Le 19 octobre 2026
La petite musique de Hong Sang-soo est toujours un délice. Loin de se répéter, le réalisateur propose une subtile variation sur son univers à travers le récit d’une actrice sur le retour qui se prête au jeu des interviews.
- Réalisateur : Hong Sang-soo
- Acteurs : Song Seon-mi (Song Sunmi), Cho Yun-hee , Park Mi-so, Shin Seok-ho
- Genre : Drame, Noir et blanc
- Nationalité : Sud-coréen
- Distributeur : Carlotta Films
- Durée : 1h25mn
- Titre original : Geunyeoga doraon nal
- Date de sortie : 14 octobre 2026
- Festival : Festival de Berlin 2026
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Résumé : Suite à son récent divorce, une grande actrice coréenne retourne sur le devant de la scène douze ans après sa dernière apparition à l’écran. À l’occasion de la sortie du film, elle s’entretient successivement avec trois jeunes journalistes venues l’interroger sur son nouveau projet, mais aussi sur sa vie personnelle et les raisons de sa séparation...
Critique : Des esprits chagrins ne manqueront pas de reprocher à Hong Sang-soo de se répéter et de tourner constamment le même film. Il est vrai que le caractère prolifique de son activité — avec, en moyenne, un film par an — pourrait donner une impression de redondance. Pourtant, le trente-quatrième long métrage du cinéaste confirme la cohérence de son style et de son univers, tout en proposant une nouvelle variation autour de ses thématiques de prédilection. Il s’agit une fois encore d’explorer le contraste entre deux générations, à travers les préoccupations existentielles d’un artiste. Mais ici, le récit ne s’articule pas autour d’un réalisateur ou d’un poète, mais d’une actrice entre deux âges. Après douze ans d’absence, celle-ci fait son retour à l’écran et se prête au jeu des interviews dans un restaurant. Trois jeunes femmes journalistes se succèdent pour l’interroger sur sa carrière et son film, mais aussi, voire surtout, sur sa vie privée. Le dispositif est minimaliste, comme souvent chez Hong Sang-soo, particulièrement ces dernières années, dans le prolongement de longs métrages tels que Seule sur la plage la nuit, La voyageuse ou Ce que cette nature te dit .

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Dans un sublime noir et blanc, que le cinéaste n’avait plus utilisé depuis Wake Up, le réalisateur compose un récit où se retrouvent plusieurs constantes de son cinéma. Les réflexions sur les désillusions de l’existence côtoient ainsi des éléments plus anecdotiques, comme la tentation de l’ivresse. La bière, consommée ici avec modération — bien que l’héroïne confesse avoir connu des problèmes d’addiction —, prend le relais du saké et des autres alcools qui abondaient dans les récits antérieurs. Le jeu de la répétition et du contraste se manifeste également dans la structure du film. Trois longs plans fixes donnent à voir les entretiens, dont les échanges semblent d’abord relever d’une banalité trompeuse. La première journaliste s’intéresse à l’incursion de l’actrice dans le cinéma d’auteur, avant d’élargir la conversation à sa vie privée. La deuxième, qui semble peu familière du septième art, s’engage plus franchement dans cette voie et parvient à obtenir des confidences sur la vie sentimentale de l’ancienne vedette. La troisième, plus dynamique, élève quelque peu le niveau des échanges et paraît surtout pressée de rejoindre le réalisateur, qu’elle a pourtant déjà interviewé.

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Pourtant, les trois journalistes posent des questions récurrentes, auxquelles la comédienne peine à apporter des réponses véritablement distinctes. Le dispositif pourrait alors sembler vain, à l’image de dialogues dont on se demande parfois s’ils ne flirtent pas avec le second degré. À ces trois entretiens succèdent deux derniers segments qui introduisent une mise en abyme que nous nous garderons de dévoiler et confèrent au récit une tonalité bien plus grave et mélancolique. On a souvent comparé Hong Sang-soo à Rohmer, mais c’est cette fois à Ophuls qu’il fait songer, tant il excelle à dépeindre des personnages dont la vie et les tourments sont « superficiellement superficiels ». Le dernier plan, situé dans une ruelle plongée dans l’obscurité nocturne, confirme que Hong Sang-soo demeure le maître des faux-semblants et des démarches en trompe-l’œil. Présenté à la Berlinale 2026, dans la section Panorama, ainsi qu’au New York Film Festival, Le jour de son retour est distribué par Carlotta. Il serait dommage de passer à côté de cette pépite.
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