Le 17 mars 2026
Sur fond de censure politique, une réflexion pertinente sur les conséquences familiales d’un autoritarisme d’État qui pourrait bien gagner une bonne partie de la planète.
- Réalisateur : Ilker Çatak
- Acteurs : Tansu Biçer, Özgü Namal, Leyla Cabas
- Genre : Drame, Politique
- Nationalité : Français, Allemand, Turc
- Distributeur : Haut et Court
- Durée : 2h08mn
- Titre original : Sari Zarflar
- Date de sortie : 1er avril 2026
- Festival : Festival de Berlin 2026
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Résumé : Professeur à la faculté d’Ankara, Aziz reçoit la « lettre jaune » qui lui signifie arbitrairement sa révocation. Quand sa femme Derya, célèbre comédienne au théâtre national, la reçoit à son tour, c’est le coup de grâce pour le couple. L’un et l’autre, condamnés pour leurs idées, sont obligés de se réfugier à Istanbul chez la mère d’Aziz. Le compromis entre cette précarité nouvelle et leur engagement politique va mettre leur mariage à l’épreuve.
Critique : En 2024, le réalisateur allemand d’origine turque Ilker Çatak se fait remarquer avec La salle des profs. Sa mise en scène précise et son regard acéré sur les fractures de nos sociétés occidentales (allemande en l’occurrence) lui valent plusieurs récompenses et même d’être en lice pour l’Oscar du meilleur film étranger.
Cette fois, il porte le regard vers la Turquie, ce pays où il a grandi, où toute opposition est aujourd’hui muselée, et remporte l’Ours d’or au Festival de Berlin 2026.
En 2019, il avait reçu les témoignages de nombreux intellectuels et artistes turcs suspendus dans leur fonction et traduits en justice, pour avoir signé une pétition pour la paix. Pour mieux observer ces purges massives, il prend du recul et pose sa caméra en Allemagne. Ainsi, en première partie, un panneau nous informe que Berlin sert de décor à Ankara et en deuxième partie Hambourg se substitue à Istanbul.

- © Haut et Court
Le film s’ouvre sur une scène de théâtre. Les applaudissements crépitent pour saluer la performance de la comédienne principale, tandis qu’en coulisses son mari, metteur en scène de l’œuvre qui vient d’être jouée, ne cache pas son admiration. Le spectacle est suivi d’un cocktail, réunissant le gratin artistique et politique du pays. Une manière habile et élégante d’amener la réflexion sur le rôle de la culture, la place que toute société peut ou doit lui accorder, la raison d’être de ses acteurs et surtout la taille de l’espace de liberté personnelle auquel chacun peut prétendre quand l’art unit et occupe un couple passionné par son métier. À coups d’intrigues à répétition, le scénario balance entre censure politique et engagements artistiques, hésitant longuement sur la voie à suivre jusqu’à ce qu’il choisisse de s’intéresser plus particulièrement aux conséquences familiales et conjugales des humiliations quotidiennes auxquelles sont soumis ses personnages.

- © Haut et Court
Au cœur d’une mise en scène qui, habilement, fait monter la sensation d’enfermement, sont décryptés les doutes et la lente dégradation d’un couple actif et complice, désormais condamné à l’immobilisme et à la précarité. Des conditions soudainement favorables à la révélation de malentendus latents, de pensées jusque-là refoulées. Toutes ces incertitudes sont élégamment transmises par l’impeccable duo d’acteurs composé de Özgü Namal et Tansu Biçer auquel il convient d’adjoindre la jeune Leyla Cabas. Dans le rôle de cette adolescente perdue, témoin du désarroi de ses parents, elle démontre avec conviction combien la perte d’idéologie politique peut provoquer des répercussions bien plus profondes et pernicieuses qu’il n’y paraît sur toute la sphère familiale.
Drame politique inégal mais intense, Yellow Letters alerte sur les dangers d’un système autoritaire prêt à exclure sans états d’âme tous ceux qui ne s’y conforment pas, et rappelle que la liberté sous toutes ses formes et particulièrement la liberté d’expression, socle de la démocratie, peut être mise à mal dans n’importe quelle partie du globe, même dans les pays les plus développés.
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