Le 18 juin 2024
Un film décevant qui, malgré de bons moments et de solides atouts, peine à trouver une cohérence.


- Réalisateur : André Cayatte
- Acteurs : Anouk Aimée, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, Martine Carol, Marcel Pérès, Philippe Lemaire, Charles Blavette, Max Dalban, René Génin, Louis Salou, Charles Dechamps, Guy Favières, Roland Armontel, Claude Nicot, Marianne Oswald
- Genre : Drame, Romance, Noir et blanc
- Nationalité : Français
- Distributeur : Pathé Distribution, Tamasa Distribution
- Editeur vidéo : ESC Éditions
- Durée : 1h45mn
- Date télé : 28 février 2025 23:05
- Chaîne : TCM Cinéma
- Reprise: 21 février 2018
- Date de sortie : 7 mars 1949

L'a vu
Veut le voir
Résumé : À Venise, Georgia Maglia, fille d’un magistrat fasciste et Angelo, un souffleur de verre, doublent les deux vedettes d’une adaptation cinématographique de "Roméo et Juliette". Très vite le jeu laisse place à la réalité et les deux jeunes gens tombent fous d’amour l’un pour l’autre. À l’image du drame de Shakespeare, leur passion est aussi tourmentée que menacée, en particulier par Raffaele, un malfrat.
Critique : En 1949, André Cayatte, bien avant les films engagés qui feront sa réputation, tournait Les amants de Vérone, dans lequel deux jeunes gens revivent l’histoire de Roméo et Juliette qu’une équipe tourne au même moment. Ce film dans le film, s’il n’est pas une idée nouvelle, garde une réelle séduction (on pense notamment à La maîtresse du lieutenant français, de Karel Reisz) et permet une construction solidement charpentée. Pour ajouter au charme de ce long-métrage, Cayatte bénéficiait d’une équipe hors pair. Il y a d’abord et surtout Henri Alekan qui signe une image magnifique : de la profondeur de champ à l’utilisation des décors naturels ou des intérieurs surchargés, tout est à la fois très travaillé et parfaitement lisible. D’ailleurs, la simple lecture du générique donne l’eau à la bouche : les dialogues de Prévert et la distribution sont une promesse de prouesses.
Voir Dalio en dément qui crie « Pourriture » à tout bout de champ ou le magnifique numéro de garce de Marianne Oswald suffirait presque à notre bonheur.
Mais Cayatte, s’il réussit ça et là une séquence (le beau coup de foudre en plans de plus en plus gros), ne donne pas de cohérence à sa direction d’acteurs et les morceaux de bravoure, même brillants, s’ajoutent plus qu’ils ne se complètent : Anouk Aimée est décalée, Pierre Brasseur cabotine (sa mort frôle le ridicule), Louis Salou en fait beaucoup en nostalgique déchu…
Mais à notre sens le gros problème du film vient du duo Cayatte-Prévert : la pureté des amants face au monde corrompu, les dialogues artificiels ou emphatiques (la voix off !) ont mal vieilli et la mièvrerie n’est jamais loin. Tout est souligné, expliqué, montré, là où un grand cinéaste aurait privilégié l’allusion en faisant confiance à l’intelligence du spectateur.
Certes, on trouvera des motifs de satisfaction dans le mélange des genres et quelques moments vraiment drôles, mais ce film statique et bavard manque terriblement de nuances et de sens du cinéma.
Les suppléments :
Outre la bande-annonce, le Blu-ray propose un très bon documentaire de 20 minutes dans lequel différents intervenants analysent le film et disent leur sentiment sur Cayatte, sans tomber dans l’hagiographie.
L’image :
La restauration 4k permet de retrouver le talent de Henri Alekan, même si quelques rares plans n’ont pu être débarrassés de leurs parasites : le noir et blanc est réellement splendide.
Le son :
La piste mono DTS-HD Master audio est parfaitement nettoyée, mais le son garde quelque chose d’étriqué. De rares saturations.
– Sortie DVD : le 1er juillet 2015