Le 6 novembre 2026
Ce road movie à la narration surprenante est l’un des meilleurs films de Rabah Ameur-Zaïmeche, qui parvient à capter le mal-être de personnages évoluant dans un univers hostile.
- Réalisateur : Rabah Ameur-Zaïmeche
- Acteurs : Slimane Dazi, Camélia Jordana, Salim Ameur-Zaïmeche, Smaïn Ameur-Zaïmèche, Liah O’Prey, Sofiane Saidi
- Genre : Drame, Road movie
- Nationalité : Français, Algérien, Qatarien, Saoudien
- Distributeur : Alchimistes Films
- Durée : 1h48mn
- Date de sortie : 16 décembre 2026
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Résumé : Slimane, un vieux routier fatigué et malade, et Smaïn, son rippeur, ont pour mission de convoyer une cargaison au fin fond du Sahara algérien. En route, ils se font violemment agresser et dérober leur camion. Anna, une jeune chercheuse universitaire, et Sofiane, son compagnon de voyage, découvrent bientôt les deux hommes agonisants et leur portent secours...
Critique : Réalisateur franco-algérien ayant été nourri par deux cultures, Rabah Ameur-Zaïmèche était déjà l’auteur de sept longs métrages singuliers, en marge des modes et des chapelles, et ayant cerné avec acuité les fractures de nos sociétés. Plusieurs jalons ont marqué son œuvre, comme son premier long métrage, Wesh Wesh, qu’est-ce qui se passe ?, qui parvenait à transcender son matériau de « film de banlieue », ou Dernier maquis, avec sa réflexion subtile sur les effets de l’islamisme. Coproduit par sa société Sarrazink et ayant bénéficié de financements français, algérien, saoudien et qatarien, Route algéricaine confirme la singularité de sa démarche. Le cinéaste parvient à s’approprier le genre du road movie par un scénario subtil proposant une rupture narrative au bout d’une heure de projection. Deux duos de personnages circulant dans le désert structurent le récit. D’une part, Slimane (Slimane Dazi) est un camionneur indépendant chargé par le patron d’une société de transport de livrer des marchandises dans un délai rapide. Il est assisté par Smaïn (Smaïn Ameur-Zaïmèche, frère du cinéaste), qui lui sert notamment de chauffeur. La santé fragile de Slimane n’est pas un atout pour la mission qu’il a acceptée. D’autre part, Anna (Lia O’Prey), une jeune universitaire accompagnée de Sofiane (Sofiane Saidi), qui lui sert de guide, est sur les traces d’un manuscrit qui aurait appartenu à Isabelle Eberhardt.

- © 2026 Les Alchimistes. Tous droits réservés.
Les destinées des protagonistes vont amener à se croiser à la suite d’un événement tragique. Rabah Ameur-Zaïmèche décrit avec justesse les tourments de personnages en proie au doute et évoluant dans un environnement hostile. Usé par des années de travail mais devant consolider ses revenus, travailleur indépendant mais lié à une société importante, Slimane n’échappe pas à l’ubérisation des emplois dans une société qui tente tant bien que mal de maintenir des liens de solidarité, réels mais fragilisés. Quant à Anna, elle semble symboliser la bonne conscience d’une société occidentale tentant de préserver des relations culturelles, tout en restant attachée à des formes de propriété, notamment intellectuelle. Mais au-delà de ces problématiques, Rabah Ameur-Zaïmèche signe un beau film contemplatif, jouant sur les faux temps morts, donnant au microcosme qu’il décrit un vertige existentiel qui n’est pas sans convoquer des souvenirs de cinéma, de Profession : reporter d’Antonioni à Sirāt d’Óliver Laxe. Il faut dire qu’Ameur-Zaïmèche filme lui aussi des paysages comme s’ils étaient des protagonistes de son dispositif, du premier plan du film sur la ville de Skikda vue des hauteurs à l’oasis d’El Menia, où se trouvent des dunes grandioses.

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Le réalisateur précise ainsi dans le dossier de presse : « Nous étions très sensibles à l’immensité des paysages, au désert et à la route transsaharienne qui le traverse. Nous dépendions du vent, de la chaleur, des tempêtes de sable, comme de la qualité des routes, avec leurs dos d’âne sempiternels... Le vent, ou plus exactement les vents, nous ont poursuivis jusqu’au bout, depuis la côte maritime jusqu’au fond des sables. Pour un film de route, il fallait coller au bitume, en espérant éviter les accidents et les déconvenues. Nous étions toujours prêts à tourner, quitte à bifurquer et nous perdre sur des pistes se dessinant à perte de vue. L’élan de découvrir le Sahara et d’enregistrer ses forces ne nous a pas quittés, jusqu’à notre retour. » Œuvre insolite et aride, ne caressant pas son spectateur dans le sens du poil, Route algéricaine, qui établit en outre une audacieuse comparaison avec la dimension spatiale des États-Unis d’Amérique, est bien davantage qu’une curiosité. Il s’agit de l’un des meilleurs films d’un cinéaste conteur et visionnaire, maître dans l’art de brouiller les pistes, dans tous les sens du terme.
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