Le 16 mai 2026
Adapter une œuvre d’Annie Ernaux est un exercice périlleux. Judith Godrèche relève brillamment le défi grâce à une mise en scène aussi sobre que profonde.
- Réalisateur : Judith Godrèche
- Acteurs : Anna Mouglalis, Valérie Dréville, Ariane Labed, Louise Labeque, Georgia Scalliet, Victor Bonnel, Maïwène Barthelemy, Anja Verderosa, Tess Barthélemy, Mamadou Sidibé, Lancelot Courcieras
- Genre : Drame
- Nationalité : Français, Belge
- Distributeur : Jour2fête
- Durée : 1h57mn
- Date de sortie : 30 septembre 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026
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– Festival de Cannes 2026 : Sélection officielle, Un Certain Regard
Résumé : Annie Ernaux est sollicitée pour une signature de son dernier ouvrage dans la ville de son enfance, Rouen. Alors qu’elle s’y rend, elle est prise d’un vertige et replonge dans le souvenir de l’été 1958, celui de sa première nuit avec un homme. Nuit dont l’onde de choc s’est propagée violemment dans son corps et sur le reste de son existence.

- © 2026 Festival de Cannes
Critique : Les livres d’Annie Ernaux ont traité d’une multitude de thèmes récurrents comme les questions de reproduction sociale, de déclassement, d’avortement, de perte des parents, mais il faut attendre 2016 pour qu’elle rentre dans les souvenirs de ses dix-huit ans avec un minuscule ouvrage, en taille naturellement. Il n’était pas étonnant que l’actrice et militante Judith Godrèche s’en saisisse pour bâtir un film qui parle autant de son propre regard sur la question des femmes, que de la jeunesse de l’écrivaine elle-même.

- Copyright Windy Production - Moana Films
Mémoire de fille raconte l’été 1958 où la jeune Annie, dix-sept ans et demi, devient animatrice de colonie de vacances dans une résidence immense. D’autres animateurs plus ou moins aguerris à l’exercice sont là, mais il y a surtout le chef, H, qui manifestement impose à toutes les nouvelles un passage dans son lit. Annie vient de la campagne, est bercée par les illusions romantiques de la littérature, et va perdre, le temps d’un été, la joie de vivre et la propriété de son propre corps. Le livre comme le film ne parlent pas de viol, mais d’une perte de l’innocence par un passage obligé dans la sexualité, perçue par les garçons comme un simple défoulement physique. Dit autrement, Annie expérimente pour la première fois de sa vie que les filles peuvent être réduites à des objets.
La réalisatrice demeure prudente dans les choix de mise en scène. Certes, elle montre un personnage féminin qui tente de séduire parce qu’elle assimile résolument sexualité et amour. Tout le contraire de ces garçons qui pensent le sexe comme un défouloir avec, autour d’eux, une ribambelle de filles qui cultivent l’ambiguïté. La cinéaste parvient, mais sans appuyer son propos, à rendre compte de l’obsession de l’écrivaine pour la question de la hiérarchie des classes sociales et de la difficulté à s’extraire du milieu d’où l’on vient.

- Copyright Windy Production - Moana Films
On assiste à la naissance de l’écrivaine qu’elle sera plus tard. Une scène absolument sublime fait entendre un poème de Rimbaud, lu à haute voix, comme une révélation chez la jeune fille que son destin sera celui des mots. C’est à ce moment qu’elle devient libre, et qu’elle peut engager sa vie future à Rouen. Tout ce qui précède cette lecture du texte du poète fait la démonstration d’une jeune fille prisonnière de ses racines sociales et de ses représentations. On sait à la fin du film qu’elle ne sera plus jamais la même et on espère à notre tour qu’avec elle, la condition des femmes ne cessera de s’améliorer.
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