Le 22 avril 2026
Ce récit d’une femme déterminée dans son combat est un très bon feel good movie dont on sort avec une émotion réelle et une colère douce.
- Réalisateur : Steven Soderbergh
- Acteurs : Julia Roberts, Albert Finney, Aaron Eckhart, Peter Coyote, Marg Helgenberger, Cherry Jones, David Brisbin
- Genre : Biopic, Film de procès, Drame juridique
- Nationalité : Américain
- Distributeur : Columbia France
- Durée : 2h11mn
- Date de sortie : 26 avril 2000
- Festival : BAFTA, Critics’ Choice, Les Oscars 2001, Blockbuster Entertainment Award 2001 , Golden Globes 2001
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Résumé : Une mère célibataire au chômage devient assistante juridique et fait tomber presque à elle-même une société californienne d’électricité accusée de polluer les sources d’approvisionnement en eau d’une ville.
Critique : Erin Brockovich, seule contre tous est un film hollywoodien qu’on a tendance à sous-estimer parce qu’il fait bien ce qu’il fait, ne cherche pas à bousculer, assume son désir de plaire et d’émouvoir, et le fait avec suffisamment de soin et d’intelligence pour que ce désir-là ne soit pas une faiblesse mais une position. C’est un très bon feel good movie américain : la formule est réductrice, mais n’est pas fausse ; il doit l’essentiel de sa force à une performance exceptionnelle et à une écriture plus solide qu’on ne le croirait au premier abord. Le film a un peu vieilli dans sa forme mais reste, malgré ses facilités, une œuvre généreuse et bien construite.
Julia Roberts, qui a obtenu pour ce rôle l’Oscar de la meilleure actrice, porte littéralement tout le film. Ce n’est pas une façon de minimiser le reste, mais de reconnaître que sa performance est de celles qui élèvent un projet au-dessus de ses propres limites, donnent à un récit une profondeur et une crédibilité qu’il n’aurait pas sans elle. Roberts joue Erin Brockovich avec une précision physique et émotionnelle qui dépasse le registre habituel du biopic hollywoodien. Elle ne joue pas une héroïne mais une femme, avec ses contradictions, ses excès, sa façon d’occuper l’espace et de faire face à ce qui lui résiste. Ce qui est remarquable dans cette performance, c’est qu’elle évite les deux écueils symétriques du genre : elle ne sanctifie pas son personnage, ne le transforme pas en icône sans aspérités, mais elle ne le réduit pas non plus à ses défauts pour signaler qu’il s’agit d’un personnage complexe. Erin Brockovich telle que Roberts la joue est simplement réelle, bruyante, drôle, parfois exaspérante, souvent touchante, toujours vivante.

- Aaron Eckhart, Julia Roberts
- © 2000 Jersey Films. Tous droits réservés.
Le film est bien écrit, mieux qu’on ne l’attendrait d’un biopic grand public de cette époque. Les dialogues sont l’un de ses points forts les plus évidents : vifs, comiques par moments, capables de porter à la fois l’humour et l’enjeu sans que l’un écrase l’autre. Il y a dans la façon dont les échanges sont construits une économie qui révèle que le scénario a été travaillé ; les répliques font plusieurs dimensions : elles caractérisent, font avancer, rire, ou serrent la gorge selon les besoins de la narration.
Les personnages évoluent tous à leur façon, et c’est l’un des aspects que le film réussit le mieux dans son écriture. Ce n’est pas seulement l’histoire d’Erin : c’est celle d’un ensemble de personnages qui changent au contact de ce qu’ils traversent ensemble. Les rôles secondaires ont suffisamment d’épaisseur pour exister en dehors de leur fonction narrative, et cette générosité d’écriture envers les personnages moins centraux est instructive sur la façon dont Soderbergh et son scénariste ont pensé leur monde.
Le film ne tombe pas dans le piège de la résolution totale, de la vie qui bascule définitivement dans le bonheur après la grande victoire. Erin continue à travailler, être ce qu’elle est, vivre une vie qui a changé sans rompre vraiment avec son existence. C’est une façon honnête de conclure un biopic, qui précise que les grandes histoires ne transforment pas individus en héros permanents, qu’elles constituent un chapitre dans une vie qui continue.
Le film a une valeur documentaire réelle, à la fois sur les États-Unis de la fin du XXe siècle, sur le rapport à la justice environnementale, sur la façon dont les grandes organisations gèrent leur responsabilité face aux dommages qu’elles causent. Ces éléments sont traités avec une justesse qui n’est pas celle du film à thèse : ils sont intégrés dans le récit de façon suffisamment naturelle pour informer sans alourdir. L’ancrage dans une histoire vraie renforce cet effet : on sait que ce qu’on regarde n’est pas une construction fictive mais la restitution d’événements réels, et cette conscience change quelque chose au rapport qu’on entretient avec le film.

- Julia Roberts, Albert Finney
- © 2000 Jersey Films. Tous droits réservés.
Néanmoins, le film est parfois sexiste dans la façon dont il construit son personnage féminin comme exception : la femme qui réussit malgré ses désavantages, son corps, sa façon de s’habiller. La mise en scène insiste trop souvent sur l’apparence d’Erin, les réactions qu’elle provoque : ce regard est parfois aussi condescendant que les personnages masculins qu’il prétend critiquer. Ce n’est pas rédhibitoire, mais le noter permet de situer le film dans son époque. L’image et l’étalonnage n’ont rien d’exceptionnel, c’est du cinéma hollywoodien standard du début des années 2000, fonctionnel et propre, sans ambition formelle particulière. Soderbergh a réalisé des films formellement beaucoup plus inventifs : Erin Brockovich n’est pas une œuvre de cinéaste au sens où la mise en scène serait l’objet d’une réflexion visible. C’est un film de récit, d’acteurs, qui fait confiance à son histoire et à sa performance principale pour produire l’essentiel de son effet. Ce pragmatisme formel a vieilli davantage que ce qui l’entoure. Certains choix de cadre, certaines façons de conduire les séquences portent les marques d’une époque ne résistent pas toujours au verdict du temps. Les décors et costumes résistent mieux à ce vieillissement : ils sont justes, précis, ancrés dans une réalité sociale et géographique qui leur donne une valeur documentaire au-delà de leur fonction dans le récit.
Le film a également ses moments prévisibles, ses scènes un peu « cucul », ses effets too much qui trahissent la production hollywoodienne et son rapport parfois désinvolte à la nuance. Certaines séquences sont tirées par les cheveux dans leur façon de résoudre ce qu’elles posent : on sent le script qui force le réel pour qu’il produise l’effet recherché, sacrifie la vraisemblance à l’efficacité émotionnelle. Ce sont des défauts réels, mais ils sont le coût d’un genre qui a ses conventions et les assume et, dans le cas d’Erin Brockovich, ils sont suffisamment peu fréquents pour ne pas définir le film.
Erin Brockovich fait ce qu’il cherche à faire, et le fait bien. C’est un feel good movie qui a une conscience, une comédie dramatique qui a un enjeu, un biopic qui a une actrice. La musique porte le tout avec une générosité qui correspond au ton général : présente, efficace, légèrement nostalgique sans être envahissante. Ce récit d’une femme déterminée à mener son combat suscite une émotion réelle et une colère douce.
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