La trilogie Wives
Le 20 juin 2026
Le second volet de la trilogie Wives permet de retrouver les trois personnages féminins toujours en quête d’un idéal de vie. Une mise en scène magistrale au service d’un récit attachant.
- Réalisateur : Anja Breien
- Acteurs : Anne Marie Ottersen, Katja Medbøe, Frøydis Armand
- Genre : Comédie dramatique
- Nationalité : Norvégien
- Distributeur : Malavida Films
- Durée : 1h28mn
- Titre original : Hustruer - ti år etter
- Date de sortie : 1er avril 2026
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– Année de production : 1985
Résumé : Kaja, Mie et Heidrun se retrouvent lors d’une soirée, dix ans après leur première escapade. Elles quittent cette fête ensemble, un brin éméchées, décidant de ne pas rentrer. Elles vont être de nouveau confrontées chacune aux incohérences de leur vie quotidienne, amoureuse et sociale.
Critique : La cinéaste norvégienne Anja Breien intégra en 1962 le département réalisation de l’IDHEC (qui deviendra la Fémis) et fut la première femme à suivre cette formation. Elle est l’autrice d’une œuvre résolument féministe, mésestimée en son temps, malgré la sélection dans des festivals de films tels que Le viol (Quinzaine des Réalisateurs 1971) et L’héritage (compétition officielle Cannes 1979). En 2026, le distributeur Malavida a permis de découvrir ou redécouvrir sept films de la réalisatrice, dont la trilogie Wives : seul son premier segment avait connu une sortie dans les salles françaises, en 1977. Anja Breien est décédée peu de temps après le début de la seconde partie de la rétrospective. La trilogie Wives comprend trois longs métrages de fiction réalisés à une décennie d’intervalle, entre 1975 et 1996. Un ton oscillant entre la comédie et la mélancolie imprègne ces récits complémentaires, axés sur l’amitié entre trois femmes, Mie, Kaja et Heidrun. Dans chaque épisode, ces anciennes camarades d’école se revoient et font le point sur leur existence, en veillant à profiter au maximum de leur retrouvailles à l’occasion d’une virée festive. D’aucuns ont évoqué un Husbands au féminin pour caractériser l’univers de cette trilogie, ce qui nous semble réducteur. Le cinéma de Breien possède certes la liberté de ton et de mouvement du cinéma de John Cassavetes. Mais la réalisatrice impose une griffe propre, mêlant huis clos et échappées vers l’extérieur. Sa démarche est plus ethnologique, tout en s’inscrivant dans la mouvance des Nouvelles Vagues européennes. On pense en particulier à l’approche de certaines de ses consœurs réévaluées elles aussi ces dernières années : la Tchèque Věra Chytilová, la Suédoise Mai Zetterling et la Hongroise Judith Elek. On aura compris que la trilogie Wives est bien plus qu’une curiosité pour cinéphiles : cette pépite narrative et visuelle doit trouver la place qu’elle mérite dans l’histoire du septième art.

- © Malavida Films
Wives 2 : 1985. Dix années ont passé depuis l’escapade mouvementée des trois amies. Un dîner festif et déguisé chez Heidrun, quelque temps avant Noël, permet au trio de se reconstituer. Les désormais quadragénaires ont connu quelques changements dans leur condition de femme. Heidrun vit de petits boulots et ne rentabilise pas sa nouvelle formation de ramoneur. Divorcée, elle est la maîtresse d’un ingénieur séparé de son épouse mais attaché à sa vie familiale car père d’un petit garçon. Mie a elle aussi rompu avec son mari et se partage entre un amant de son âge souvent absent et un jeune homme qui pourrait être son fils et s’avère volage. Seule Kaja n’a pas rompu son lien de mariage, et reste amoureuse de son mari, bien qu’elle ne lui soit pas toujours fidèle… Les coupes de cheveux des années 1980, la musique de cette décennie et les quelques rides des protagonistes font bien comprendre le passage du temps : l’ellipse narrative entre ces deux volets de la trilogie n’importune nullement le spectateur. Wives 2, 10 ans après déroute d’abord, tant la cinéaste semble peiner à relancer la dynamique d’écriture et de mise en scène du premier opus. Mais dès la séquence des facéties dans un supermarché, où l’une des copines se voit défier de draguer le premier homme monté de l’escalator, qui s’avère être le père Noël, le film trouve son rythme et sa voie. Si Wives 2, 10 ans après peut paraître moins féministe que son prédécesseur, c’est que les eighties s’y prêtent moins : une période où l’on se repose sur les acquis obtenus dans les années 1960 et 70, et qui voit d’autres revendications sociétales émerger. Pourtant, le propos d’Anja Breien demeure de déplorer le statut toujours précaire de la femme dans la société occidentale, y compris en Norvège. Les trois amies ne sont certes pas à plaindre sur le plan matériel : elles peuvent même se payer une suite dans un hôtel de luxe pour échapper à la journée de Noël en famille. Mais elles sont toujours ramenées à leur condition de mère, d’épouse et de maîtresse, malgré quelques avancées professionnelles. Comme dans le film originel, on apprécie chez la cinéaste sa capacité à fondre la farce dans la mélancolie, comme l’atteste le long passage sur le week-end mouvementé à Malmö. Et la guerre des sexes version Breien n’exclut pas la présence de personnages masculins que l’on ne saurait réduire à une masculinité toxique, tel l’hôtelier se donnant un mal fou pour accorder à ces dames un séjour de rêve. Wives 2, 10 ans après est donc une bien jolie suite confirmant le talent d’une grande cinéaste dont la filmographie reste injustement méconnue.

- © Malavida
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