Le 2 janvier 2026
Derrière ces tranches d’adolescence et d’enfance, Thomas Ellis humanise de jeunes migrants que des médias ou discours politiques réduisent trop souvent à des masses informes qu’il faudrait combattre. Un joli film à hauteur d’homme.
- Réalisateur : Thomas Ellis
- Genre : Documentaire, Teen movie
- Nationalité : Français
- Distributeur : Jour2fête
- Durée : 1h26mn
- Date de sortie : 7 janvier 2026
L'a vu
Veut le voir
Résumé : Âgés de quatorze à dix-neuf ans, cinq adolescents ont traversé des déserts et des mers, seuls. Arrivés à Marseille, ces filles et garçons portent en eux l’espoir brûlant d’une nouvelle vie. Ils apprennent un métier, un pays, des habitudes et pour certains une langue. « Tout va bien » répètent-ils obstinément à leurs familles. Mais le véritable voyage ne fait que commencer…
Critique : On les appelle, dans l’univers de la bureaucratie et de la protection de l’enfance, des MNA. Des mineurs non accompagnés, pour ne pas dire en réalité de jeunes migrants mineurs qui ont soif d’émancipation sociale et humaine. Ici, à Marseille, ils se voient serveurs, électriciens, aides-soignants, ou encore professionnels de football. Mais il faut pouvoir affronter les barrages de la langue, l’épreuve de la régularisation et les stéréotypes qui entachent leurs parcours d’insertion. Le titre aurait été plus complet avec l’ajout du mot "maintenant", car en effet, rien ne va dans ces vies minuscules qui, pour certaines, ont traversé à pied les épreuves de la mer ou du désert. Des autorités contestent la minorité, là où tous aspirent à une seule chose : la paix.
Thomas Ellis offre un documentaire assez urgent quand, dans les périodes électorales, trop souvent la cause des malheurs du monde est portée sur les personnes migrantes. Le cinéaste donne à voir des portraits d’une jolie humanité qui tranchent avec les caricatures d’un étranger fauteur de troubles, juste occupé à profiter des aides sociales. On entend aussi, au bout du téléphone, des parents qui expriment leur amour pour leurs enfants, ou parfois se mettent en colère quand leur progéniture renonce aux traditions du pays d’origine pour se forger une liberté nouvelle.

- Copyright 2025 UNITÉ - SOMECI
En aucun cas, Thomas Ellis ne dresse un film misérabiliste. Le documentariste recherche une certaine esthétique de l’image avec des beaux plans sur Marseille, des fêtes populaires, ou encore une couverture de sauvetage qui flotte au-dessus de la surface d’une piscine : tout un symbole pour des enfants qui ont traversé la mer qui n’a rien de l’image d’Épinal des touristes qui se pressent sur les plages. Évidemment, Tout va bien va déplaire à tous ceux qui se rebellent contre les migrants en France, et c’est heureux. Car le film est d’abord un ensemble de vignettes délicates, humaines, loin des clichés racistes qui hantent certains discours politiques. Il faut se réjouir qu’un distributeur comme Jour2fête donne à voir sur un grand écran ces visages d’adolescents qu’une partie de la presse confine trop souvent à des envahisseurs sans foi ni loi. Au contraire, comme en témoigne l’un d’eux, ils savent ce qu’ils sont venus chercher ici en France, et aspirent tous à une existence quiète, heureuse et intégratrice.

- Copyright 2025 UNITÉ - SOMECI
Tout va bien s’attache à montrer les jeunes gens dans les institutions scolaires, comme une preuve de leur détermination à réussir leur insertion. Le film rend un hommage mérité aux travailleurs sociaux qui accompagnent dans l’ombre tous ces mineurs venus de tout le monde. En l’occurrence, Thomas Ellis qui a pu découvrir l’association à l’occasion de sa carrière de comédien, valorise Addap 13 qui reçoit à Marseille des mineurs fraichement débarqués sur le territoire. Pas d’effusions lacrymales inutiles, ni de simagrées pathétiques. Le cinéaste va à l’essentiel à travers ces portraits où, avant de voir des migrants, l’on rencontre une jeunesse et sa belle soif de vie.
Ce cinéma militant est juste enthousiasmant. Le piano très humble qui accompagne le récit est à l’image du film tout entier : des portraits pudiques, mesurés, qui permettent aux spectateurs de comprendre ce qui peut pousser des jeunes gens à quitter leur famille pour rejoindre l’inconnu en Europe. On donnera une mention particulière à Aminata qui, malgré sa belle détermination à s’insérer durablement, fuit en réalité un mariage forcé ; les mots qu’elle prononce à sa mère pointent, en filigrane, des violences sexuelles insupportables qu’elle n’a eu de cesse de subir.
Galerie Photos
Votre avis
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.
















