Le 26 novembre 2024
Animale, sans remplir toutes ses promesses, fait figure de proposition solide mais prévisible.


- Réalisateur : Emma Benestan
- Acteurs : Oulaya Amamra, Damien Rebattel, Elies-Morgan Admi-Bensellam, Claude Chaballier
- Genre : Drame, Fantastique, Film animalier
- Nationalité : Français, Belge, Saoudien
- Distributeur : Wild Bunch Distribution
- Date de sortie : 27 novembre 2024
- Festival : Festival de Cannes 2024, NIFFF 2024

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Résumé : Nejma s’entraîne dur pour réaliser son rêve et remporter la prochaine course camarguaise, un concours où l’on défie les taureaux dans l’arène. Mais alors que la saison bat son plein, des disparitions suspectes inquiètent les habitants. Très vite la rumeur se propage : une bête sauvage rôde…
- © NIFFF 2024
Critique : Emma Benastan parvient, dans un premier temps, à nous embarquer dans l’univers de son film, en plantant joliment le décor d’une Camargue idyllique et pleine de mystères. En développant une imagerie qui se rêverait au milieu d’un western de l’âge d’or, elle démarre avec douceur un voyage qui ne cessera de se durcir, tant symboliquement que graphiquement. Dès les premiers dialogues, Oulaya Amamra convainc par sa présence physique et son engagement, intraitables. Isolée dans un univers masculin, caractérisée par sa témérité sans en faire trop, Nejma facilite notre empathie. Dans un temps d’exposition relativement long, ce qui vaut mieux que la précipitation, émerge une aptitude certaine à filmer ces taureaux au cœur de l’intrigue, alors que Benestan se gargarise de leur corps tracé, leur poil ébène et leurs cornes ivoires.
- Copyright JUNE FILMS
Filmés tant comme objet de fascination que source de danger, les taureaux, calmes ou furieux, immobiles ou animés d’une force surnaturelle, offrent quelques séquences de choix et confèrent un bel enjeu dans les phases d’entraînement de notre héroïne. Puis, après l’événement déclencheur dont nous tairons la teneur, Nejma semble en mesure de donner du sens à leurs regards noirs et souffles rauques, dans une transformation progressive vers les limites de l’humain, qui souhaiterait convoquer les souvenirs de grands classiques du fantastique, références que nous garderont secrètes au risque de trop en dévoiler.
Cependant, l’exécution, tant sur la forme que dans l’écriture, provoque quelque amertume, sans confiner au déplaisir. La nature de l’événement déclencheur, révélée au fur et à mesure de l’intrigue, s’évente trop tôt à cause de quelques indices superflus, quelques plans, qui auraient pu être décidés par un producteur inquiet de laisser son spectateur face à trop de mystère. Si telle était l’intention, le pari est perdu, car notre compréhension des faits, rétroactive, tue dans l’œuf tout le suspense d’une deuxième partie qui consiste à cocher, l’une après l’autre, les cases qui mènent à une fin qui a perdu en saveur.
- Copyright JUNE FILMS
Certains choix de réalisation, enfin, interrogent. Si la tenue générale du métrage est bonne, la mise en scène est trop appuyée pour surprendre, et participe à éteindre les surprises de manière prématurée. Les plans subjectifs, eux, du point de vue des taureaux, alourdissent le tout et abaissent le niveau global, qui se voudrait travaillé et classieux.
Une légère déception émane après la projection, plus en rapport avec l’exigence suscitée par le potentiel du film et son entame, que par une qualité défaillante.
– Film traité dans le cadre du Neuchâtel International Fantastic Film Festival 2024 / Compétition internationale