Le 20 octobre 2026
- Scénariste : Tate Brombal>
- Dessinateur : Jacob Phillips
- Genre : post-apo
- Famille : Comics
Un album qui renouvelle brillamment le genre très codifié du récit de zombie, avec un récit glaçant qui prend aux tripes.
Résumé : Jack vit dans un bourg isolé, et le dernier survivant d’une apocalypse zombie qui a pratiquement éteint l’humanité. Agriculteur habile de ses mains, Jack a fait le choix de rester chez lui, auprès des siens – son mari et sa fille, en particulier – devenus zombies, et de maintenir son activité. Pour ce faire, il suit un rituel bien rôdé. Il nourrit les zombies, qui deviennent beaucoup moins agressifs, et maintient un semblant de normalité dans un monde dévasté… Après plusieurs années à vivre de cette étrange manière, le monde de Jack est bouleversé par l’arrivée de chasseurs de zombies. Si ceux-ci sont d’abord bien intentionnés à son égard, la rencontre tourne rapidement au vinaigre. Comment ceux-ci pourraient-ils comprendre le mode de vie de Jack ?
Critique : Difficile d’innover lorsque l’on écrit une histoire de zombies : les codes du genre sont solidement ancrés dans l’esprit des lecteurs, et certains récits canoniques comme Walking Dead semblent avoir fait le tour de la question. Et pourtant, le duo formé par Tate Brombal (scénario) et Jacob Phillips (dessin) parvient à nous surprendre en mobilisant une idée faussement simple : et si un homme maintenait son quotidien au milieu des zombies ? Jack n’a rien d’un fou : il a vu son monde dévasté, et ses proches être zombifiés, à commencer par sa fille. Mais Jack ne s’est jamais résolu à les abandonner, et encore moins à tuer sa famille. D’où ce choix extraordinairement étrange de poursuivre son quotidien, et d’alimenter sa communauté transformée en une horde de zombies que Jack a apprivoisé.

- © Tate Brombal, Jacob Phillips / Urban
Un point intéressant du scénario : les zombies semblent revivre à l’infini la dernière journée avant l’apocalypse, donnant au quotidien de Jack un caractère aussi prévisible – comme s’il s’agissait d’une boucle temporelle – que cauchemardesque. Le tragique du récit réside dans l’amour que Jack porte à ses proches, au-delà de la mort, et cette incapacité à les laisser partir. Cet aspect déchirant est renforcé par des flash-back centrés sur la place de Jack au sein de la communauté villageoise. Cette dernière a en effet rejeté Jack pour son homosexualité. Ironie de l’histoire, c’est Jack qui s’occupe de cette communauté zombifiée…
Cet quotidien étrange et morbide patiemment instauré par Jack vole en éclat lorsque les chasseurs de zombies entrent dans le bourg. Le récit bascule dès lors dans une seconde et sanglante tragédie, qui naît de l’incapacité de deux mondes à se comprendre. On en vient dès lors à souhaiter que Jack « sauve » sa petite fille zombifiée…

- © Tate Brombal, Jacob Phillips / Urban
Sur le plan graphique, les planches de Jacob Phillips épousent les codes du comics avec un trait semi-réaliste et un découpage varié et dynamique. Difficile de ne pas penser à Walking Dead, même si Tout ce qui meurt et agonise fait le choix de la couleur. L’album oscille entre des planches très colorées – à l’image de la couverture particulièrement saisissante – et des planches beaucoup plus sombres, qui mettent en scène la lutte de Jack contre les chasseurs de zombies. Les dessins parviennent à nous faire entrer en empathie avec les différents protagonistes – y compris avec les zombies… – ce qui constitue l’une des belles réussites de cet album qui questionne habilement la fin de vie et notre rapport à la mort.
Original dans son approche d’un genre codifié, Tout ce qui meurt et agonise saura séduire bien au-delà des amateurs d’histoires de zombies.
176 pages – 21,50 €
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Galerie photos
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