Le 30 mai 2026
Ce film requiert du temps et de la patience ; il impose d’en accepter le rythme et les conventions avant de laisser apparaître ce qu’il a véritablement à dire.
- Réalisateur : Charles Crichton
- Acteurs : Richard Attenborough, Judi Dench, Nigel Davenport, Diane Cilento, Stephen Boyd, Jack Hawkins, Pamela Franklin, Peter Sallis, Freda Jackson
- Genre : Drame, Policier / Polar / Film noir / Thriller / Film de gangsters
- Nationalité : Britannique
- Distributeur : Twentieth Century Fox France
- Durée : 1h43mn
- Titre original : The Third Secret
- Date de sortie : 30 juin 1965
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Résumé : Le premier secret est ce que nous ne disons pas aux gens, le deuxième secret est ce que nous ne nous disons pas à nous-mêmes et le troisième est la vérité. La mort d’un psychologue fait l’objet d’une enquête menée par sa fille adolescente et un ancien patient.
Critique : The Third Secret ne révèle sa véritable nature qu’au public qui accepte de le traverser à plusieurs niveaux simultanément. Il offre une surface accessible, presque banale, et une profondeur qui ne se dévoile qu’à qui consent à creuser. Son premier abord est celui d’un thriller psychologique britannique des années 1960, avec ses dialogues amples, son rythme lent qui exige de la patience, et un rapport au temps et à la parole appartenant à une autre époque. Sa deuxième lecture est celle d’un film sur les secrets, la culpabilité et le rapport à la mort. Enfin, sa troisième lecture, la plus riche, est celle d’une exploration de la psyché humaine, où la structure du mystère devient la métaphore d’une vérité plus essentielle : celle de la manière dont nous nous dissimulons à nous-mêmes ce que nous ne pouvons affronter. C’est cette troisième lecture qui justifie que l’on parle encore de ce film aujourd’hui.
Le noir et blanc est d’une beauté à la fois liée à l’époque et pleinement assumée comme choix esthétique, et Crichton en tire une cohérence visuelle remarquable. Les contrastes, le traitement des espaces intérieurs — cabinets de psychanalyste, appartements londoniens — comme des paysages anglais donnent au film une texture qui ancre l’histoire dans un monde précis, régi par ses propres codes esthétiques et sociaux. Les costumes et les décors traduisent une époque et un milieu sans jamais les souligner avec insistance. L’Angleterre de ces années-là apparaît dans toute sa densité sociale : ses conventions, ses bienséances, ses formes d’euphémisation du non-dit, et ses paysages d’une tonalité profondément mélancolique. Cette dimension historique et géographique confère au film un véritable intérêt documentaire : il donne à voir un pays à un moment donné de son histoire, et éclaire ainsi le contexte dans lequel les secrets peuvent naître et peser.
Les dialogues, très développés, peuvent désorienter un spectateur contemporain habitué à un autre rapport au temps et à la parole. Leur formulation a également vieilli, dans cette manière propre au cinéma britannique des années 60 d’accorder aux échanges une précision et une formalité héritées du théâtre autant que des conventions sociales qu’il met en scène. Ce vieillissement est réel et peut parfois constituer une résistance à l’écoute. Mais il faut accepter cette lenteur, car c’est précisément elle qui permet au film de déployer ce qu’il cherche à dire. On s’y adapte progressivement, et cette adaptation dépasse la simple accommodation : elle implique un déplacement du regard et de l’attention, qui prépare à recevoir ce que le film construit patiemment. Cette patience n’est pas une contrainte arbitraire ; elle définit au contraire le type d’attention que le récit exige, et suggère que la psychologie des personnages ne peut être saisie que dans la durée, toute précipitation risquant d’en manquer l’essentiel.
Pamela Franklin, qui interprète l’adolescente, est touchante d’une manière qui ne relève pas de l’effet, mais d’une justesse plus difficile à nommer. Elle joue également dans Les innocents de Jack Clayton, et cette proximité n’est pas fortuite : dans les deux films, elle incarne une perception enfantine du monde adulte qui, paradoxalement, en révèle autant — sinon plus — que celle des adultes eux-mêmes. Dans The Third Secret, sa présence révèle de ce que les enfants perçoivent malgré les tentatives de dissimulation des adultes. C’est là que le film révèle son ambition véritable, et qu’il mérite d’être défendu. Si l’on s’en tient à sa première couche de lecture — le mystère, l’enquête, la révélation —, le film peut sembler relativement conventionnel. L’histoire est solide, le suspense correctement mené, et la conclusion tient ses promesses. Mais cela ne suffit qu’à un thriller honnête. Ce n’est pas encore ce qui fait la singularité d’une œuvre digne d’être retenue.

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Ce qui mérite qu’on en parle, c’est la manière dont les trois secrets du titre peuvent être lus comme des métaphores successives de la psyché humaine. Ils s’emboîtent comme des couches de compréhension : le secret que l’on croit garder sur autrui est aussi celui que l’on garde sur soi-même ; la culpabilité que l’on projette sur les autres est peut-être celle que l’on refuse de reconnaître en soi ; et la vérité que l’on cherche à l’extérieur est souvent celle que l’on fuit à l’intérieur. Il s’agit d’une structure profondément psychanalytique, ce qui n’est pas anodin dans un film dont le personnage central est un psychanalyste. Cette dimension donne au récit une portée plus universelle que son intrigue particulière. Ce que le film dit des mécanismes de dissimulation, des défenses psychiques que l’on construit contre ce que l’on ne peut affronter, et de ce que les secrets font à ceux qui les portent, dépasse largement l’Angleterre des années 1960 pour toucher à une expérience fondamentalement humaine.
Pour autant, la mise en scène reste relativement homogène. Les variations de cadre et de composition sont limitées, et le film traduit davantage les contraintes de production et l’esthétique de son époque qu’une véritable ambition formelle. Cette sobriété visuelle n’empêche pas le récit de fonctionner, car la densité de son propos compense largement cette relative absence d’inventivité plastique. Elle suggère néanmoins que Crichton n’est pas un styliste au sens fort du terme, et que le film aurait gagné à une utilisation plus inventive de l’espace et du cadre. Le travail sonore, très présent, tend parfois à dominer, sans toujours trouver un équilibre satisfaisant entre ambiance et intelligibilité. Dans un film aussi fondé sur la parole, cette légère saturation constitue une friction perceptible.
Le suspense, en revanche, est remarquablement tenu jusqu’au bout. Il se construit non par effets spectaculaires mais par accumulation progressive, dans un registre d’inquiétude plus que d’action. Le film maintient une tension diffuse, fondée sur ce qui est suggéré plutôt que montré, ce qui rejoint assez naturellement les mécanismes de la psychanalyse elle-même : une progression lente vers la mise en mots de ce qui résistait à être formulé. La conclusion est particulièrement juste. Elle ferme ce qui devait l’être, laisse ouvert ce qui devait l’être aussi, et manifeste une compréhension fine de la logique interne du film.
The Third Secret demande ainsi qu’on lui accorde du temps, de la patience, que l’on accepte son rythme et ses conventions pour accéder à son propos réel. Pour qui accepte cette disponibilité, il offre une expérience rare dans le cinéma de genre : celle d’un thriller qui dépasse ses propres mécanismes pour proposer une réflexion sur la psychologie humaine, le poids des secrets, sur ce que l’on dissimule et les raisons de cette dissimulation, et sur la manière dont une vérité refoulée finit toujours, d’une façon ou d’une autre, par refaire surface.
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