Le 31 juillet 2026
Une structure en forme de puzzle séduisante pour un film qui dresse un portrait nuancé de personnages tourmentés et mêle avec bonheur onirisme, drame familial, chronique sociale et même thriller.
- Réalisateur : Jérémy Comte
- Acteurs : Daniel Atsu Hukporti, Joey Boivin-Desmeules, Évelyne de la Chenelière
- Genre : Drame, Teen movie
- Nationalité : Français, Canadien, Québécois, Ghanéen
- Durée : 1h30mn
- Date de sortie : 19 août 2026
- Festival : Festival de Berlin 2026
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Résumé : Au Ghana, Kojo, adolescent marqué par la disparition de son père en mer, se rapproche des gangs de rue sans parvenir à combler le vide qu’il ressent. Pendant ce temps, au Québec, Tony, en quête de repères, s’interroge sur l’homme dont sa mère est amoureuse et qui pourrait être le père qu’il n’a jamais connu... Entre la lente déchéance de l’un et la recherche d’identité de l’autre, un lien insoupçonné se tisse, unissant les destins croisés de ces deux jeunes hommes que tout semble séparer.
Critique : Présenté dans la section Panorama du Festival de Berlin, Paradise est le premier long métrage de Jérémy Comte. Diplômé de l’École de cinéma Mel Hoppenheim de l’Université Concordia, ce jeune réalisateur montréalais avait été découvert par son court métrage, Fauve, nommé aux Oscars. Le scénario de Paradise, coécrit (surtout pour la partie ghanéenne du récit) par le scénariste Will Niava, revêt une forte dimension autobiographique. Adolescent, le cinéaste a été victime de plusieurs déceptions, notamment en rapport avec l’usage du numérique. En dévoiler davantage relèverait du spoiler, d’autant plus que la narration repose, en grande partie, sur un effet de surprise après son premier tiers. On pourra seulement préciser que les protagonistes sont deux jeunes hommes, Kojo, Ghanéen, et Tony, Québécois, ne se connaissant pas et vivant chacun dans son pays, mais tous deux perturbés par l’absence du père. Celui de Kojo, pêcheur, semble avoir péri en mer, quand Tony est né de père inconnu. Mais la mère de Tony a pour amoureux un voyageur qui lui ressemble étrangement.

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Entre ces deux récits, le letitmotiv d’un navire en flamme et du sauvetage d’un capitaine semble tisser un lien : fantasme onirique de l’un des personnages ? Séquence de flash-back ou au contraire prémonitoire ? Jérémy Comte et Will Niava ont le mérite d’éviter plusieurs écueils : Paradise ne cède ni à l’hermétisme ni au nombrilisme, les deux péchés mignons de maints primo-réalisateurs. Il ne s’agit pas non plus d’un pamphlet de plus dénonçant les déséquilibres internationaux : en ce sens, Paradise échappe à la démonstration et au côté larmoyant de certaines coproductions internationales au sujet voisin, telles que Moi capitaine ou Le passage. Paradise privilégie au contraire la nuance. Ne versant ni dans l’angélisme ni dans la stigmatisation, il brosse le portrait de personnages contrastés et possédant tous des zones d’ombre, sans vision manichéenne.
Jérémy Comte précise ainsi : « Nous voulions que le film soit un voyage émotionnel, invitant les spectateurs à s’engager activement dans le récit. Il est divisé en trois parties : la première porte une dimension de mystère et d’énigme, la seconde se concentre sur le drame, et la troisième bascule vers le thriller, frôlant même parfois l’action. Nous souhaitions que le public s’attache aux personnages tout en étant bousculé par ce qui se déroule à l’écran. Au fil de l’histoire, les frontières morales commencent à s’estomper, soulevant des questions complexes et dérangeantes. » Cette intelligence de démarche et de point de vue se combine avec aisance aux ruptures de ton, de genre et de décor, de l’atmosphère automnal d’une petite ville québécoise au béton brutaliste, à l’ambiance grouillante de la capitale ghanéenne avec teinte sableuse. La métaphore de l’eau et du feu s’insère harmonieusement au dispositif, sans surcharge thématique ou coquetterie stylistique. On peut ajouter que le récit se montre d’une appréciable concision, sa durée resserrée soulignant la limpidité de la narration, le refus de la digression étant ici un choix assumé et cohérent. Il faut vraiment découvrir cette œuvre alliant rigueur et émotion contenue, classique sans être académique, et d’un humanisme bienvenu.
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