Le 21 mai 2026
À travers le destin extraordinaire d’une basketteuse lettone, Uļjana Semjonova, le cinéaste joue sur l’ambiguïté identitaire et sexuelle de son héroïne, ce à quoi s’ajoute la question de son acromégalie. Une prestation exceptionnelle de l’acteur Kārlis Arnolds Avots.
- Réalisateur : Viesturs Kairiss
- Acteurs : Chulpan Khamatova, Kārlis Arnolds Avots, Alise Dzene, Dārta Cīrule
- Genre : Drame, Biopic, LGBTQIA+, Teen movie, Noir et blanc
- Nationalité : Polonais, Letton, Lituanien, Estonien
- Distributeur : Destiny Films
- Durée : 1h42mn
- Festival : Festival de Cannes 2026
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– Festival de Cannes 2026 : Sélection officielle, Un Certain Regard
Résumé : Lettonie, 1964. Ulya, une adolescente mesurant près de deux mètres, grandit dans une ferme isolée. Sa taille hors norme inquiète sa famille. Elle est envoyée à Riga pour intégrer une équipe renommée de basket-ball. Confrontée à sa taille et à des questionnements sur son identité, elle se trouve face à un choix : se cacher ou devenir la meilleure joueuse de basket-ball au monde.

- © 2026 Festival de Cannes
Critique : On pourrait penser qu’Ulya est un biopic de la championne olympique Uļjana Semjonova. En réalité, si Viesturs Kairiss, cinéaste letton, hélas encore inconnu en France, s’inspire bien de l’histoire réelle de cette femme qui était de très grande taille, il fait le choix ingénieux de faire porter le rôle par un acteur, Kārlis Arnolds Avots, apportant au long-métrage une tonalité supplémentaire sur la dimension sexuelle de l’héroïne. Dans la fiction, il n’y a aucun doute, c’est une femme ; et pourtant la voix grave, la posture et toutes les représentations liées à elle par les personnes de son village, sèment le doute, le spectateur lui-même étant à son tour emporté par le questionnement.
Car la jeune femme est avant tout une paysanne des années 1960, attachée à son territoire, aux animaux qu’elle élève avec sa famille et aux coutumes locales, imprégnées d’un fort attachement aux valeurs religieuses traditionnelles. Le fait qu’elle soit extraordinairement grande la conduit à être choisie pour intégrer l’équipe de basket féminin de la Lettonie, avec pour perspective de jouer dans l’équipe nationale soviétique. Le film décrit du coup les apprentissages dont elle a été l’objet, à commencer l’acculturation à l’environnement urbain de Riga, et la nécessité de se positionner comme femme, du fait de l’étrange masculinité dont elle est affublée.

- Copyright Destiny Films
Ulya est d’abord un film très beau d’un point de vue visuel et musical. Le réalisateur adopte une photographie en noir et blanc, qui se double d’un ensemble d’effets très beaux jouant sur la lumière, le grain de l’image et les flous. La posture esthétique assumée rappelle d’une certaine façon, la manière dont le Russe Andreï Zviaguintsev aborde le tragique en renforçant la dimension esthétique. Viesturs Kairiss fait le même pari, accentuant l’atmosphère poétique du film, comme pour compenser ce qui se jouait à l’époque dans la Russie, à savoir une radicalisation du pouvoir communiste. La beauté des images nourrit ainsi, en miroir, la beauté intérieure d’Ilya, perturbée à la fois par le fait qu’on la remarque pour sa grande taille et qu’elle puisse être confondue avec un homme. La mise en scène refuse toute brutalité, tout excès lacrymal, pour en réalité se centrer sur la douleur du personnage principal qui, peu à peu, apprend à devenir soi.
Cette quête fait du long-métrage un objet de cinéma fascinant. La dimension initiatique est présente tout le long du récit où le réalisateur questionne avec force les identités sexuelles, sociales et culturelles dans un environnement marqué par l’asservissement au régime soviétique. Plus largement, ce questionnement dépasse celui du contexte historique et oblige le spectateur à s’interroger sur les identités hybrides dont nous sommes tous constitutifs. Ulya est un film à la fois majestueux et humble, auquel le comédien letton Kārlis Arnolds Avots apporte une incontestable grâce.
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