Le 16 avril 2026
Thierry Klifa aime les (grands) acteurs et cela se voit ! Une comédie dramatique enlevée et réjouissante sur le scandale revisité de l’affaire Liliane Bettencourt.
- Réalisateur : Thierry Klifa
- Acteurs : Isabelle Huppert, Anne Brochet, Marina Foïs, Mathieu Demy, André Marcon, Yannick Renier, Raphaël Personnaz, Laurent Lafitte, Micha Lescot, Joseph Olivennes, Paul Beaurepaire
- Genre : Comédie dramatique, LGBTQIA+
- Nationalité : Français, Belge
- Distributeur : Haut et Court
- Editeur vidéo : Blaq Out
- Durée : 2h02mn
- Date de sortie : 29 octobre 2025
- Festival : Festival de Cannes 2025, Festival d’Angoulême 2025, De l’écrit à l’écran Montélimar 2025
L'a vu
Veut le voir
– Sortie DVD/Blu-ray : 12 mars 2026
– Festival de Cannes 2025 : Sélection officielle, Hors compétition
– César 2026 du meilleur acteur pour Laurent Lafitte
Résumé : La femme la plus riche du monde : sa beauté, son intelligence, son pouvoir. Un écrivain photographe : son ambition, son insolence, sa folie. Le coup de foudre qui les emporte. Une héritière méfiante qui se bat pour être aimée. Un majordome aux aguets qui en sait plus qu’il ne dit. Des secrets de famille. Des donations astronomiques. Une guerre où tous les coups sont permis.

- © Festival de Cannes 2025
LIRE NOTRE ENTRETIEN AVEC THIERRY KLIFA
Le test DVD
L’image :
Les couleurs sont solaires en puisant dans une palette diversifiée et vivifiante. Les plans oscillent entre intimité (scènes de confidence) et ostentation (à l’instar d’un Laurent Lafitte impeccable en dandy exubérant, manipulateur et diablement contemporain). Les décors et les costumes sont d’une richesse qui confine au sublime.
Le son :
Le son a un rendu impeccable sur support DVD avec des dialogues limpides. La musique composée par l’expérimenté Alex Beaupain (Les rois de la piste, Joli joli et Marcello mio pour citer ses opus précédents les plus récents) épouse parfaitement le récit haletant auquel il donne un tempo se révélant hypnotique.
Les suppléments :
Le DVD ne contient qu’un seul bonus mais il se révèle consistant et intéressant :
– Entretien avec Thierry Klifa (36 minutes) :
Le projet a précédé la sortie de Les rois de la piste (2024). Il atteste d’un intérêt fouillé pour le milieu des ultrariches. Un travail de journalisme et de documentation poussés ont été des préalables nécessaires. Cette comédie intimiste aborde des thématiques historiques fortes (le passé vichyste de certains politiciens, l’antisémitisme encore prégnant, etc.). Thierry Klifa affirme sa volonté de s’amuser avec les codes du cinéma, nous parle d’un « récit polyphonique », cite Woody Allen. Ce film a été difficile à monter en France car le sujet a été jugé comme "clivant" et le thème des ultrariches à priori inintéressant aux yeux d’un public finalement conquis. Le réalisateur précise aussi : « Il y a plusieurs films à l’intérieur du film, il y a plusieurs tonalités. » Il insiste sur le fait que « c’est un film très écrit, très dialogué » en évoquant Les Liaisons dangereuses). Il parle de la violence qui parcourt en filigrane son long-métrage. Il atteste de son intérêt pour les acteurs et de la motivation des acteurs pour incarner leurs personnages. Il confie ainsi : « Les acteurs, je ne les dirige pas vraiment. » Laurent Lafitte a ainsi apporté sa patte personnelle (vive l’improvisation). « À la fin, il y a trois perdants », conclut-il.
Éric Françonnet

- Copyright Blaq Out
- © Blaq Out
La critique
Critique : Elle est riche Immensément riche. Et pour cause, elle est à la tête de la plus grande société de cosmétiques français. Elle s’appelle Marianne mais son prénom pourrait être celui d’Éliane. Thierry Klifa prend le risque de réécrire l’affaire Bettencourt avec François-Marie Banier qui a été accusé d’abuser de sa faiblesse pour lui sous-tirer des millions d’euros. On ne refera pas un procès ici, mais force est de constater que le long-métrage s’attache à mettre beaucoup de légèreté, de mouvement, pour raconter une histoire qui a défrayé la chronique et pose,de façon très précise, les limites complexes entre liberté de disposer de ses biens et nécessité d’être protégé, quand l’incapacité est constatée.

- Copyright Manuel MOUTIER
Thierry Klifa ne fabrique pas un film de procès. Il s’invite dans un univers surréaliste, exagérément artificiel, où il joue avec ravissement de l’ambivalence d’une femme qui est à la fois une très grande femme d’affaires, et en même temps se laisse séduire par un dandy homosexuel, hystérique, et surtout profondément manipulateur. La femme la plus riche du monde offre un portrait haut en couleurs d’une femme intelligente, drôle, mais aussi très seule, en dépit des milliards qui caractérisent sa situation patrimoniale. Finalement, le long-métrage fait la démonstration qu’il n’est jamais bon d’être trop riche, a fortiori quand on préside une entreprise cotée en Bourse et qui fait des jaloux. Il y a dans cet étalage de richesse quelque chose de délicieusement vulgaire, mais rien en comparaison de l’attitude grossière, perverse de son prétendant à un héritage.
Thierry Klifa aime les acteurs et il l’a déjà prouvé à maintes reprises. Il met en scène des bêtes de cinéma, à commencer la très grande Isabelle Huppert qui interprète Marianne. Il faut être une comédienne de génie, qui n’a plus rien à prouver, pour oser entrer dans les traits de cette personne vieillissante, sur le fil d’un état cognitif et intellectuel qui se dégrade. Elle surjoue la riche femme d’affaires, dans un univers hors sol, mais franchement vertigineux. Laurent Lafitte à son tour entre dans la peau de cet irrésistible escroc, qui s’agite dans tous les sens, met en scène sa désinvolture et sa cruauté dans un langage étourdissant. Le réalisateur met beaucoup de joie et légèreté dans ce roman de famille, et le spectateur ressent combien cet esprit solaire est communicatif.

- Copyright Manuel MOUTIER
Une mention spéciale revient aux accessoiristes, décorateurs, maquilleurs et costumiers. Il n’est pas évident de reconstituer des univers très aisés sans tomber dans la caricature. Les techniciens concourent indéniablement à la réussite de ce film qui est absolument bluffant d’un point de vue visuel. On pourrait être au théâtre, mais Thierry Klifa assume de faire un vrai film de cinéma, avec des plongées magnifiques sur la mer, et des demeures somptueuses. Et les interprètes semblent se régaler de cette ambiance où rien n’est sérieux et tout est sérieux à la fois, comme au cinéma.
Le film prévient dès le début. Il n’a pas vocation à éclairer une affaire judiciaire qui a fait couler suffisamment d’encre. Il faut donc le vivre comme une comédie aux accents tragiques, et si l’on parvient à se donner un avis sur la manipulation ou pas dont Marianne est victime, on pourra dire aussi que le film aura été utile. En effet, avec la population française qui vieillit, la dimension tutélaire est loin d’être anodine. Et c’est heureux d’aborder un tel sujet par des voies détournées, car la perte des capacités cognitives est loin d’être limitée à des classes sociales ou des catégories particulières. Thierry Klifa en fait un sujet joyeux, sans jamais se moquer des personnages et situations, à l’exception naturellement du photographe exubérant et insupportable. Un film qui rappelle par bien des aspects le meilleur du cinéma d’Ozon.
Laurent Cambon
Galerie Photos
Votre avis
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.




























