Le 19 juin 2026
Une comédie mordante et sensible, qui brosse avec tendresse le portrait d’une jeune femme dépassée par les événements. La réalisatrice tire en outre le meilleur de son actrice, Eva Huault, très en verve.
- Réalisateur : Lila Pinell
- Acteurs : Noémie Lvovsky, Anthony Sonigo, Sékouba Doucouré, Martin Jauvat, Eva Huault, Inès Gherib, Anaïs Monah
- Genre : Comédie dramatique
- Nationalité : Français
- Distributeur : Les Films du Losange
- Durée : 1h20mn
- Âge : Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs
- Date de sortie : 17 juin 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026
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Résumé : Shana traverse les galères du quotidien avec une énergie débordante et le soutien de sa bande de copines. Lorsque sa grand-mère décède, elle hérite d’une bague censée protéger du mauvais œil. Shana a bien besoin de ce coup de pouce. D’autant qu’avec la sortie de prison de son compagnon toxique, les mésaventures s’accumulent !
Critique : De Lola Pinell, on avait particulièrement apprécié Kiss & Cry (2017), coréalisé avec Chloé Mahieu, chronique adolescente qui se distinguait par son délicat dosage de fiction et de reportage. Présenté à la Quinzaine des Cinéastes 2026, où il a remporté le prix SACD, Shana est davantage ancré dans le domaine fictionnel. En fait, Lola Pinell réalise ici, plus ou moins, une suite à son moyen métrage, Le roi David (VOD, 2022), qui cernait déjà le personnage de Shana, interprété par celle qui semble devenir son actrice fétiche, Eva Huault. Le vécu de la comédienne imprègne d’ailleurs nettement le scénario du film. On retrouve donc la jeune fille devenue jeune femme, et toujours entourée de ses proches. La famille de Shana appartient à la classe moyenne et est composée principalement de femmes. Dans cette micro-communauté de juifs non pratiquants, les sentiments s’expriment frontalement, des gestes d’affection aux engueulades quotidiennes, et Shana entretient des relations à la fois fusionnelles et tendues avec sa mère (Noémie Lvovsky). Elle se montre à la fois intégrée et mal à l’aise dans ce milieu d’origine.

- © 2026 Les Films du Losange. Tous droits réservés.
Mais les fréquentations qu’elle choisit ne lui facilitent pas la tâche, surtout lorsqu’elle retrouve son compagnon Moïse (Sékouba Dankouré), un petit trafiquant qui a toujours exercé une emprise sur elle, y compris lorsqu’il séjournait en prison. « Je voulais questionner ça : comment la transmission dans une famille se fait toujours de façon tordue. On croit transmettre quelque chose, et c’est toujours le cas, mais pas forcément comme on le pensait, pas forcément ce qu’on voulait, et parfois tout se retourne. J’ai pu observer autour de moi pas mal d’histoires comme ça, avec des parents ou grands-parents, avec beaucoup de non-dits, de hontes, de retournements », précise la réalisatrice. Mais loin d’être un document psycho-sociologique, Shana dresse le portrait réussi d’une femme peinant à trouver sa voie dans des milieux où elle doit toujours s’affirmer. Lola Pinell opte avec bonheur pour l’humour afin de tempérer la noirceur de situations qui auraient pu tomber dans la caricature sociale. Elle signe en effet une comédie mordante et sensible, qui brosse avec tendresse le portrait d’une anti-héroïne dépassée par les événements.

- © 2026 Les Films du Losange. Tous droits réservés.
Le mélange des genres proposé, alternant gravité et légèreté, donne lieu à des séquences saisissantes, du vol dans une bijouterie à une scène glauque de prostitution, en passant par le rituel de la cérémonie de Pessah, où la famille commémore la libération des hébreux et la fin de l’esclavage. La réalisatrice cite les frères Coen (l’ironie absurde) ou les frères Safdie (la tension urbaine) pour les nombreuses ruptures de ton qui émaillent son histoire, mais on pourrait déceler des références plus vastes, de Cassavetes à Sean Baker, voire Max Ophüls, comme l’atteste le parcours d’une bague offerte, métaphore de la névrose de son personnage, à l’instar de celle de Madame de…. On regrettera juste certaines complaisances dans les dialogues et le peu de présence à l’écran de Noémie Lvovsky, qui a pourtant un rôle-clef. De Belleville à des quartiers plus bourgeois, Lola Pinell se montre en outre à l’aise pour filmer Paris avec acuité, privilégiant les plans serrés. Enfin, le film doit beaucoup à la verve et à la vitalité d’Eva Huault qui incarne à merveille une figure haute en couleurs.
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