La trilogie Wives
Le 20 juin 2026
Le troisième volet de cette trilogie majeure mêle désillusion et optimisme dans une réflexion sensible sur le vieillissement. En dépit de quelques chutes de rythme, le récit demeure attachant.
- Réalisateur : Anja Breien
- Acteurs : Anne Marie Ottersen, Katja Medbøe, Frøydis Armand
- Genre : Comédie dramatique
- Nationalité : Norvégien
- Distributeur : Malavida Films
- Durée : 1h16mn
- Titre original : Hustruer III
- Date de sortie : 1er avril 2026
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– Année de production : 1996
Résumé : Mie, Heidrun et Kaja se retrouvent pour fêter les cinquante ans de cette dernière. Elles en profitent pour faire un point sur leurs vies, leurs hommes, leurs enfants et leurs parents vieillissants... Elles évoquent aussi leurs rêves, et leurs craintes grandissantes de ne pas parvenir à les réaliser.
Critique : La cinéaste norvégienne Anja Breien intégra en 1962 le département réalisation de l’IDHEC (qui deviendra la Fémis) et fut la première femme à suivre cette formation. Elle est l’autrice d’une œuvre résolument féministe, mésestimée en son temps, malgré la sélection dans des festivals de films tels que Le viol (Quinzaine des Réalisateurs 1971) et L’héritage (compétition officielle Cannes 1979). En 2026, le distributeur Malavida a permis de découvrir ou redécouvrir sept films de la réalisatrice, dont la trilogie Wives : seul son premier segment avait connu une sortie dans les salles françaises, en 1977. Anja Breien est décédée peu de temps après le début de la seconde partie de la rétrospective. La trilogie Wives comprend trois longs métrages de fiction réalisés à une décennie d’intervalle, entre 1975 et 1996. Un ton oscillant entre la comédie et la mélancolie imprègne ces récits complémentaires, axés sur l’amitié entre trois femmes, Mie, Kaja et Heidrun. Dans chaque épisode, ces anciennes camarades d’école se revoient et font le point sur leur existence, en veillant à profiter au maximum de leur retrouvailles à l’occasion d’une virée festive. D’aucuns ont évoqué un Husbands au féminin pour caractériser l’univers de cette trilogie, ce qui nous semble réducteur. Le cinéma de Breien possède certes la liberté de ton et de mouvement du cinéma de John Cassavetes. Mais la réalisatrice impose une griffe propre, mêlant huis clos et échappées vers l’extérieur. Sa démarche est plus ethnologique, tout en s’inscrivant dans la mouvance des Nouvelles Vagues européennes. On pense en particulier à l’approche de certaines de ses consœurs réévaluées elles aussi ces dernières années : la Tchèque Věra Chytilová, la Suédoise Mai Zetterling et la Hongroise Judith Elek. On aura compris que la trilogie Wives est bien plus qu’une curiosité pour cinéphiles : cette pépite narrative et visuelle doit trouver la place qu’elle mérite dans l’histoire du septième art.

- © Malavida Films
Wives 3 : Des extraits des deux premiers volets sont projetés au pré-générique. L’une des trois amies déclarait à la fin de Wives 2 : « N’attendons pas dix ans avant de nous revoir. » On imagine le plaisir éprouvé par les spectateurs norvégiens du milieu des années 1990 face aux retrouvailles des trois anti-héroïnes. Il en va de même aujourd’hui pour le public français, à l’occasion de ce segment qui clôture la trilogie mise en avant par le distributeur Malavida. 1996 : le cinquantième anniversaire de Kaja est fêté, avec une dizaine de copines, dans un tramway d’Oslo. Il s’agit des mêmes femmes côtoyées dans les fêtes d’exposition des épisodes précédents. Comme à leur habitude, les trois protagonistes finissent la journée ensemble. Que sont-elles devenues ? Kaja a quitté son mari et tient toujours un magasin de brocante, aidée par sa vieille mère, qui n’a plus toutes ses aptitudes mentales. Heidrun est au chômage, entre deux périodes d’activité commerciale, et essaie d’entamer l’écriture d’un roman. Mie a repris ses études et occupe un poste de directrice d’école. Sa vie amoureuse, comme celle de Kaja, n’est pas stable, tandis que Heidrun a deux amoureux avec lesquels elle vit. Les péripéties burlesques concernant les trois femmes sont moins récurrentes que par le passé. Le vol d’une statue nationale, auquel elles se trouvent indirectement mêlées, ainsi qu’une fuite en moto, rappellent toutefois le caractère facétieux des protagonistes. Mais ce ne sont pas les séquences les plus frappantes du segment. Wives 3 est plus sombre que ses prédécesseurs. On y parle de décrépitude physique, de maladie, de mort… Les trois amies sont particulièrement amères quant au bilan de leur existence, malgré des lueurs d’optimisme, et éprouvent de l’angoisse face à leur avenir. N’ont-elles pas gâché leur vie pour n’avoir que partiellement assouvi leurs projets ? Le propos sur la cause féminine, bien que réel dans les intentions d’Anja Breien, n’est pourtant pas explicite dans la narration. Vingt-cinq ans après l’apogée du premier mouvement féministe, et un quart de siècle avant #MeToo, la défense du droit des femmes n’occupait pas la même centralité en 1996. Le récit insiste d’ailleurs sur d’autres préoccupations sociétales, dont la montée du nationalisme et du racisme, le manque de moyens accordé à l’université et la question de la fin de vie. Wives 3 n’est peut-être pas le meilleur des trois volets : l’humour n’est pas toujours fin, la mise en scène manque parfois de rythme, et surtout on dénote une référence excessive à des scènes de Wives 1 et Wives 2, comme si la cinéaste peinait à projeter ses trois personnages dans le présent. C’est d’ailleurs le problème d’autres fins de séries de films, à l’instar de L’amour en fuite de Truffaut. Mais l’ensemble est de bonne tenue, et s’inscrit en cohérence avec l’esprit et le style de la trilogie. Après Wives 3, Anja Breien signera cinq courts métrages et un film de format moyen, Jezidi, en 2009. Il est regrettable que cette réalisatrice, tardivement révélée au public français et comptant parmi les meilleures de sa génération, n’ait pas eu davantage l’occasion de déployer son art.

- © Malavida
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