Le 13 janvier 2026
Dans une photographie soignée et lumineuse, Laurie Lassalle raconte l’opposition entre un groupe de zadistes convaincus du bien-fondé de leur projet écologique et l’État chargé de récupérer les terres squattées. Un documentaire forcément partisan qui n’échappe pas toujours à l’écueil démagogique.
- Réalisateur : Laurie Lassalle
- Genre : Documentaire, Politique
- Nationalité : Français
- Distributeur : Alchimistes Films
- Durée : 1h44mn
- Date de sortie : 14 janvier 2026
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Résumé : Au fil des bouleversements que la ZAD. de Notre-Dame-des-Landes traverse depuis l’abandon du projet d’aéroport, la forêt se transforme en territoire de lutte. La ZAD. devient une terre de métamorphoses où les idéaux des habitant.e.s se confrontent à la répression de l’État.
Critique : C’est une main qui caresse l’écorce d’un arbre où frémit encore le cœur de l’univers. Après des années de lutte sur la ZAD (zone à défendre) de Notre-Dame-des-Landes, les opposants à l’installation de l’aéroport, malgré le vote local qui avait opté pour son maintien, finissent par gagner leur combat, sous réserve qu’ils quittent le territoire où ils ont installé maisons et espaces de vie collectifs. Mais évidemment ils ne l’entendent pas cette manière, et sont déterminés à conserver ce qu’ils considèrent être leur territoire de vie. Forêt rouge n’est donc pas un documentaire banal sur le projet de jeunes illuminés qui cherchent à braver les forces de l’ordre. Il s’agit d’un film hautement politique qui montre la confrontation entre un mode de vie collectiviste, basé sur des valeurs de solidarité et de respect de la nature, et les institutions publiques qui veulent récupérer leur terrain.
Cette logique des oppositions pas toujours féconde, entre une gauche radicale, idéaliste pétrie d’idéaux écologistes, et un État régalien rigide, déterminé à faire valoir le droit public, constitue le fil conducteur d’un récit qui valorise les témoignages et la nature. Les occupants ont d’ailleurs construit ce qui pourrait ressembler à une chapelle laïque, à l’intérieur de laquelle ils tiennent leurs meetings ou organisent les fêtes. Le point de vue de Laurie Lassalle est éminemment militant. Elle place sa caméra au cœur même de ce groupe bon enfant, se gardant de montrer les dérives anarchiques possibles au bénéfice de vignettes de toute beauté qui mettent en valeur la faune locale. De temps en temps, la caméra se lève vers le ciel et capte le projecteur agressif d’un hélicoptère de la police.

- Copyright Les Films de l’œil sauvage
Forêt rouge vient à la suite de son premier documentaire Boum Boum qui filmait la lutte des gilets jaunes. La réalisatrice ne dément pas son intérêt pour les causes populaires, pour ne pas dire gauchistes. D’ailleurs, les face-à-face entre les forces de l’ordre et les idéalistes témoignent de son engagement en faveur de celles et ceux qui proposent une autre manière de penser, de vivre que celle imposée par le diktat du capitalisme. Néanmoins, elle poursuit une volonté de poétiser le réel, dans une langue cinématographique qui donne la voix aux paysages magnifiques, et aux apparitions animalières. Deux images alors s’opposent : celle des grues qui détruisent les espaces de vie de brique et de broc, et celle de ces jeunes gens qui tentent de convaincre les policiers de la légitimité de leur combat.
La caméra multiplie les plans serrés sur des mains, des chaussures ou des jambes qui s’enfoncent dans la forêt, comme des échos symboliques de cette résistance qui s’instaure contre les forces de l’ordre. Le montage lui-même se plaît à accélérer le rythme pour mieux capter la tension palpable entre les zadistes et la police. Il faut d’ailleurs saluer l’extrême patience des policiers, qui restent de marbre devant les discours naturellement légitimes des résistants, mais ne font qu’exécuter les ordres donnés par la préfecture. Forêt rouge s’apparente presque à un film de guerre, une fois les jolies images d’Épinal de la nature balayées, au bénéfice des paysages obstrués par les fumigènes et des bruits de balles qu’on entend voler dans l’écho lointain.

- Copyright Les Films de l’œil sauvage
L’esthétisation de la lutte sociale et politique contribue à faire de ce documentaire un vrai long-métrage de cinéma. En effet, le risque aurait pu être de céder au réalisme froid d’un reportage journalistique. Laurie Lassalle filme une mécanique de la résistance qui pourrait être comparée à celle qui se passe en période de guerre, si on fait l’analogie avec la situation en Ukraine. Cette impression se perçoit dans les rapports de force déséquilibrés entre les policiers et les jeunes, source de résilience et d’effort permanent pour reconstruire des baraques, malgré la boue et la pluie. La danse ou la musique s’invitent alors comme un formidable catalyseur d’énergies et de projets de vie communs.
Dans notre société clivée, Forêt rouge ne satisfera pas tous les cinéphiles. Pour autant, certains y verront la possibilité d’un mode de vie alternatif, au service d’une nature préservée et de valeurs collectivistes peut-être d’un autre temps, quand d’autres seront agacés par un pamphlet qu’ils pourront trouver utopiste et démagogique. Mais, et c’est heureux, Les Alchimistes font une nouvelle fois la démonstration qu’ils défendent un cinéma courageux et militant, autant attentif à la forme cinématographique qu’à son contenu.
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