Le 23 mai 2026
Laetitia Masson, enfin de retour sur les écrans, invite non pas à un voyage dans l’Odyssée, mais dans le handicap et tous les freins administratifs et institutionnels qui empêchent une inclusion réussie. Une œuvre sensible et nécessaire.
- Réalisateur : Laetitia Masson
- Acteurs : Stanislas Merhar, Élodie Bouchez, Romane Bohringer, Anne Consigny, Aurore Broutin, Gringe , Alphonse Roberts, Sebastian Judea, Thomas Badinot
- Genre : Drame, Film pour ou sur la famille
- Nationalité : Français
- Distributeur : ARP Sélection
- Durée : 1h37mn
- Date de sortie : 17 juin 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026
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– Festival de Cannes 2026 : Sélection officielle, Un Certain regard, clôture
Résumé : Alice, chercheuse en sociologie, découvre qu’elle est enceinte. Luc, son mari, exulte. Ce sera un garçon ! Ils l’appelleront Ulysse. Sauf qu’à un an, Ulysse ne rentre pas dans les courbes. Trop petit, trop maigre. Les pédiatres s’interrogent et le verdict tombe : syndrome génétique. Ulysse ne sera pas comme les autres. Mais comment sera-t-il ? Mystère. Commence alors la très particulière odyssée d’Ulysse : marcher, parler, apprendre, comprendre, s’épanouir. Alice se lance dans l’aventure, déterminée à ce qu’Ulysse trouve sa place dans le monde.

- © 2026 Festival de Cannes
Critique : Parler de handicap au cinéma est toujours un exercice complexe, si l’on ne veut pas succomber au mélodrame larmoyant. La réalisatrice de La repentie revient sur les écrans avec un film qui dresse en partie le portrait clinique d’un handicap, et présente des situations qui empêchent tant de personnes à trouver leur place dans la société. Ulysse est construit autour du combat d’une mère, et dans une moindre mesure d’un père, afin de permettre à leur fils, Ulysse, atteint d’un handicap cognitif rare, de se construire un avenir durable. Le récit démarre avec la grossesse d’Alice et traverse tous les axes d’évolution de l’enfant, qu’il s’agisse de l’acquisition de la marche, le développement de la capacité de se nourrir et son insertion scolaire et professionnelle.

- Copyright ARP 2026
Tous les parents d’un jeune en situation de handicap se retrouveront dans cette histoire qui fait la démonstration d’une inadaptation des moyens et des institutions spécialisées ou de droit commun pour ne serait-ce accueillir ces enfants. Laetitia Masson décrit la machine à broyer les motivations des jeunes ou de leurs parents, et surtout la façon dont la société toute entière, pourtant pétrie de bonnes intentions, génère l’exclusion. Il faut une actrice de la dimension d’Élodie Bouchez pour incarner la mère de famille. L’actrice, proprement solaire, a tout de la grâce, de la fragilité et de la force à la fois pour porter son personnage qui ne baisse jamais les bras. La réalisatrice a dressé le portrait d’une mère à la limite du déni, convaincue que le handicap est dépassable, à l’inverse d’autres situations réelles où les parents rejettent leur enfant. L’expérience montre que les parents d’enfant en situation de handicap sont rarement mesurés, basculant soit dans la survalorisation des aptitudes et des compétences de leur progéniture, soit au contraire, dans la dévalorisation totale. L’explosion du couple est aussi très bien montrée, d’autant plus que les statistiques sont claires sur le sujet : ce sont toujours les mères qui se retrouvent seules à accompagner leur enfant.
On trouve beaucoup d’amour dans ce récit. Laetitia Masson laisse parler le langage du cœur avec une série de personnages hauts en couleur, comme cette amie excentrique et bourrée d’énergie (Romane Bohringer), ou évidemment cette mère d’une combativité extraordinaire. La musique est très présente, en écho à la profession exercée par le père (Stanislas Merhar). On reconnaît Bach, Schumann, Chopin, Debussy, Schubert, et tant d’autres qui savent faire parler les pianos. Le plaisir est évident à l’écoute des œuvres, qui accompagnent avec justesse l’émotion qui se dégage du récit.

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On ne peut pas se taire sur le financement du film. Le générique confirme qu’aucune télévision n’a donné le moindre centime pour sa production. Seul le CNC joue le jeu, signe que cette institution fortement remise en cause par certains politiques a toute sa place dans le paysage cinématographique. On espère que le refus de financement n’est pas lié au sujet lui-même, ce qui viendrait corroborer le cri de colère de cette mère qui ne trouve aucune place correspondant aux besoins de son fils. Le seul bémol du film demeure quelques invraisemblances de scénario : on est surpris pas la facilité déconcertante de la mère à faire accepter son enfant dans diverses institutions médico-sociales, quand on sait le parcours de combattant pour faire scolariser aujourd’hui un élève en situation de handicap.
Visuellement et techniquement, Ulysse demeure d’une facture assez classique. Laetitia Masson ne cherche pas à révolutionner le formalisme avec son film. Son regard se focalise avant tout sur la question du handicap, rarement montrée du point de vue des administrations et des institutions, peu enclines à promouvoir l’inclusion en dépit de leurs discours officiels. Le long-métrage invite les professionnels du secteur médico-social, le corps enseignant et les médecins à réfléchir sur leurs pratiques professionnelles et à transformer leurs représentations du handicap. L’enjeu est urgent. Il ne reste plus qu’à espérer qu’après un tel film, les regards et les pratiques professionnelles évolueront.
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