La trilogie Wives
Le 20 juin 2026
Le premier volet de la trilogie Wives frappe par sa liberté et sa profondeur. Cette hymne à l’amitié et à la liberté des femmes, tout en nuances et ruptures de ton, est emblématique de l’art d’une cinéaste méconnue.
- Réalisateur : Anja Breien
- Acteurs : Anne Marie Ottersen, Katja Medbøe, Frøydis Armand
- Genre : Comédie dramatique
- Nationalité : Norvégien
- Distributeur : Malavida Films
- Durée : 1h24mn
- Reprise: 1er avril 2026
- Titre original : Hustruer
- Date de sortie : 28 septembre 1977
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– Année de production : 1975
Résumé : Trois amies d’enfance se revoient lors d’une fête donnée en l’honneur de leur ancienne institutrice. Retrouvant leur complicité, désireuses de prolonger ce bon moment partagé, elles décident d’abandonner famille et travail pour passer la journée ensemble. L’occasion de prendre conscience de leur situation individuelle et de faire le point sur leur vie.
Critique : La cinéaste norvégienne Anja Breien intégra en 1962 le département réalisation de l’IDHEC (qui deviendra la Fémis) et fut la première femme à suivre cette formation. Elle est l’autrice d’une œuvre résolument féministe, mésestimée en son temps, malgré la sélection dans des festivals de films tels que Le viol (Quinzaine des Réalisateurs 1971) et L’héritage (compétition officielle Cannes 1979). En 2026, le distributeur Malavida a permis de découvrir ou redécouvrir sept films de la réalisatrice, dont la trilogie Wives : seul son premier segment avait connu une sortie dans les salles françaises, en 1977. Anja Breien est décédée peu de temps après le début de la seconde partie de la rétrospective. La trilogie Wives comprend trois longs métrages de fiction réalisés à une décennie d’intervalle, entre 1975 et 1996. Un ton oscillant entre la comédie et la mélancolie imprègne ces récits complémentaires, axés sur l’amitié entre trois femmes, Mie, Kaja et Heidrun. Dans chaque épisode, ces anciennes camarades d’école se revoient et font le point sur leur existence, en veillant à profiter au maximum de leur retrouvailles à l’occasion d’une virée festive. D’aucuns ont évoqué un Husbands au féminin pour caractériser l’univers de cette trilogie, ce qui nous semble réducteur. Le cinéma de Breien possède certes la liberté de ton et de mouvement du cinéma de John Cassavetes. Mais la réalisatrice impose une griffe propre, mêlant huis clos et échappées vers l’extérieur. Sa démarche est plus ethnologique, tout en s’inscrivant dans la mouvance des Nouvelles Vagues européennes. On pense en particulier à l’approche de certaines de ses consœurs réévaluées elles aussi ces dernières années : la Tchèque Věra Chytilová, la Suédoise Mai Zetterling et la Hongroise Judith Elek. On aura compris que la trilogie Wives est bien plus qu’une curiosité pour cinéphiles : cette pépite narrative et visuelle doit trouver la place qu’elle mérite dans l’histoire du septième art.

- © Malavida Films
Réalisé en 1975, en pleine première vague féministe, Wives ne saurait se réduire à un film militant et dépasse, par sa délicatesse, bien des œuvres de la même époque ayant voulu cerner la condition féminine, y compris L’une chante, l’autre pas de Varda, certes sincère dans ses intentions. Pourtant, le propos d’Anja Breien est clair : dénoncer l’aliénation de trois femmes insatisfaites de leur sort. Heidrun (Frøydis Armand) est la seule des trois amies qui a un emploi, mais elle doit affronter un supérieur hiérarchique autoritaire, sexiste et coutumier des abus de pouvoir. Mie (Anne Marie Ottersen), femme au foyer, ne supporte pas la vie routinière avec son époux qui la trompe et qu’elle trompe. Quant à Kaja (Katja Medbøe), elle vit mal sa nouvelle grossesse et souhaiterait une vie moins banale que celle proposée par son riche mari, auquel elle est pourtant attachée. Ces sentiments sont révélés par une série de conversations au sein de décors divers : l’appartement d’une ancienne institutrice dont on fête l’anniversaire, un pub où l’on s’enivre après être passé par la case salon de thé. Mais la démarche d’Anja Breien n’est ni revancharde ni lourdement didactique. Il est clair que la société norvégienne n’échappe pas au patriarcat, malgré son caractère progressiste et l’évolution des mœurs, mais le scénario n’est ni doloriste ni démonstratif. La virée improvisée des trois amies de longue date dépasse largement la simple « soirée entre filles ». Elle relève davantage d’une transgression post-adolescente, tout en révélant le mal-être de femmes auxquelles la société refuse un statut valorisant. L’une des meilleures scènes de Wives est ainsi celle où la réalisatrice, optant pour une fausse improvisation et un simulacre de caméra cachée, filme ses trois anti-héroïnes se livrant à un comportement espiègle vis-à-vis d’hommes ordinaires croisés sur un boulevard d’Oslo. Cette incursion du burlesque pour cerner les fêlures de personnages fragiles n’est pas la moindre qualité de ce premier segment qui révélait déjà une grande réalisatrice. Le film obtint une mention décernée par le Jury œcuménique, lors de sa présentation au Festival de Toronto.

- © Malavida
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