Le 26 mars 2026
Une Mention spéciale Caméra d’or amplement méritée pour un premier film qui traduit avec grâce et profondeur les ravages de la dictature au Niger à travers le périple d’un père et ses deux garçons. Saisissant.
- Réalisateur : Akinola Davies
- Acteurs : Sope Dirisu, Chibuike Marvellous Egbo, Godwin Egbo, Efon Wini
- Genre : Drame, Film pour ou sur la famille
- Nationalité : Britannique, nigérien
- Distributeur : Le Pacte
- Durée : 1h33mn
- Date de sortie : 25 mars 2026
- Festival : Festival de Cannes 2025
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Résumé : Un récit semi-autobiographique se déroulant sur une seule journée dans la capitale nigériane, Lagos, pendant la crise électorale de 1993. Un père tente de guider ses deux jeunes fils à travers l’immense ville alors que des troubles politiques menacent.
Critique : Ils sont deux frères, au bord de leur maison, dans un village paisible du Niger, comme abandonnés à eux-mêmes avec une mère qui travaille beaucoup et un père absent. Ils jouent et veillent l’un sur l’autre, jusqu’au moment où, miracle du cinéma et de la vie, le père ressurgit au milieu de la demeure familiale pour engager avec ses deux fils un périple au cœur de la capitale nigérienne, Lagos. Les élections présidentielles sont la principale préoccupation du peuple pendant que l’État en place tente de minimiser les pénuries d’essence et un massacre récent dans un camp de réfugiés.
On n’aura pas vu depuis longtemps sur les écrans un aussi beau film traiter de la paternité. C’est une paternité en forme de météorite, puisqu’elle se déroule sur une seule journée, au milieu d’une ville, au bord du chaos politique et social. L’homme a entraîné ses enfants loin du village pour récupérer son salaire, car il sait à demi-mots que l’issue sera tragique, d’autant qu’il saigne étrangement du nez, comme un présage d’une maladie terrible. Un jour avec mon père est évidemment une œuvre autobiographique, qui fait la démonstration du pouvoir de résilience du réalisateur, précipité, lorsqu’il était enfant, au milieu des massacres orchestrés par le pouvoir en place. Il y a d’ailleurs dans le projet initial une véritable volonté de faire un film de cinéma. Les plans sur la ville ou les paysages sont superbes, ce qui n’enlève jamais la profondeur du scénario.

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Tous les acteurs non professionnels sont exceptionnels, à commencer par les deux jeunes garçons qui interprètent les deux frères. Tous les deux regardent le monde des adultes se dérouler autour d’eux avec à la fois grâce et inquiétude. Ils sont tout autant immergés dans l’histoire de leur famille que celle de tout un pays qui cède à la révolution et la terreur. L’enfance est perceptible dans chacun de leurs gestes, alors qu’autour d’eux le pire se fait ressentir. La présence des soldats permanente sur leur chemin n’est jamais inquiétante, tant l’innocence de l’enfance l’emporte sur le drame social, familial et politique. On pense à cette scène superbe où le plus jeune tend la main à un gamin des rues, handicapé, qu’il regarde d’abord comme un être intègre comme lui.
Le comédien qui joue le père est tout aussi stupéfiant. La relation qu’il forme avec les deux enfants est pétrie d’autorité, de sensibilité, d’amour et de vérité. Tout ce qu’un père rêve d’apporter à un fils. Sa posture est toujours juste, digne, et on pressent au fur et à mesure que le film se déroule l’imminence de sa disparition et le poids de l’inquiétude. Les femmes sont plus absentes dans ce récit, et les quelques-unes qui ponctuent la fiction éclairent le long-métrage d’une grâce supplémentaire.

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En dépit du contexte terrible où se joue l’histoire, Un jour avec mon père n’est jamais désespéré et pesant. Les personnages principaux et tous ceux rencontrés sur le chemin offrent au film une forme de légèreté totalement paradoxale avec la réalité du Niger. On saisit de l’intérieur ce qui peut pousser des familles entières à quitter leurs terres pour solliciter l’asile politique. L’impuissance démocratique est totale face à des gouvernements tout-puissants et sans pitié.
Un jour avec mon père a ravi à Cannes en 2025 la mention spéciale Caméra d’or et on le comprend fort bien. Parmi tous les premiers films présentés à la Croisette, celui-ci est habité d’une force narrative et d’une puissance émotionnelle remarquables. Il faut rajouter que les films africains ne sont pas les plus nombreux pendant le Festival, ce qui justifie encore plus l’intérêt majeur de se précipiter en salle pour le découvrir.
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