Le 8 juin 2026
Soderbergh met en scène ses réflexions esthétiques dans une comédie mélancolique d’une efficacité redoutable où Ian McKellen et Michaela Coel sont en symbiose.
- Réalisateur : Steven Soderbergh
- Acteurs : Ian McKellen, James Corden, Michaela Coel , Jessica Gunning
- Genre : Comédie dramatique
- Nationalité : Américain, Britannique
- Distributeur : Dulac Distribution
- Durée : 1h40min
- Date de sortie : 10 juin 2026
- Festival : Toronto International Film Festival
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Résumé : Julian Sklar, ancienne figure majeure du pop art londonien devenu misanthrope, n’a plus rien peint depuis des décennies. Ses enfants, avides d’héritage, engagent Lori, restauratrice et ex-faussaire, pour se faire passer pour son assistante. Sa mission : finir en secret une série de huit toiles inachevées, les « Christophers », et en tirer une fortune.
Critique : Avec The Christophers Steven Soderbergh poursuit sa série de films de chambre où le dialogue devient un terrain de duel. Ce qui est en réalité un retour à ce qui l’a mené au succès (Sexe, mensonges et vidéo ou Schizopolis).
Le cinéaste abandonne les grands dispositifs pour enfermer ses personnages dans quelques pièces, quelques toiles et une question qui le consume : qu’est-ce qui fait l’authenticité d’une œuvre ?
Le point de départ a des allures de thriller. Julian Sklar, peintre autrefois célébré puis lentement fossilisé dans sa propre légende, vit entouré de vestiges de son succès. Ses enfants, plus intéressés par la valeur marchande de son nom que par son art, engagent Lori Butler pour terminer en secret une série de tableaux inachevés, les fameux « Christophers », afin de les vendre après sa mort. Mais la mécanique de l’arnaque se dérègle rapidement : Lori connaît Julian, et leur passé commun transforme le projet en règlement de comptes esthétique autant que affectif.

- © 2026 Dulac Distribution. Tous droits réservés.
Là où beaucoup de récits opposent un vieux maître génial à une jeunesse ignorante, The Christophers procède inversement : Julian est un homme essoufflé, incapable de courir après ce qu’il prétend posséder. Son autorité se réduit à des saillies cyniques, des jugements de plateau télévisé et une nostalgie qui tourne à vide. Le film ne célèbre pas la grandeur passée, mais montre la fatigue d’une posture. La plus belle idée du film est peut-être là : l’entreprise frauduleuse imaginée par les enfants devient progressivement un processus de création. Lori ne se contente pas d’imiter un style ; elle comprend Julian mieux que lui-même. Une longue scène où elle analyse les tableaux agit comme une radiographie psychologique du peintre. Le faux cesse alors d’être une interprétation, presque une critique.
Soderbergh filme cette confrontation comme un jeu de pouvoir. Le film se caractérise comme une œuvre très verbale mais aussi bourrée de vivacité : les échanges entre Ian McKellen et Michaela Coel déplacent le centre de gravité du récit. Aucun personnage n’obtient la position du sage définitif : le récit préfère l’incertitude et la joute. Ian McKellen trouve en Julian Sklar un rôle de crépuscule : un homme brillant, odieux, drôle et profondément vulnérable. Mais la réussite du film tient au refus de transformer ce personnage en attraction unique. Michaela Coel interprète Lori avec une retenue remarquable : elle absorbe les provocations, observe, attend, puis retourne chaque attaque avec une précision chirurgicale.

- © 2026 Dulac Distribution. Tous droits réservés.
Comme souvent chez Soderbergh, la virtuosité est dissimulée derrière une apparente simplicité. Caméra mobile, montage fluide, espaces étroits : tout est conçu pour maintenir les personnages en friction permanente. L’absence d’éclat visuel, associée à un rythme discret, révèle un cinéaste qui croit encore qu’une conversation peut être tout aussi vectrice de suspense qu’une course-poursuite.
La question du film est davantage : « Qu’est-ce qui fait œuvre ? » que : « Qui a peint ? » À travers la contrefaçon, la restauration et le regard critique, The Christophers suggère que l’art survit moins dans la pureté de son origine que dans les interprétations successives qu’il provoque. Le faux peut mentir ; il peut aussi révéler. L’œuvre la plus vivante est celle qui naît d’une trahison.
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