Le 12 avril 2026
Ce film n’a pas trouvé sa raison d’être : ni l’horreur qui fait peur, ni la comédie qui fait rire, ni la parodie qui fait réfléchir, ni même le divertissement sans prétention qui fait passer le temps agréablement. Il occupe un espace indéfini entre plusieurs possibilités, sans en habiter aucune.
- Réalisateur : Benjamin Christensen
- Acteurs : Ryan Robbins, Jessica Clement, Summer H.Howell
- Genre : Épouvante-horreur, Slasher, Nanar
- Nationalité : Américain
- Durée : 1h33mn
- VOD : Shadowz
- Festival : Festival de Gérardmer 2026, BIFFF 2026
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– En VOD le 13 février 2026
Résumé : Deena, étudiante, rentre chez elle et est obligée de faire du baby-sitting. Le shérif local reçoit un élément de preuve par la poste et est conduit à une chasse au trésor pour découvrir le tueur d’une autre baby-sitter.
Critique : Ce film échoue dans le slasher. Il prend le genre au sérieux sans en comprendre les règles, reproduit ses codes sans en saisir la logique, fait un film d’horreur qui ne fait pas peur et une comédie involontaire qui ne fait pas rire. Brandon Christensen a fait un film qui ne sait pas ce qu’il est, et cette ignorance de soi est, plus que n’importe quel défaut technique, ce qui le condamne.
Le slasher est un genre codifié jusqu’à l’os, et cette codification n’est pas un défaut, c’est une ressource. Les meilleurs films du genre ont toujours entretenu avec leurs propres conventions un rapport réflexif : Scream en a fait sa matière première explicite, Scary Movie en a tiré une comédie frontale, des dizaines d’autres ont choisi de jouer les codes avec suffisamment de distance pour que le spectateur averti y trouve un double plaisir, celui du genre et celui de sa mise en abyme. Ce rapport au code peut prendre des formes très différentes, de l’hommage affectueux à la parodie franche, mais il suppose dans tous les cas une conscience de ce qu’on manipule.
Night of the Reaper ne possède pas cette conscience. Il reprend les codes du slasher : le groupe de jeunes, le tueur masqué, les fausses pistes, la révélation finale, sans les réinventer, sans les commenter, ni même sembler savoir qu’ils ont une histoire et que cette histoire impose des obligations à qui les emprunte. Le résultat ressemble à un mauvais remake de Scream réalisé par un cinéaste qui ne l’aurait vu qu’une fois, distraitement, et en aurait retenu la structure sans en comprendre le principe. La référence n’est pas une critique en soi, c’est le rapport à la référence qui pose problème.

- © Not the Funeral Home, Superchill
Le défaut le plus rédhibitoire de Night of the Reaper est peut-être celui-là : il se prend trop au sérieux. Dans un genre qui a depuis longtemps intégré sa propre absurdité comme composante essentielle, choisir le premier degré sans disposer des moyens (ni formels, ni narratifs) pour le justifier est une erreur de positionnement qui contamine tout le reste. Un slasher qui assume sa légèreté peut survivre à des acteurs moyens, un scénario prévisible, des effets spéciaux limités. Un slasher qui se croit sérieux sans en avoir les moyens ne survit à rien : chaque défaut est amplifié par le cadre qui l’expose, chaque invraisemblance est soulignée par la gravité qui l’entoure.
Les acteurs sont limités, insuffisants pour porter le poids nécessaire. Dans un registre plus léger, leurs performances auraient pu passer ; dans le contexte de faux sérieux qui leur est imposé, elles sonnent creux à chaque scène. On ne croit pas à leurs personnages, on ne s’inquiète pas pour eux, on ne se réjouit pas de leur survie ni ne déplore leur mort. Ils traversent le récit comme des fonctions narratives déguisées en êtres humains, ce que précisément le slasher, même dans ses versions les plus modestes, devrait éviter.
Le film est trop long, d’une longueur qui n’est pas due à une ambition narrative excessive mais à une incapacité à identifier ce qui mérite d’être montré et ce qui peut être coupé. La redondance qui s’installe dans le deuxième tiers est le produit d’un montage qui n’a pas fait les arbitrages nécessaires, a gardé des scènes parce qu’elles existaient plutôt que parce qu’elles apportaient quelque chose. Chaque séquence superflue aggrave le problème central : dans un film auquel on ne croit déjà pas, chaque minute supplémentaire sans tension ni surprise creuse davantage le fossé avec le spectateur. Le plot twist final illustre parfaitement ce problème. Il arrive trop tard, dans un film qui a depuis longtemps épuisé la bienveillance du spectateur, et il n’est pas suffisamment fort pour renverser la dynamique d’ensemble. Ce n’est pas qu’il soit particulièrement mauvais en soi : dans un autre film, mieux construit, il aurait peut-être produit un effet réel. Mais il arrive dans un contexte qui ne lui permet pas de fonctionner : on l’attend, on l’accueille avec une indifférence polie, et on passe à autre chose. La révélation suppose un investissement préalable du spectateur dans ce qui est révélé, et cet investissement, Night of the Reaper ne l’a jamais créé.

- © Not the Funeral Home, Superchill
L’absence de tout apport musical notable est un symptôme parmi d’autres, mais il est révélateur. La musique dans le film d’horreur est un instrument de tension, un moyen de travailler le spectateur en dessous du niveau conscient, de préparer les effets, d’amplifier les silences, de créer une atmosphère qui précède et prolonge l’image. Un film d’horreur sans identité sonore renonce à l’un de ses outils les plus fondamentaux. Ce renoncement est révélateur du niveau d’attention global apporté à la fabrication du film : non pas que la musique seule puisse sauver un mauvais film, mais son absence dans ce registre précis signale un manque de soin qui touche à l’ensemble.
Night of the Reaper n’a pas trouvé sa raison d’être : ni l’horreur qui fait peur, ni la comédie qui fait rire, ni la parodie qui fait réfléchir, ni même le divertissement sans prétention qui fait passer le temps agréablement. Il occupe un espace indéfini entre plusieurs possibilités sans en habiter aucune, ce qui est peut-être la forme d’échec la plus complète pour un film de genre.
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