Le 4 octobre 2026
Cette allégorie politico-économique peut paraître mineure au regard de la prestigieuse filmographie du cinéaste, mais elle ne manque ni de mordant ni de virtuosité visuelle.
- Réalisateur : Alejandro González Iñárritu
- Acteurs : Tom Cruise, John Goodman, Sandra Hüller, Riz Ahmed, Michael Stuhlbarg, Jesse Plemons, Robert John Burke, Mercedes Hernández, Burn Gorman , Sophie Wilde, Emma D’Arcy
- Genre : Comédie, Action, Dystopie
- Nationalité : Américain, Britannique, Mexicain
- Distributeur : Warner Bros. France
- Durée : 2h09mn
- Date de sortie : 30 septembre 2026
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Résumé : L’homme le plus puissant au monde se lance dans une mission effrénée pour s’ériger en sauveur de l’humanité avant que la catastrophe, qu’il a lui-même déclenchée, n’anéantisse la planète.
Critique : Produit par Warner Bros., Digger était l’une des œuvres les plus attendues de 2026. D’une part, Alejandro González Iñárritu n’avait plus signé de long métrage de cinéma depuis The Revenant (2015). D’autre part, les derniers films d’auteur de Tom Cruise remontent à 1999 avec Eyes Wide Shut et Magnolia, auxquels on peut ajouter, à la rigueur, dans les années 2000, Minority Report, Collatéral et Munich.
Disons-le d’emblée : Digger n’est pas le meilleur film de son réalisateur. Plusieurs défauts empêchent une adhésion totale. En premier lieu, le récit, coécrit par Iñárritu, est plutôt mou durant son premier quart d’heure, d’autant que les grimaces et le cabotinage de Tom Cruise, qui se la joue un peu trop Actors Studio, prothèses de vieillissement et d’enlaidissement à l’appui, sont parfois pénibles. Les seconds rôles ne sont guère mieux lotis, de Sandra Hüller, sous-utilisée en demi-sœur écolo, à John Goodman, qui vocifère en gros plan dans la peau d’un président des États-Unis réactionnaire et cynique. On touche ici à la deuxième grande limite du film : une esthétique parfois criarde, notamment dans les scènes avec un vieux chat mourant, qui tient par moments de l’esbroufe.

- Tom Cruise
- © 2026 Warner Bros. All Rights Reserved.
De là à affirmer que Digger est un ratage, il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas, tant le récit, allégorie économico-politique, est d’une verve savoureuse, tandis qu’Iñárritu parvient à maintenir la tension narrative et la virtuosité visuelle qu’il avait déployées dans Amours chiennes ou Babel. Digger est le fondateur et le PDG d’une société pétrolière américaine implantée au Groenland. Milliardaire imbu de lui-même, inculte, immoral et autoritaire, il ne tient pas compte des avertissements de ses collaborateurs, qui le préviennent d’une catastrophe écologique imminente si la société ne suspend pas ses activités. La suite est une comédie noire qui enchaîne les situations environnementales et militaires horrifiques, tandis que notre entrepreneur mégalomane tend à se poser en sauveur de l’humanité, à l’occasion d’un discours houleux devant des élus européens. Digger est véritablement drôle dans son traitement d’un sujet tragique, contradiction qui est d’ailleurs abordée à travers les propos de l’un des personnages emblématiques, bien que secondaire, du récit, incarné par Jesse Plemons.

- Tom Cruise
- © 2026 Warner Bros. All Rights Reserved.
Car le film bifurque au bout de trente minutes dans une mise en abyme que nous ne dévoilerons pas, laquelle compense largement les outrances apparentes de la trame initiale. Et, bien évidemment, il n’est pas superflu d’ajouter que Digger constitue une critique virulente du trumpisme, à travers l’évocation de protagonistes populistes et irrationnels qui vont jusqu’à prendre leurs croyances et leurs désirs pour des faits réels — comme dans la séquence jubilatoire de la pénurie de biens alimentaires. En ce sens, Iñárritu prolonge la démarche d’Ari Aster dans Eddington ou de Paul Thomas Anderson avec Une bataille après l’autre.
Il serait dommage de passer à côté de cette œuvre imparfaite mais cohérente avec l’univers de son réalisateur, qui combine avec bonheur sens du spectacle et réflexion.
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