Le 3 novembre 2026
Cédric Kahn restitue le vacillement adolescent avec une grâce inouïe. Un film qui va droit au cœur.
- Réalisateur : Cédric Kahn
- Acteurs : Patience Munchenbach, Malou Khebizi, Zoé Monpart, Kenji Peyran, Raphaël Besson, Ahleme Sahraoui, Jade Philip, Laeti Vabre
- Genre : Drame
- Nationalité : Français
- Distributeur : Ad Vitam
- Durée : 1h44mn
- Date de sortie : 11 novembre 2026
- Festival : Festival de Venise 2026
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Résumé : Lucia, dix-sept ans, est amenée par la police dans une unité de soins pédopsychiatriques d’un hôpital public. Ici, tous les patients ont entre dix et quinze ans. Lucia connaît l’endroit : elle y a déjà fait de nombreux séjours. Elle retrouve son amie Éloïse, hospitalisée de longue durée, mais aussi Yasmine, Camilia, Ulysse, André… Tous ont des pathologies et des parcours différents. Les médecins les soignent, les écoutent et reçoivent leurs parents, tout en gérant un service en surchauffe. Mais un jour, l’arrivée du mystérieux Enzo menace de tout bouleverser.
Critique : Cédric Kahn est un réalisateur qui n’a jamais peur de sortir de sa zone de confort quand il s’agit de faire un film. Après le brillant Procès Goldman, le grand cinéaste de la famille et des existences borderline s’attaque au sujet très sensible de l’adolescence en grande souffrance psychiatrique. L’enjeu est d’une particulière actualité, alors que la souffrance adolescente ne cesse de croître depuis le confinement, et que les lits en pédopsychiatrie fondent comme neige au soleil, avec, en prime, la fuite des soignants de ces univers médicaux. Le récit ressemble moins à une fiction qu’à un documentaire écrit et construit à la manière de Bertrand Tavernier, dans lequel le cinéaste invite le spectateur à poser un regard lucide, mais absolument bienveillant, sur la jeunesse.
Le début est à l’image du film : vif, rythmé et sensible. Une jeune fille est conduite par les services de police dans un service de psychiatrie réservée aux quinze-dix-huit ans. Elle est bien connue du personnel pour ses tentatives de suicide à répétition, ses escapades dans la nature et ses conduites à risque, entre drogue et prostitution. Le réalisateur raconte le quotidien bien connu des travailleurs sociaux et des soignants d’adolescents blessés, qui tentent de se raccrocher désespérément à la vie. La plupart de ces jeunes patients ne sont pas des malades psychiatriques au sens strict du terme, à part peut-être l’un d’eux, qui a succombé à une crise psychotique, ou un autre, dont l’état de santé semble évoluer vers la schizophrénie. Il s’agit avant tout de jeunes gens que leur histoire affective et familiale a bouleversés, avec son lot d’abus sexuels, de manipulations ou de rejets de la part des adultes.

- Copyright Ad Vitam Films
15-18 est loin d’être un film clinique et froid sur la psychiatrie juvénile. Comme toujours dans les films de Cédric Kahn, les personnages endossent le costume de la sensibilité et de la beauté d’âme. Le cinéaste se glisse lui-même dans la peau du chef de service, preuve que ce long-métrage est non seulement le fruit d’un immense travail d’observation dans les couloirs de la pédopsychiatrie, mais aussi que le réalisateur met toute son âme et tout son cœur à humaniser ces oubliés de la vie. L’équipe médicale est elle aussi très joliment filmée, sans jamais céder au voyeurisme des séries hospitalières à succès de ces dernières années. Le regard de Cédric Kahn se fixe avant tout sur les adolescents, pour qui ces semaines s’écoulant entre les murs de l’hôpital ressemblent à des vies suspendues. Les soignants qui les entourent apparaissent alors comme de véritables bouées de sauvetage, les empêchant de sombrer irrémédiablement dans le désarroi.
Cédric Kahn a aussi à cœur de montrer les réussites de la psychiatrie. Des enfants sortent, Dieu merci, avec devant eux la promesse d’une vie certes accompagnée de médicaments, mais qui pourra au moins se poursuivre auprès de leur famille. Pour autant, dans une grâce absolue, le cinéaste filme les âmes fracturées, particulièrement celles de jeunes filles qui peinent désespérément à assumer leur corps meurtri par des abus sexuels. Un personnage très intéressant s’invite au milieu de ces enfants : Enzo, un garçon attachant et dangereux à la fois, amené à l’hôpital parce qu’il vient de planter son éducateur et qui cherche à se sauver d’une vie qui n’est pas la sienne.

- Copyright Ad Vitam Films
15-18 n’est pas un film facile. Cédric Kahn ne ment pas sur l’état limite d’une certaine adolescence française, pour reprendre le titre du réalisateur Nicolas Peduzzi qui avait suivi le travail d’un médecin psychiatre à l’hôpital Beaujon. En même temps, il ne noircit pas ses personnages. De très jolis tableaux musicaux colorent le film, comme des parenthèses au milieu d’un quotidien évidemment triste et perturbé.
En 2014, le réalisateur avait montré son grand talent à filmer l’enfance dans Vie sauvage, à travers le regard d’un père fou et attachant. Ici, les adolescents sont laissés sans repères. Les parents sont absents et, lorsqu’ils se montrent, on comprend alors pourquoi leurs enfants partent à la dérive. Le réalisateur s’attache à filmer des adolescents d’une grande dignité. Kahn ne filme pas la folie : il met en scène l’enfance dans ce qu’elle a de plus grand et de plus fragile à la fois.
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