Critique

CINÉMA

Les adieux à la reine - la critique

Crépuscule à la cour du Roi soleil

Le 21 octobre 2014

Avec son nouveau film Les adieux à la reine, Benoit Jacquot signe un huit clos Versaillais intriguant, sensuel et fort en luminosité. Entre élégance et cruauté.

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  • Frédéric de Vençay 17 mars 2012
    Les adieux à la reine - la critique

    Bien que s’attaquant à un grand sujet historique, Benoît Jacquot reste fidèle à son cinéma nerveux, viscéral et sensuel. Loin de la vision pop-chic de Sofia Coppola, il nous rend cette époque versaillaise avec un réalisme saisissant : rarement les ors de la galerie des glaces ou la lourdeur des perruques auront été aussi palpables. Préférant les battements intimes aux avancées politiques, bref le coeur à la raison, Jacquot nous dresse ici un éblouissant portrait de femme(s), servi par des comédiennes impeccablement dirigées (notamment Diane Kruger, actrice plutôt moyenne qui est ici parfaitement convaincante et émouvante). Quasiment rien à redire de ce "crépuscule des rois" exhalant la pourriture et la maladie, que ne renierait pas Visconti (aussi bien celui du "Guépard" que de "Mort à Venise") - n’était, effectivement, ce dénouement un peu rapide.

  • roger w 28 mars 2012
    Les adieux à la reine - la critique

    Certes, la vision plutôt réaliste de Benoit Jacquot respecte sans nul doute la vérité historique. On est également convaincu par la rigueur de sa réalisation et par le trouble qui émane de ses actrices. Toutefois, on est en droit de rester un peu extérieur à ce drame qui touche la cour de France au moment de la révolution. Même si leur désarroi a bien été réel, comment s’apitoyer sur le sort de ceux qui ont écrasé un peuple tout entier durant des siècles, leur laissant la misère tandis qu’ils se pavanaient dans un luxe ostentatoire ? Adopter le point de vue d’une jeune femme du peuple aveuglée par les ors est certes intéressant, mais finalement le film ne propose qu’une vision très étroite de la période. Le film est indéniablement bon, mais pas passionnant pour autant.

  • Jean-Patrick Géraud 10 juin 2012
    Les adieux à la reine - la critique

    Benoît Jacquot adapte intelligemment Chantal Thomas, reprenant les grandes lignes du roman tout en refusant le parti-pris du journal intime. Le film est, du coup, porté par un certain sens de la dramaturgie, qui culmine lors de belles scènes, notamment celles avec la Reine ou le personnage de Moreau. L’interprétation de Kruger (virtuose), et Lvovsky compense la faiblesse d’une Léa Seydoux pas très à l’aise dans le registre corseté du film d’époque. La mise en scène est quant à elle hésitante, oscillant entre l’introspection - caméra à l’épaule lorsque Sidonie parcourt les galeries - et le désir d’une certaine "distance" ou "retenue" classique, un peu pompeuse, notamment lorsque le cinéaste filme les extérieurs. L’ensemble tient donc la route malgré une utilisation affreusement lourde de la musique, beaucoup trop calquée sur les dialogues, et qui donne à l’oeuvre un côté "téléfilm" parfois grotesque.

    Au final, Jacquot échoue à l’endroit où Coppola révélait toute l’étendue de son talent. Car même si ces Adieux ne manquent pas d’évoquer un certain contexte politico-financier très actuel, le film manque de personnalité, redoutant par trop de s’éloigner de la grande Histoire. Il s’en ressent un côté très scolaire, là où Coppola manifestait de la liberté dans ses choix de mise en scène, affichant une sorte d’indifférence à l’égard du genre historique et faisant oeuvre d’auteur, au sens plein de ce terme. Si la comparaison n’ôte certes pas aux Adieux un certain nombre de qualités techniques ou formelles, elle fait néanmoins apparaître son relatif manque d’intérêt à l’égard du sujet qu’il traite.

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