- Durée : 0h42mn
- Âge : À partir de 5 ans
- Date de sortie : 18 mars 2026
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Résumé : Programmation composée de 5 courts métrages d’animation réalisés entre 1975 et 1987 :
– P’tit Hippo : Un hippopotame solitaire envie les fourmis, les abeilles et les lapins, qui vivent en communauté. Jusqu’à ce qu’il rencontre...
– Martinko : Un jeune soldat trouve un jeu de cartes magique et s’enrichit jusqu’à parvenir au palais du roi. La princesse en tombe amoureuse, mais enrage en constatant que lui ne l’aime pas. Elle va chercher à se venger...
– La Princesse et logre : Un temps admirable, une princesse insupportable. Une clairière merveilleuse et une grotte affreuse. Un ogre l’y invite à déjeuner, mais devant sa beauté, se sent embarrassé. A moins que ce ne soit l’inverse ?
– Il était une fois un chien : Il était une fois un vieux chien, trop fatigué pour effrayer les voleurs. Chassé de son foyer, le pauvre animal trouve refuge dans la forêt, où il fait la connaissance d’un loup sage et plein d’expérience, qui va l’aider à reconquérir le cœur de ses maîtres.
– Le Voyage de la fourmi : Par la faute d’une chenille, une fourmi est emportée par le vent. Elle se retrouve perdue à l’autre bout du jardin. Blessée, elle va devoir compter sur la solidarité des autres insectes pour rentrer chez elle avant le coucher du soleil...
Critique : Oui, l’URSS a produit des films d’animation et ce n’est pas de la propagande. Oublier vos a priori sur l’austérité soviétique. Edouard Nazarov a offert des court-métrages d’animation aux couleurs et aux tons chatoyants. Une part mélancolique toujours envahie par un élan révolutionnaire sans oublier le ton humoristique.
C’est le cas dans la première animation du programme, P’tit Hippo, qui explore le sentiment de solitude et le besoin d’appartenance. Le petit Hippo voit tous les autres animaux en groupe alors que lui vagabonde seul, très seul. Il suffira d’être deux hippos pour retrouver la joie de vivre.
On a le plaisir de découvrir aussi dès le début que Philippe Katerine fait le doublage des cinq contes. Cela semble tellement logique à l’écoute, lui qui a une dichotomie tellement douce et mélodique. C’est cela qui apporte de la fluidité agréable et satisfaisante. La fluidité des mots qui rebondissent au bon moment au bon endroit. Comme dans P’tit Hippo, construit en “up and down”. La voix de Philippe Katerine suit cette construction : tristounette puis euphorique, puis encore tristounette puis encore euphorique, etc. Le porte-étendard du travail de Nazarov dans le monde de l’animation, c’est très certainement Il était une fois un chien (1982). C’est le point de départ de ce qu’il produira avec Martinko (1987) et Le voyage de la Fourmi (1983). Il était une fois un chien brille grâce à son intelligence narrative, sa précision technique et sa capacité à transmettre des émotions complexes à travers une économie extrême de moyens. Inspiré d’un conte folklorique ukrainien, le film met en scène un vieux chien chassé de sa maison pour son inutilité et un loup marginal qui décide de l’aider à retrouver sa place au sein de la communauté. Dès les premières images, Nazarov instaure un univers rural simple mais cohérent, où les décors stylisés — maisons en bois, champs ouverts et forêts dépouillées — servent de toile de fond à une observation subtile du comportement animal et humain. La narration repose presque exclusivement sur la gestuelle des personnages, une approche caractéristique de l’école d’animation soviétique, où le mouvement et la posture remplacent souvent le dialogue. Les gestes du chien traduisent la fatigue, la résignation et la ruse ; tandis que le loup, par ses micro-expressions et ses pauses mesurées, incarne une ironie douce qui rend son personnage à la fois comique et attachant.
La structure du film est d’une clarté exemplaire, articulée en trois actes : l’exclusion du chien, l’alliance avec le loup et la réintégration dans la maison. Chaque acte est rythmé par des choix de mise en scène précis : des plans larges horizontaux soulignent l’isolement du chien, tandis que l’espace vide de la forêt accentue sa solitude et prépare le terrain pour la rencontre avec le loup. La scène finale du festin est une apogée narrative et comique où la complicité entre le chien et le loup, symbolisée par leurs interactions et le placement des personnages dans le cadre, manifeste le thème central du film : la solidarité et l’entraide, même entre marginaux. Les sons et effets sonores complètent la narration visuelle, rythmant les interactions et amplifiant le comique de situation, notamment dans les pauses ou les moments de maladresse, ce qui illustre parfaitement l’idée de « comédie comportementale ».
Sur le plan thématique, le film fonctionne à plusieurs niveaux de lecture. À première vue, il s’agit d’un conte pour enfants : des animaux anthropomorphes, un humour visuel simple et une morale sur l’amitié et la solidarité. Cependant, des lectures plus approfondies, notamment dans les travaux du Harvard Ukrainian Research Institute, suggèrent que le film peut être interprété comme une allégorie sociale, où la solidarité naît en dehors des structures établies, entre personnages marginaux ou exclus, et où le comportement collectif des humains est présenté de manière indifférente, parfois froide. Ainsi, le film équilibre subtilement humour, émotion et critique sociale, tout en restant accessible à un public jeune.
Il était une fois un chien n’est pas seulement un chef-d’œuvre de l’animation soviétique ; c’est un exemple paradigmatique de la manière dont un court métrage peut condenser folklore, comédie et critique sociale, tout en exploitant au maximum le langage propre à l’animation.
Contrairement à ce que produisaient dans les années 1930 les studios Disney avec les Silly Symphonies, ces courts-métrages musicaux très naïfs et créés par pure démonstration technologique, Nazarov présentaient des œuvres beaucoup plus pragmatiques. Certes, l’animation n’est pas impressionnante quand on est habitué à la fluidité des images occidentales, mais au-delà de cet aspect, la forme suit le propos dans sa recherche d’une nouvelle façon de raconter tout en se basant sur des récits folkloriques déjà ancrés dans une culture précise.
Malavida Films nous permet de découvrir aujourd’hui une animation pas assez mise en avant car engloutie par ce qu’il se faisait sur le Nouveau Continent. Une animation modernisée grâce à l’accompagnement vocal du singulier Philippe Katerine qui colle parfaitement à la volonté formelle de Nazarov.
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