Le 3 janvier 2026
Un film mystique et symbolique sur le monde désenchanté qui entoure un père à travers le regard de sa fille.
- Réalisateur : Víctor Erice
- Acteurs : Aurore Clément, Omero Antonutti, Iciar Bollain, Sonsoles Aranguren
- Genre : Drame, Historique, Film pour ou sur la famille
- Nationalité : Espagnol
- Distributeur : Les Acacias, Colifilms Distribution
- Durée : 1h33mn
- Reprise: 7 janvier 2026
- Titre original : El Sur
- Date de sortie : 20 janvier 1988
- Festival : Festival de Cannes 1983
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– Reprise en version restaurée : 7 janvier 2026
– Année de production : 1983
Résumé : Dans l’Espagne des années 1950, Estrella, une petite fille de huit ans, vit avec ses parents au nord du pays, dans une maison appelée “La Mouette”. Son père, Agustín Arenas, médecin taciturne et mystérieux, radiesthésiste à ses heures, est originaire du sud de l’Espagne, région qu’il n’évoque jamais. Intriguée par ses silences, Estrella grandit en essayant de percer le mystère qui entoure la jeunesse et les blessures passées de cet homme qu’elle admire profondément.
Critique : Dans Le Sud, Víctor Erice compose un film de l’entre-deux, un espace fragile où les contraires ne s’opposent jamais frontalement mais se frôlent, se contaminent et s’éclairent mutuellement. Tout le film est traversé par cette dynamique dialectique : ombre et lumière, nuit et jour, enfance et âge adulte, passé et présent, individu et communauté. Le récit adopte le point de vue d’une mémoire en construction, celle d’Estrella enfant, dont le regard tente de saisir un monde fissuré, opaque, chargé de silences. Le Sud, territoire fantasmé plus que géographique, devient ainsi une projection mentale, un lieu absent qui structure pourtant toute l’expérience du film. Erice donne forme à une sensation, à une perte, à un manque constitutif.

- © 2026 Les Acacias. Tous droits réservés.
Le franquisme plane sur le film comme une présence spectrale. Jamais nommé, jamais montré, il imprègne pourtant chaque plan, chaque silence, chaque absence. Cette invisibilité n’est pas un contournement mais un geste esthétique et politique puisque la dictature agit comme un traumatisme refoulé, une force souterraine qui modèle les corps et les relations sans jamais se dire. Naît de la contrainte de la censure franquiste, le cinéma d’Erice élabore un langage cinématographique singulier fondé sur l’ellipse, le symbolisme et la métaphore. Le montage fragmentaire, les transitions au noir, les ellipses temporelles créent un récit troué, plurivoque, où le sens est stratifié. Le film invite le spectateur à une participation active, à combler les vides, à interpréter les signes. Cette écriture indirecte devient paradoxalement un espace de liberté : ce que le régime interdit de dire, le cinéma le suggère, le fait ressentir.
Le personnage du père cristallise cette opacité. Figure centrale et pourtant inaccessible, il est un homme fermé, rongé par un passé qu’il ne peut ni transmettre ni dépasser. Ancien résistant, il porte dans son corps et son visage les stigmates d’une défaite historique et intime. Sa silhouette usée, son regard éteint, disent plus que n’importe quel discours sur la violence de la guerre civile et ses conséquences durables. La famille, loin d’être un refuge, apparaît comme une micro-société clivée, repliée sur elle-même, incapable de communication réelle. Les adultes sont hantés par leurs souvenirs, immobilisés par le traumatisme, tandis que l’enfant tente de comprendre un monde dont les clés lui échappent. Erice filme ainsi la transmission impossible : ce qui n’est pas dit devient un poids, un héritage négatif.

- © 2026 Les Acacias. Tous droits réservés.
Le Sud est un film sur la mémoire collective de l’Espagne post-franquiste, une mémoire faite de silence, d’absences et de destructions invisibles. Les ouvertures et fermetures au noir, récurrentes, ne sont pas de simples transitions narratives ; elles instaurent un régime de perception proche du rêve et de la réminiscence. Le spectateur fait l’expérience de la perte, de la discontinuité, de la remémoration fragmentaire. La lumière surgit souvent de l’ombre, non comme une révélation totale, mais comme une lueur fragile, précaire. Chez Erice, la lumière ne triomphe jamais complètement : elle éclaire un instant avant de se retirer. Le Sud n’est pas uniquement un film sur l’enfance ou la dictature, mais une méditation profonde sur ce que l’Histoire fait aux êtres, sur la manière dont les blessures collectives s’inscrivent dans l’intime, et sur le cinéma lui-même comme art de l’absence, du souvenir et du silence.
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