Le 28 juillet 2026
Pour son troisième long-métrage, Haifaa al-Mansour nous embarque dans un polar relativement balisé, mais qui ménage quelques effets de surprise et aborde avec pertinence le fossé séparant la paix et la justice.
- Réalisateur : Haifaa al-Mansour
- Acteurs : Mila Alzahrani, Abdullah Al-Qahtani, Aziz Gharbawi
- Genre : Policier / Polar / Film noir / Thriller / Film de gangsters
- Nationalité : Saoudien
- Distributeur : KMBO
- Durée : 1h41mn
- Titre original : Al-majhoula
- Date de sortie : 5 août 2026
- Festival : Festival de Reims 2026
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Résumé : Dans le désert saoudien, le corps d’une adolescente est retrouvé, sans qu’elle puisse être identifiée. Personne ne signale sa disparition et l’affaire est rapidement classée. Mais à Riyad, Nawal, une jeune employée du commissariat, refuse de lâcher ce dossier. En enquêtant sur la victime, elle met au jour des éléments qu’elle n’aurait jamais dû découvrir et se retrouve bientôt entraînée dans une affaire qui la dépasse.
Critique : Haifaa al-Mansour creuse un sillon singulier depuis son premier film, Wadjda (2012). Celui d’une des premières femmes cinéastes saoudiennes, réalisant des films alors que les cinémas étaient encore interdits dans son pays d’origine (ils ouvrirent de nouveau en 2018). La réalisatrice se construit en regardant nombre de films américains, dans une famille non traditionnelles qui lui laisse cette latitude.
Mais il convient de garder cela à l’esprit sans pour autant en faire le prisme à travers lequel analyser son œuvre, surtout son dernier film. Si Les silences de Riyad aborde, par exemple, la question de la condition féminine en Arabie saoudite, il le fait en l’intégrant naturellement à son scénario, sans esprit de manifeste ni en faire son propos principal.

- © 2025 Al Mansour Establishment for Audio and Visual Media Production
Ce propos est en fait double. Le premier consiste à explorer la tension, voire l’incompatibilité entre la volonté de paix et celle de justice. Il faut maintenir le calme et la tranquillité publique, ce qui est contradictoire avec la quête de justice de Nawal. Le second se révèle lors du retournement de situation final. On le taira donc.
Avant d’aboutir de manière surprenante, le scénario nous conduit de découvertes en révélations sans temps morts. Le polar installe une tension grandissante et captive sans problème le spectateur. Vu de France, il jouit de l’intérêt supplémentaire d’avoir intégré, avec efficacité, les codes de la société saoudienne pour créer des péripéties bien senties, comme la notion d’honneur qui diffère dans les pays du Golfe, ou la possibilité, courante, que les femmes voilent leur visage, créant une incapacité à les identifier.

- © 2025 Al Mansour Establishment for Audio and Visual Media Production
Toutefois, la révélation finale nous fait relire l’ensemble de la narration avec un œil neuf, et une réflexion attentive fait naître de légitimes interrogations quant à la solidité de l’écriture. Les dernières minutes du récit impliquent qu’un personnage aura fait passer ses remords et sa volonté d’honorer la défunte au-dessus de son propre intérêt, voire sa propre sécurité, ce qui est douteux voire contradictoire au vu parcours de celui-ci.
Jusque-là, quelques coïncidences avaient parsemé le récit, dessinant parfois sur le visage du spectateur une moue de circonspection. Mais les enjeux et le mystère prennent globalement le dessus jusqu’à la dernière seconde, grâce notamment à l’implication exemplaire de Mila Alzahrani, centre de gravité du film.
La réalisation, quant à elle, est de qualité, mais souffre de quelques choix de cadrages insistants qui perdent un peu de leur sens à force de répétition : le malaise suscité par les premiers plans débullés (« de travers ») fonctionne un peu moins à chaque emploi. Un détail à côté de la bonne tenue de l’ensemble, qui qui devrait faire de ce film une belle pioche pour les cinéphiles.
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