Le 7 mars 2026
Un regard plus que furtif sur la France rurale marginalisée, qui se conclut sur une autosuffisance citadine.
- Réalisateur : Floriane Devigne
- Genre : Documentaire, Road movie, Politique
- Nationalité : Français, Suisse
- Distributeur : DHR - À Vif Cinémas
- Durée : 1h17mn
- Date de sortie : 18 mars 2026
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Résumé : Dans ce road movie « téléphonique », Floriane Devigne propose une traversée de la France dite « périphérique ». De villages reculés en zones abandonnées, guidée par des conversations téléphoniques récoltées dans les dernières cabines publiques, elle porte un regard amusé, critique et grinçant sur notre société en pleine mutation.
Critique : Quelque chose peut résonner en nous à la vision de ce documentaire. Pendant plus d’une heure, nous entendons, en écho, au loin, la voix tremblotante d’un François Ruffin défendant corps et âme la France rurale et marginalisée. Avec des flashs de François criant très fort qu’il est une figure de gauche importante. On peut penser que cette vision traverse le documentaire de Floriane Devigne.
À travers la disparition des cabines téléphoniques en France, la réalisatrice fait un parallèle avec la France oubliée et mise de côté. On s’extasie et on s’écoute parler sur le fait qu’on pouvait mieux communiquer avant, tout en fétichisant un objet du XXe siècle. À part les deux moments sur le soulèvement de la maternité et le rappel du harcèlement au travail vécu par les salariés de France Télécom, il n’est jamais question de situations sociales concrètes et attaquées en profondeur. Tous les témoignages ne servent que de remplissage sonore.

- © 2026 DHR distribution. Tous droits réservés.
Ensuite, le film transpire de la logique trop souvent exprimée mais pas assez contredite : taper sur le macronisme signifie être de gauche. Un passage image assez bien cette logique soit naïve, soit bête, soit malhonnête, soit les trois. La réalisatrice décide de laisser la parole « à une gauche qui a perdu » : Cécile Duflot. Pour rappel, Cécile Duflot fut la ministre du Logement entre 2012 et 2014, dans un gouvernement qui a mis en place des politiques économiques et immobilières libérales (plafonnement des loyers). Cécile Duflot est un exemple concret d’un virage social-démocrate. Une fois au pouvoir avec des responsabilités, il n’a plus été question de combats sociaux ou écologiques. Donc on lui donne la parole dans un documentaire pour dire, en gros, que le macronisme, ce n’est pas bien (le feu ça brûle) et que ce ne sont pas les lobbys qui signent les lois mais les politiques (oui, et après ?). Mais qui a précisé à Cécile Duflot que ses pairs et elle, sous la présidence Hollande, ont préparé le terrain à une politique où un Macron pourrait débarquer à l’Élysée en un claquement de doigts ?
Au-delà de l’aspect formel très décousu du documentaire, le plus paradoxal et, disons-le, rageant, réside dans les images de fin. Le film se termine dans les rues de Grenoble avec une performance / installation autour des anciennes et nouvelles technologies. Des citadins qui se disent résistants en bricolant. Qu’en est-il des Français de la ruralité oubliée ? Sur fond de musique électro, voici les derniers mots du film :

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« Élégie aux cabines à pièces. Le premier devoir d’une cabine téléphonique, c’est d’offrir un abri, à l’abri des regards tandis que j’enfile mes collants. Un photomaton ferait l’affaire mais on en trouve peu sur la voie publique. Il y en a toujours eu moins que des cabines, jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus. Le second devoir d’une cabine téléphonique, c’est d’être à pièces. Comparé à la consistance d’une carte de recharge avec le métal d’une pièce de monnaie. La troisième chose qui compte vraiment pour une cabine, c’est d’être partout : dans les cafés, les gares, les stations-service et administrations, à la Poste, aux commissariats, sur les plages, au ski, à l’hôpital, au cinéma, au coin de l’église du plus petit village paumé, à l’arrêt de bus, à la fac, au bahut. Le vrai devoir d’une cabine téléphonique, c’est de s’ouvrir au clochard lorsqu’il pleut. C’est de fournir un prétexte pour s’enfuir de la famille, du couple ou de la colocation. On disait “je vais à la cabine”, “je vais téléphoner à la cabine” ?, comme si la cabine était le destinataire de l’appel et c’est pour ça qu’elle répondait. Fouiller dans le bottin, prendre un stylo, gribouiller sur les pages, sur les murs, les parois. Personne ou presque ne volait les annuaires parce que c’était gratuit. À force de téléphoner pour téléphoner ou de se connecter pour savoir à qui téléphoner, on en oublie le téléphone. Ce qui paraît impossible n’est pas loin, il suffit de réapprendre à se souvenir des numéros de téléphone de nos amis, d’avoir un petit calepin pour y noter les autres, les moins importants ainsi que les codes d’immeubles. On passerait à l’improviste dans les bars, chez les gens, on finirait bien par tomber sur quelqu’un. Et c’est mieux que dans l’oubli. Sois le parcours contre la connexion, l’expérience contre la localisation, l’absence choisit et décide contre la disponibilité. Terrible ! Et les vidéos de chatons. »
Tout cela pour conclure sur un discours de boomer réactionnaire et individualiste qui pense rassembler mais ne fait que diviser. Il n’est plus question de problématiques rurales mais seulement de choses désagréables pour le quotidien du citadin. On peut être perplexe face à cette vision déconcertante d’une déconnexion. Laissons ses défenseurs s’en satisfaire...
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